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Philip Catherine, le concert du 70e anniversaire

Philip Catherine, le concert du 70e anniversaire

Pendant ce temps, oserais-je l’avouer, au bal du basket de Bouge, j’ai vu la guitare de Philip, celle qu’il utilisait encore au Bozar l’autre jour, lui faire une infidélité. Elle était de son plein gré dans les mains  du type en question, frère d’un basketteur, assez habile guitariste, qui l’avait en prêt.  Achat si compatibilité.

Des dizaines de personnes ont ainsi brièvement dansé sur des musiques triviales, au son de cet instrument sacré. Avec, de temps en temps, une échappée vers des choses plus passionnantes : Santana, Chicago. Un morceau " folk-jazz " bien enlevé, trouvé par miracle dans le répertoire du groupe " It’s A Beautiful Day ". Un nom déjà dépassé.

Ce n’était plus la mode des mini-jupes, ni des maxi-jupes fleuries façon hippie. On était passé au mini-short, la modernité avait frappé. Pas pour longtemps : ce serait rapidement balayé par les paillettes du glitter-rock. Brian Eno en look fille des rues bon marché. Maquillage pour les hommes ; Mick Jagger orné de bleu à paupières, qui croyait pouvoir tout se permettre, comme Bowie. Puis la mode s’était diluée, on faisait un peu ce qu’on voulait. Les groupes jouaient des morceaux kilométriques, des contes d’océans topographiques noyés sur quatre faces de LP.

Philip, avant de récupérer sa guitare-fétiche,  se faisait les doigts sur un instrument plus à la mode, la Gibson Les Paul noire, brièvement mise au goût du jour par Mahavishnu John McLaughlin. Il jouerait même un peu plus tard sur une guitare fretless. Il était question de se remuer, dans les 70’s. L’électricité était dans l’air. Déjà, dix ans plus tôt, le petit prodige du jazz belge avait adhéré à la charte de libération des guitaristes, rédigée par Jimi Hendrix. En concert, il arrivait qu’un spectateur pétarisé réclame encore du Hendrix. Philip levait les yeux vers le ciel, esquissait le début de Red House, puis glissait vers une composition conjuguant  sa grâce naturelle avec l’esprit du temps.

Parmi ses nombreux bienfaits, John McLaughlin, encore lui, avait remis la guitare acoustique dans les oreilles. Shakti suspendait les excès du jazz-rock. Tout à coup, il devenait possible de jouer " Nuages " unplugged avec Larry Coryell. Lyrisme, élégance. Inattendu, aux côtés du robuste Texan.

Les amis de Philip le savaient, le poète cohabiterait toujours avec l’énergie plus oppressante des musiques nées de la guerre du Vietnam, puis de la "crise ". De cette interminable crise, qui ne mourra sans doute qu’avec la fin du pétrole, et encore. Soubresauts  écœurants, qui nous valent le punk, puis le grunge, et leurs contraires, le disco, la variété internationale. Les perdants désemparés,  les gagnants imbuvables.

Oui mais, pendant ce temps, puis-je rappeler que nous vieillissons ? Pourrait-on laisser s’exprimer le poète ? Ne pas oblitérer totalement la beauté ? Tresser le charme et le drame.  Surtout le charme. Libérer un tant soit peu Chostakovich des tracasseries staliniennes. Faire parfois reculer l’Ugly Beauty. Veiller à ce que le printemps ne produise pas que des fleurs de sang. 

Si la sagesse existe, elle se ménage des parenthèses. De la chaleur humaine. Toots, Philippe Aerts et Didier Lockwood, toujours généreux . Philippe Decock si dévoué. La nouvelle génération, Nicolas Andrioli et Antoine Pierre, qui parle la langue du jazz éternel. Celle de Cole Porter et Philip Catherine. La fille, Isabelle, qui offre son chant d’amour et de fragilité. La petite-fille Méline, son gros bouquet de tendresse. Nicolas Fiszman, qui résume : " Merci Philip ".

 

Philippe Baron

Le Concert du 70e anniversaire, à (re)vivre dans Le Grand Jazz, sur La Première, à partir du 15 novembre.

Philiip Catherine

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