De manière naturelle, il peut nous arriver à tous d’avoir peur. Non seulement c’est normal, mais c’est aussi sain et utile. Car nous courons ainsi moins le risque de nous jeter dans la gueule du loup ou de nous entraîner vers une situation dangereuse. Mais que se passe-t-il quand le mécanisme s’emballe et que l’on doit gérer des émotions irrationnelles ?

Que se passe-t-il quand la peur devient extrême (ce que l’on appelle les phobies) ou qu’au contraire, elle n’existe… carrément pas du tout ? Aux États-Unis, c’est le cas d’une femme : vivant sous l’anonymat (nous l’appellerons Kimberley), elle ne connaît absolument pas la peur.

Très sociable, Kimberley ne se sent jamais mise en danger. Y compris quand, après avoir dénoncé un trafic de drogue qui sévissait dans son quartier, elle s’est retrouvée menacée violemment devant sa porte par un inconnu qui n’a pas hésité à lui mettre un pistolet sur la tempe… Des témoins, paniqués (on les comprend !), ont immédiatement alerté la police, qui s’est rendue chez la jeune femme. Kimberley a été très étonnée de la visite des policiers, car elle n’avait pas du tout été marquée par l’incident pourtant gigantesque qu’elle venait de vivre…

Comment se fait-il que cette femme ne ressente aucune peur ? Les chercheurs se sont penchés sur ce cas étrange et la réponse se trouve en fait dans son cerveau : atteinte d’une pathologie très rare, la maladie d’Urbach Vite, Kimberley n’a plus d’amygdale cérébrale.

À cause de la maladie, cette zone située au cœur du cerveau s’est peu à peu calcifiée. Or son rôle est essentiel dans la gestion des émotions, en particulier les plus primaires. Elle permet d’analyser les informations extérieures et, entre autres, de déclencher ou non une réaction de peur. Sans amygdale active, difficile donc de ressentir la peur…

On le voit, cette absence totale de méfiance n’est pas forcément un atout : les personnes sans peur n’ont aucune conscience du danger qui peut les menacer.

Peut-on contrôler nos peurs ?

Si le siège de la peur se situe au plus profond de notre cerveau, peut-on agir directement à la source pour supprimer nos angoisses ?

L’amygdale, noyau central de nos émotions, joue forcément un rôle aussi important dans nos phobies, ces peurs extrêmes et irrationnelles face à un objet ou une situation précise (les araignées, la foule, le vide, etc.). Or on sait que l’amygdale est liée à d’autres zones cérébrales, dont l’hippocampe, qui est impliqué dans la gestion de nos souvenirs. On sait d’ailleurs que nos souvenirs les plus puissants sont liés à nos émotions. C’est à partir de là qu’une chercheuse néerlandaise a mené une expérience sur une patiente souffrant d’un terrible vertige.

Pour son expérience, elle l’a fait monter dans une nacelle, qui s’est progressivement élevée jusqu’à ce que la patiente ne puisse plus maîtriser sa peur et demande à redescendre. Une fois revenue sur la terre ferme, la chercheuse lui a donné une pilule de propanolol. Cette molécule, utilisée depuis très longtemps dans un certain nombre de traitements contre les maladies cardiovasculaires, peut avoir un effet secondaire bien particulier : elle perturbe un neurotransmetteur dans le cerveau directement lié à la sauvegarde des souvenirs. Une fois la pilule prise, la patiente est allée se coucher.

Un rangement des souvenirs modifié

En principe, pendant la nuit, notre cerveau s’emploie à ranger tous nos souvenirs de la journée. Mais dans son cas, le rangement des souvenirs a été perturbé par la molécule : le souvenir de son ascension en nacelle s’est transformé pour ne plus être associé à une réaction de peur incontrôlée. Pour le vérifier, la patiente a retenté l’expérience le lendemain. Elle est à nouveau montée dans la nacelle et cette fois, miracle : plus aucune sensation de peur, malgré des conditions météo moins favorables. Un résultat spectaculaire et très encourageant pour les personnes phobiques qui souffrent au quotidien.

Mais il faut rester prudent : cette méthode fonctionne-t-elle à long terme ? Est-elle efficace pour tout le monde ? Qu’en est-il des éventuels effets secondaires ? En attendant les réponses, la recherche avance…

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