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Belgique

Peut-on être linguistiquement non-binaire ?

Les coulisses du pouvoir

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Un néerlandophone peut-il devenir francophone pour décrocher un poste de fonctionnaire fédéral ? C’est la question qui est posée autour de la nomination d’un président à l’autorité de la concurrence ? Le dossier est bloqué depuis plus de deux ans maintenant et pose des questions d’ordre quasiment ontologique : qu’est-ce qu’un néerlandophone, qu’est-ce qu’être francophone, et surtout est-on obligé de choisir ? Peut-on être les deux à la fois ?

Equilibre linguistique

Pour comprendre ce blocage à la tête de l’autorité de la concurrence, il faut rappeler que la Belgique est caractérisée par un système assez poussé d’équilibre linguistique dans les administrations. L’idée est de partager les postes et les fonctions entre Flamands et francophones et ainsi éviter l’apparition d’inégalités de traitements entre les deux grandes communautés linguistiques de ce pays. Pour faire simple, il existe un système de quotas, d’ailleurs assez compliqué entre les différents niveaux de fonctionnaires.

Dans ce contexte, le fédéral doit décider de nommer un président à l’autorité de la concurrence. Ce doit être un francophone pour respecter la parité linguistique au conseil d’administration. Il y a donc eu un examen de sélection d’un candidat francophone organisé par le Sélor.

Problème : le candidat qui est arrivé en tête à cet examen de recrutement francophone est un flamand. Axel Desmedt est considéré comme un néerlandophone et plutôt VLD. Voilà pourquoi le MR bloque sa nomination, au nom de la répartition entre francophone et flamand. Le deuxième candidat est lui un francophone, et, ce n’est pas un hasard il a travaillé dans des cabinets MR.

Transgenre
 

C’est ici que se pose une question d’ordre quasiment ontologique. Axel Desmedt est un Bruxellois, parfait bilingue, qui dans son poste actuel dans l’administration est inscrit dans le cadre néerlandophone. Pourquoi ? Parce qu’il a un diplôme de la VUB et que la règle pour la fixation du cadre linguistique se base sur la langue de l’examen d’admission dans une administration. Cet examen d’admission est lui-même lié à la langue véhiculaire des études faites.

La question est peut-on changer de sexe linguistique, peut-on devenir un transgenre du langage ? La réponse est oui c’est prévu. Voici ce que dit la commission permanente de contrôle linguistique (hé oui ça existe) les fonctionnaires ont également la possibilité de prouver qu’ils connaissent une autre langue aussi bien que celle dans laquelle ils ont fait leurs études en présentant l’examen prévu. C’est ce qu’a fait Axel Desmet. Il a passé cet examen de bilinguisme au Sélor. Dans ce cas la commission permanente de contrôle dit que des fonctionnaires comme lui ont alors la possibilité de présenter l’examen d’admission dans cette autre langue et d’être inscrit au rôle linguistique correspondant.

La réponse est oui, on peut changer de sexe linguistique. Le MR à lui une autre lecture juridique de cette affaire et insiste sur la langue des études dans la détermination du rôle linguistique. Je ne suis pas compétent pour trancher cette querelle, d’autant que je ne connais pas leurs arguments.

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Non binaire

Ce qui est frappant dans ce blocage à l’autorité de la concurrence c’est que par souci de justice linguistique le fédéral oblige à choisir : être francophone ou néerlandophone. On peut éventuellement changer de sexe linguistique, mais on est malgré tout obligé de choisir. Administrativement, il n’y a pas de case "non-binaire" linguistique, une case "asexuée" ou une case "les deux" à côté de la case francophone ou néerlandophone. Ce choix est imposé via l’examen d’admission et/ou via la langue des études.

Or, avec le succès des écoles en immersion et de l’enseignement néerlandophone à Bruxelles, il existe de plus en plus d’étudiants au parcours hybride qui se déclarent tout aussi néerlandophone que francophone. Notons que la question de l’identité linguistique n’est pas liée ici à la région d’origine (Flandre, Bruxelles, Wallonie). On peut être Wallon et être considéré par l’administration comme néerlandophone si on a fait ses études en Flandre.

Il n’est pas impossible qu’un jour être obligé de choisir son identité linguistique soit considéré comme discriminatoire dans une démocratie libérale. Ne faudrait-il pas reconnaître aux fonctionnaires, moyennant un examen de bilinguisme, de pouvoir non seulement changer de sexe linguistique comme aujourd’hui, mais d’avoir la possibilité d’être asexué ? C’est-à-dire d’être comptabilisé aussi bien sur les quotas francophones que néerlandophones ? Cette possibilité ouvrirait aux parfaits bilingues qui ont fait le choix d’études en immersion ou mixtes dans l’enseignement francophone et flamand des carrières fédérales beaucoup plus larges qu’aujourd’hui.

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