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Peter Croonen: "Tous les clubs veulent que Genk soit champion…"

PETER CROONEN se livre au petit jeu du selfie
05 avr. 2019 à 11:59 - mise à jour 05 avr. 2019 à 11:59Temps de lecture6 min
Par Erik Libois

Comparé à Clément, Malinovskyi et Trossard, il n’est pas le plus connu des Limbourgeois. Mais il est le capitaine du vaisseau qui a écrasé la phase classique et gère sa 1e place après 2 journées de Play-Offs 1. Le Président de Genk évoque la division des points par deux, le Football-Gate, les mines de charbon, Peter Maes et la maniaco-dépression. Mais aussi Wout Van Aert, l’éthique en football, son Papa-Président, un émir du Qatar et Winterslag. Et surtout une balade à vélo vers Charleroi. Peter Croonen passe " Sur le Gril ".

La cinquantaine sportive, petites lunettes métalliques, sourire complice, il préside le Racing Genk depuis 2 ans… et encore pour 6 ans. Inconnu du milieu du foot, il a pourtant été biberonné au ballon. " Mon père a été Président de Winterslag, puis de Genk après la fusion " explique Peter Croonen. " Le foot était au centre de toutes les conversations à table : j’ai joué à Winterslag jusqu’à mes 18 ans avant d’opter pour mes études. Mais mon frère aîné a eu comme équipier Luc NilisJe m’amuse beaucoup comme Président. Pendant le match, je suis supporter : je m’enthousiasme pour les buts, les actions et les gestes techniques. Avant et après le match, je retrouve mon costume de dirigeant. Mais je n’ai aucun stress de la fonction. "

Avant lui, l’ex-Directeur Général de Genk Patrick Janssens, venu de la politique, avait déclaré que le foot rendait " maniaco-dépressif " (sic)…

Cet entrepreneur-investisseur est aussi passionné de vélo et a ainsi cofondé la marque Bioracer, leader mondial du vêtement cycliste : " Nous fournissons les combinaisons de Mathieu Vander Poel, Wout Van Aert et Greg Van Avermaet, nous sommes surtout spécialisés dans les combinaisons aérodynamiques pour les rouleurs de contre-la-montre. Tony Martin fait tous ses tests de soufflerie chez nous : grâce aux coureurs qu’il équipe, Bioracer a gagné 60% des médailles lors des Mondiaux de chrono. J’admire le jusqu’au-boutisme des cyclistes : le foot est un sport différent, les footeux peuvent réussir sur l’une ou l’autre qualité, alors que les coureurs doivent tout faire à fond. On s’en inspire d’ailleurs à Genk pour les programmes individualisés des joueurs. "

Montagnes russes

Ravi de l’entame de Play-Offs 1 de son Racing, après les tumultes de l’affaire Pozuelo, il se lance dans le débat des pronostics. " Je nous donne 50% de chances d’être champion. Nous avons connu un petit coup de mou les dernières semaines de phase classique, mais nous avons redressé la tête. Le coach sait mobiliser le groupe et les joueurs supportent la pression : on a une jeune équipe, c’est vrai, et en play-offs, il faut surtout bien gérer ses émotions car je m’attends à un roller-coaster (NDLA : montagnes russes, retournements de situations) chaque semaine. Mais notre saison est déjà réussie… et ce n’est pas qu’une formule de style : nous sommes déjà qualifiés pour l’Europe via notre 1e place en fin de phase classique, et c’était l’objectif. Nous allons jouer à fond pour le titre, mais rien n’est obligé. Le capital-sympathie est là vu le jeu produit : tous les clubs…y compris les concurrents de Play-Offs 1, me disent que, tant qu’à ne pas être champion, eux, ils veulent que ce soit nous ! "

Le ton est à l’optimisme : même le format de la compétition n’est pas contesté. " Tout le monde connaît les règles à l’avance, c’est trop facile de se plaindre après-coup de la division des points par deux. Chaque point est important, et si on est champion avec 1 point d’avance, ce sera peut-être… grâce à un point forgé en phase classique ! Je suis à fond derrière le format des play-offs : notre coefficient européen s’est amélioré. Le seul souci est le manque de jours de repos quand un de nos clubs va loin en Coupe d’Europe. "

Flupke & Pozzo

Avec le Standard en embuscade, la lutte pour le titre prend le contour d’un duel Genk-Bruges… avec en arrière-fond le sort de Philippe Clément, de plus en plus cité au Breydel la saison prochaine. " J’entends les rumeurs, mais Philippe ne m’en a pas parlé… et je suis sûr qu’il le fera si Bruges prend contact. Notre relation est excellente : c’est un coach de haut niveau à tous points de vue, tactique, mental, médiatique, il est obsédé par le plus petit détail qui, dans le sport de haut niveau, fait toujours la différence. Mon père m’a appris aussi que l’entraîneur était le personnage central d’un club et qu’il devait être un père pour les joueurs : Philippe est clairement cela. Bien sûr, il nous quittera un jour, il le mérite, mais je pars du principe qu’il sera encore là la saison prochaine. Philippe a de l’ambition… mais nous aussi : lui et nous voulons jouer le titre chaque année, et nous préparons déjà le mercato d’été qui sera très important car après une saison pareille, il y aura forcément des départs. Mais le but est d’être plus fort l’an prochain. "

Dans l’intervalle, il y aura donc eu la saga Pozuelo, qui aura pourri la fin de phase régulière. " Je peux comprendre ‘Pozzo’ qui, à 28 ans, avait la chance de découvrir une nouvelle aventure et gagner beaucoup d’argent. Mais le timing était mauvais. Alejandro s’est engagé mi-janvier à boucler la saison avec nous, et il serait parti en été, pas de souci. Mais je suis surtout déçu par son agent qui aurait dû lui prodiguer les bons conseils. Nous avons retenu la leçon, nous écrirons nos contrats différemment, notamment en ce qui concerne les clauses. À Zulte Waregem, nos supporters ont exhibé une poupée représentant la pendaison de ‘Pozzo’, j’ai trouvé cela excessif et je l’ai condamné. Mais je comprends l’émotion des supporters qui incarnent l’attachement aux couleurs alors que le foot devient un business. Entre-temps, nous avons prouvé que nous pouvons bien jouer aussi sans Pozuelo. "

Turc de Genk

Avec Sander Berge en point de mire (" J’aime tous mes joueurs mais je reconnais que notre Norvégien est promis à un tout grand avenir "), le Racing Genk est passé maître dans l’art de dénicher les bonnes pioches. " Notre modèle est de former et attirer les meilleurs jeunes possibles, de jouer un foot offensif et compétitif, puis de réaliser de gros transferts : c’est un fameux cahier de charges. Nous sommes aussi le porte-drapeau du Limbourg : notre club inscrit la Province à l’agenda politique, notre lien avec la population issue des mines du Limbourg et de Ford Genk est très fort. Avoir un fils de mineur ou un Turc de Genk en équipe première serait un beau symbole, mais ce n’est pas le but : nous donnons toujours la priorité à la valeur sportive. "

Genk est toujours organisé en ASBL : tous les autres matricules de D1A sont des Sociétés Anonymes. " Le KRCG est en pleine santé : nous sommes le club belge le plus riche en termes de fonds propres (NDLA : on évalue la  trésorerie à 50 millions d’euros), alors que nous n’avons aucun apport de mécène, nous ne tournons que sur nos rentrées et dépenses. Pas de risque donc de tomber en faillite. Et encore moins de se faire racheter par un émir du Qatar ! " (rires)

Éthique en toc ?

Cité dans le Football-Gate suite aux perquisitions menées dans le cadre d’argent noir versé à Peter Maes via les sociétés de son agent Veljkovic, Genk suit de près le tourbillon qui agite le foot belge. " Ce n’est pas bon pour notre image, c’est sûr, mais selon mes informations, le club n’a rien commis d’illégal " précise Peter Croonen. " Nous collaborons avec la Justice et je prends cette affaire comme une chance : dans quelques temps, le milieu aura été nettoyé. La FIFA nous suit d’ailleurs comme laboratoire du foot de demain. Il y a des mauvaises pratiques et des agents véreux, mais il ne faut pas extrapoler ce qui pour moi reste une exception : de manière générale, le monde du foot pratique l’éthique. "

Roland Duchâtelet a récemment rappelé qu’il regrettait ses investissements, vu les mœurs particulières du foot. " Que vous parliez du sport ou de l’entreprise, les deux mondes doivent se centrer sur l’humain " tempère Peter Croonen : " Ce sont les individus qui donnent sa plus-value à une entreprise, qu’elle soit financière, industrielle ou sportive. Il faut créer un climat de travail basé sur la confiance et le talent, et cela, c’est de l’humain. Ce qui est spécifique au sport en revanche, c’est le poids des médias : le résultat est visible immédiatement, et par tout le monde, c’est le score d’un match. Et entre deux matches, les médias rendent tout bon ou mauvais, en fonction de ce même résultat. Il faut en tenir compte… et donc bien communiquer. "

À bicyclette…

Sentant revenir sur ses talons le duo Bruges-Standard, Genk jouera une première fois, contre Gand samedi soir, sa position de leader. Pour se projeter dans le moyen terme, Peter Croonen reprend sa métaphore cycliste. " Avant chaque match de Coupe de Belgique, nous avions décidé, cette saison, de rejoindre le stade à bicyclette. Nous avons ainsi roulé jusque Charleroi et St-Gilles. En pré-tour d’Europaligue au Luxembourg, nous avions aussi pédalé jusqu’à Esch-sur-Alzette. Donc si nous sommes champions, je m’y engage : nous ferons à nouveau un méga-trip à vélo ! " (rires)

Reste à garder le bon braquet, au risque de pédaler dans le vide…

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité samedi soir à 22h10, dimanche vers 16h30 et lundi vers 20 h.

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