RTBFPasser au contenu
Rechercher

Regions

Péruwelz: l'économie participative jusque dans l'assiette avec "Partage ta vache"

Thierry Depuydt a déjà commercialisé plusieurs bêtes de Marc-Antoine De Mees dans sa boucherie
12 janv. 2016 à 17:45 - mise à jour 12 janv. 2016 à 17:45Temps de lecture3 min
Par Stéphanie Vandreck

Partager la viande d’une bête entres plusieurs familles n’est pas un concept neuf. Mais il faut se rendre directement dans une ferme, où l’on n’a pas vraiment le choix des morceaux. «Pour un boucher ça n’est pas intéressant, la plupart se battent d’ailleurs contre les boucheries à la ferme. Moi, au contraire, je mets ça en avant», explique Thierry Depuydt, boucher à Péruwelz. Il a lancé il y a quelques mois une formule baptisée « Partage ta vache ». L’idée est de partager une même bête entre plusieurs acheteurs, et d'ainsi réduire les frais et le nombre d'intermédiaires. «C’est l’éleveur qui me dit qu’il a une bête prête pour une date bien précise. De mon côté, je vais m’organiser pour que la bête soit vendue avant la date où la vache pourra être abattue».

Circuit court et petits prix

Tout se passe sur le site internet de la boucherie, où sont proposés différents colis que les clients peuvent réserver. «Ce qui est bien c’est qu’on peut choisir le type de morceaux qu’on veut et, en fonction de son budget, la quantité souhaitée», raconte Claire, une cliente séduite par le concept. Sa famille a opté pour un colis de plusieurs kilos de burgers de la race Galloway, élevée du côté de Stambruges. «C’est une race qui en plus aide l’écosystème local», se réjouit-elle. Mais elle voit d’autres avantages dans la démarche: «Le plus intéressant pour moi, c’est le circuit court, le fait de consommer local, puisque l’éleveur et le boucher sont de la région. C’est aussi une viande de qualité, élevée de façon raisonnée. L’éleveur obtient aussi sa part du gâteau dans le prix, qui est clairement moins élevé qu’en boucherie».

Voir la vache dans sa prairie

Le boucher y trouve aussi son compte: «Il n’y a pas de pertes sur ces bêtes. Et il y a aussi globalement moins de travail, vu que tout est découpé en une seule journée. On fait une seule fois des saucisses, du haché ou des burgers. On en fait 50 kg, mais tout est vendu immédiatement». Thierry Depuydt nous ouvre la porte du frigo de maturation, sa spécialité, où plusieurs bêtes élevées dans les environs attendent de passer en salle de découpe: «On a une Galloway qui sera découpée lundi prochain, un veau pour la semaine suivante et une partie de la vache Angus qui attend de partir en colis encore ce soir». Dans ce cas-ci, la traçabilité ne se résume pas à un numéro sur un emballage: «Sur une barquette ou même dans mon comptoir, il y a un numéro de traçabilité mais impossible de dire de quel village, de quel éleveur ça vient. Ici, les gens voient la photo de la vache, le nom de l’éleveur et peuvent même, s’ils le souhaitent, aller la voir dans la prairie avant de commander leur colis».

A chacun son métier

Marc-Antoine De Mees n’a pas encore reçu la visite de clients de la boucherie dans son élevage de Béclers, près de Tournai. Mais il a déjà fourni deux vaches et deux veaux de la race «black angus Aberdeen» à Thierry Depuydt. C’est une race résistante, qui reste en pâture toute l’année. «En ce moment, elles ont même un peu trop chaud!», plaisante l’éleveur. «On a commencé ce troupeau il y a un an. Les bêtes sont nourries uniquement avec l’herbe que vous voyez ici autour et ne sont jamais en étable. On leur donne à manger l’hiver ce qu’on a récolté dans les champs en été. C’est tout à fait naturel». L’agriculteur était à la recherche d’une filière courte pour valoriser le produit de son élevage, mais il ne se voyait pas pour autant se lancer dans la boucherie comme le font certains. «Si on essaie de tout faire, on fait les choses de manière moyenne. A chacun son métier».

La tendance s’inverse

Cinq éleveurs de la région ont accepté de collaborer avec le boucher de Péruwelz. Chaque mois, il en rencontre de nouveaux. La tendance est doucement en train de s’inverser: «Il y a dix ans, beaucoup d’éleveurs sont passés au bio et à l’élevage extensif, mais comme ils ne trouvaient pas de boucherie pour les suivre, ils ont dû créer des boucheries à la ferme. Aujourd’hui, ce sont les bouchers qui sont à la recherche de ce type de viande». Même constat pour Marc-Antoine De Mees, qui remarque un intérêt grandissant pour cette formule et viennent s’informer auprès de lui. «C’est rassurant, mais le pas est tellement grand pour des gens qui élèvent du blanc-bleu-belge, que c’est parfois difficile à expliquer. Mes bêtes sont tellement plus petites qu’ils pensent qu’ils ne pourront jamais gagner leur vie avec ça!», témoigne-t-il. Pourtant, il estime que son élevage sera rentable dès l’année prochaine, notamment grâce à la réduction du nombre d’intermédiaires.

Articles recommandés pour vous