Belgique

Période post-covid, inflation, pénurie de main-d’œuvre : les festivals de musique ont-ils tiré leur épingle du jeu en 2022 ?

Aux Ardentes, à Liège, les 210.000 spectateurs qui ont assisté au festival ont permis aux organisateurs d’équilibrer les comptes.

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09 août 2022 à 15:41 - mise à jour 09 août 2022 à 19:10Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet, avec E. Groutars et B. Verpoorten

Les festivals de musique ont-ils retrouvé en 2022 le chemin de la rentabilité ? Cet été signifiait pour la plupart des festivals un retour à des activités normales, après les arrêts causés par le Covid en 2020 et 2021. Cependant le contexte reste difficile. Les contraintes sanitaires ont laissé la place à une forte augmentation des coûts et à de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur événementiel, notamment. Il y a quelques jours, France Info faisait état de festivals français au bord du gouffre. Qu’en est-il en Belgique, particulièrement en Wallonie et à Bruxelles ?

L’exemple des Ardentes, rentrées dans leurs frais en augmentant le nombre de festivaliers

Du côté des Ardentes, le festival liégeois qui s’est tenu du 7 au 10 juillet, on affiche un certain sourire. "Le bilan est très bon, puisqu’on a une affluence de 210.000 personnes et un sold-out pour l’ensemble du festival", réagit Jean-Yves Reumont, porte-parole des Ardentes.

Pour les Ardentes, l’édition 2022 était celle de la reprise, après deux ans d’arrêt pour cause de contexte sanitaire lié au Covid. Il restait à voir de quelle manière le public allait retrouver le chemin du festival. "C"est un public assez jeune, entre 16 et 25 ans. Donc là, on sentait qu’il y avait quand même une grosse attente", explique Jean-Yves Reumont.

Pour ce festival, 2022 était aussi l'année du changement. Les Ardentes tournaient le dos au site de Coronmeuse et ses 25.000 spectateurs pour prendre la direction d’une nouvelle implantation à Rocourt avec, au passage, un doublement de la capacité. "On a réussi cet objectif de doubler l’affluence et d’arriver à 55.000", se réjouit Jean-Yves Reumont.

Initialement, les organisateurs des Ardentes avaient imaginé d’augmenter progressivement le nombre de spectateurs : 35.000 en 2020, 45.000 en 2021, etc. Après le Covid, le choix a été fait de passer directement à 55.000 personnes. "Grâce à cette augmentation, on a pu couvrir les coûts", explique Jean-Yves Reumont. de main-d’œuvre dans le secteur événementiel a compliqué la tâche des organisateurs.

 

Ronquières Festival : budget impacté par la main d oeuvre

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Augmentation des coûts dans différents domaines

Car les coûts ont augmenté. "Certains postes ont augmenté de 20% à 70%", explique Jean-Yves Reumont. La reprise des activités économiques après le Covid avait déjà entraîné certains coûts à la hausse. La guerre en Ukraine et ses conséquences ont poursuivi le travail. Pour les organisateurs de festival, les augmentations s’observent dans différents domaines. "Des augmentations salariales, le transport, l’énergie, la technique, certaines sociétés n’ont plus le matériel nécessaire", détaille Jean-Yves Reumont. "Par exemple, aux Ardentes, on a fait venir de la main-d’œuvre d’Espagne pour venir travailler sur le montage. Le montage, c’est un mois. Il faut loger et nourrir tout ce personnel pendant un mois, encore des coûts qui augmentent", poursuit Jean-Yves Reumont. Ces coûts n’étaient bien souvent pas prévisibles au moment de la vente des tickets. Les 210.000 festivaliers rassemblés au cours des quatre jours devraient cependant permettre à l’organisation d’arriver à l’équilibre. L’an prochain, la capacité journalière devrait passer à 60.000 personnes.

Jean-Yves Reumont travaille aussi pour le Festival de Ronquières, qui vient de se dérouler le premier week-end d’août. "Ronquières a très bien fonctionné, bien que ce soit un public différent. Aux Ardentes, on peut se dire que c’est un public jeune qui attendait le retour des festivals. A Ronquières, c’est un festival beaucoup plus familial, de 7 à 77 ans", explique Jean-Yves Reumont. Mais le public a répondu présent. "On était sold-out avec un troisième jour ajouté. Donc, on arrive à un résultat de 65.000 personnes sur trois jours", précise Jean-Yves Reumont.

Le festival de Ronquières a, lui aussi, rencontré des difficultés liées à la période post-covid et au contexte actuel. Là aussi, la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur événementiel a compliqué la tâche des organisateurs.

Pour le secteur des festivals à Bruxelles et en Wallonie, le bilan est positif

Du côté de la Fédération des festivals de musique en Fédération Wallonie-Bruxelles, on dresse un bilan positif, alors que quelques événements doivent encore se tenir. "On a noté un retour très clair des festivaliers, un retour à la normale", explique Didier Gosset, Représentant de la Fédération des festivals de musique en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il pointe, lui aussi, les records d’assistance des festivals des Ardentes et de Ronquières.

Si quelques festivals ont connu moins d’affluence qu’avant le Covid, il y a des explications. Pour Dour, "on compare à 2019 qui était l’année de tous les records. On est en fait face à un retour à une certaine normale", souligne Didier Gosset. Pour les Francopholies de Spa, c’est "peut-être une question d’affiche qui n’a pas rencontré la même adhésion que par le passé", avance Didier Gosset.

Mais globalement, la saison 2022 des festivals devrait permettre de compenser les deux saisons blanches de 2020 et 2021. "Je pense que certains qui ont organisé leur événement poussent même un ouf de soulagement à l’heure qu’il est", note Didier Gosset, même s'il y aura des exceptions".

Des festivaliers plus hésitants qu’avant ?

Le comportement des festivaliers à aussi, semble-t-il, désarçonné les organisateurs d’événements. Le temps où l’on achetait ses tickets longtemps à l’avance semble s’éloigner. "On remarque vraiment des pics de vente généralement dans les deux semaines en amont d’un événement", explique Didier Gosset. Les festivals n’échappent pas au contexte économique particulier en 2022 dans lequel les consommateurs pèsent leurs dépenses. La météo est aussi une variable qui a plus de conséquences que par le passé, souligne-t-on du côté de la Fédération des festivals de musique en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il faudra voir en 2023 comment cette situation évoluera. 2022 était encore une année particulière. Certains festivals, annulés en 2020 et 2021, avaient échangé les billets contre des bons à valoir pour l’édition 2022.

Quelle sera l’évolution des coûts pour les organisateurs et quelles seront les conséquences sur les prix des festivals à l’avenir et l’affiche de ces événements ? En cas de poursuite de l’inflation des coûts, plusieurs options seront sur la table, soit augmenter les tarifs, la billetterie, le parking ou les boissons, par exemple, soit réduire la voilure en supprimant l’une ou l’autre scène ou en ayant moins d’artistes.

 

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