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Belgique

Pensions, maladie, chômage...: voici pourquoi les syndicats se mobilisent

Pensions, maladie, chômage...: voici pourquoi les syndicats se mobilisent
14 avr. 2016 à 15:00 - mise à jour 14 avr. 2016 à 15:004 min
Par Marie-Paule Jeunehomme

Dès le 19 avril, la FGTB appelle à des actions à Liège, Charleroi et Bruxelles. Le 20 avril, c’est la CSC qui manifestera à Bruxelles. "Un premier moment de réaction collective", avertit Marie-Hélène Ska de la CSC.

Ensuite, en front commun, les syndicats se concerteront pour d’autres actions "à la hauteur des attaques", annonce le secrétaire général de la FGTB,  Marc Goblet, qui n’exclut pas de grève, " tout est possible si le gouvernement ne veut pas entendre ".

Ce jeudi après-midi, la CGSP AMIO appelle déjà les fonctionnaires à une grève de 24H dans les services publics fédéraux.

C’est la première réponse des syndicats aux mesures annoncées par le gouvernement Michel dans le cadre de son conclave budgétaire le week-end dernier: réforme du marché du travail, nouvelles mesures sur le chômage, les malades, et les pensions.

Réforme du marché du travail

"Le travail faisable" du ministre Kris Peeters (CD&V) est donc désormais coulé dans le bronze. Il promet de soumettre un projet de loi au gouvernement d’ici l’été et une adoption au parlement à l’automne. "Nous examinerons avec les partenaires sociaux comment ils peuvent nous accompagner dans la direction que nous avons tracée", déclarait Kris Peeters dimanche dernier à la VRT.

Sur la méthode, les syndicats n’apprécient guère. "La concertation sociale n’a plus aucun sens", pour Marie-Hélène Ska. "C’est un jeu de dupe", dénonce Marc Goblet. Sur le fond, les mesures sont jugées imbuvables.

Il y a l’annualisation du temps de travail. C’est la suppression de la limite des 38 heures semaine, déplore la CGSLB.

Dès 2017, la durée légale du travail sera calculée sur base annuelle. "De quoi permettre aux entreprises, dit le ministre, de mieux gérer le rythme de production souhaité. Les travailleurs auront d’avantage de liberté pour s’organiser en fonction de leurs désirs familiaux." Ce n’est pas l’avis du côté syndical, où l’on voit surtout une flexibilité accrue imposée aux travailleurs. "Les travailleurs seront à la merci des processus de production, sans aucune liberté de choix",, affirme la CGSLB.

Le gouvernement a fixé des balises: pas plus de 9 heures par jour, 45 heures par semaine, 143 heures par trimestre.

Mais on pourrait aller plus loin dans les secteurs: jusqu’à 11 heures par jour et 50 heures par semaine, moyennant une convention collective de travail dans le secteur, ou une convention d’entreprise ou alors via le règlement de travail s’il n’y a pas de délégation syndicale. De quoi inquiéter fortement les syndicats.

Le gouvernement fait sauter les verrous de la concertation sociale, s’insurge la FGTB. Là où l’annualisation du temps de travail était déjà possible moyennant concertation avec les syndicats, cette annualisation devient automatique et générale. Il n’y aura plus de négociation avec les organisations syndicales avertit Marc Goblet.

Même constat pour les nouvelles mesures sur les heures supplémentaires. 100 heures supplémentaires en plus par an par travailleur, des heures qui seront soit payées soit accumulées et épargnées dans un compte carrière pour être "utilisées par exemple en fin de carrière". Le ministre parle ici "d’accord individuel" entre le travailleur et l’employeur. Le conseil d’entreprise ou la délégation syndicale sera informée mais a posteriori du nombre d’heures supplémentaires prestées. Inacceptable pour les syndicats. Ce nombre d’heures supplémentaires pourrait même être porté à 360 par an dans les secteurs. Et tout cela ne va pas favoriser la création d’emplois disent les organisations syndicales.

"360 heures supplémentaires par an pour 3 travailleurs, c’est un emploi qui ne sera pas créé ", explique Marc Goblet.

D’autres points de cette réforme ne passent pas la rampe comme l’introduction d’un contrat intérimaire à durée indéterminée, les horaires flottants ou encore le don de congés pour un collègue qui a un enfant malade.

Chômage, maladie

Et puis il y a les autres mesures annoncées le week-end dernier.

En matière de chômage, par exemple, des conditions plus restrictives pour les travailleurs étrangers, ou pour le chômage temporaire. Il y a aussi les contrôles plus stricts sur les crédits-temps, ou encore de nouvelles procédures pour la remise au travail des malades. Ici les syndicats estiment que le gouvernement revient ici en réalité sur un accord conclu péniblement il y a quelques mois avec les employeurs.

Pensions

Enfin il y a aussi toutes les mesures sur les pensions dans le secteur public, qui ont déjà poussé les syndicats à manifester dès hier sous les fenêtres du ministre Daniel Bacquelaine (MR). "Il s’agit d’assurer une plus grande équité entre les régimes des travailleurs salariés, les indépendants et les fonctionnaires " assure le ministre. Qui parle donc d’harmonisation. C’est le cas pour la bonification des années d’études dans le calcul de la carrière. Elle est supprimée pour les fonctionnaires. Ils pourront tout au plus payer une cotisation pour pouvoir en bénéficier, comme dans le privé.

"Cela va se traduire par une perte sèche importante sur les pensions", dénoncent les syndicats des fonctionnaires d’une même voix. Et puis il y a la suppression des tantièmes préférentiels, pour certains métiers. "Un héritage du passé", dit le ministre. Tout cela devrait être remplacé par d’autre mesures plus favorables pour les métiers dits "pénibles". Des modalités dont on ne sait toujours rien aujourd’hui. Ni à qui elles bénéficieront.

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