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La Trois

Pedro Almodóvar : la femme érigée en œuvre d’art depuis 40 ans

Pedro Almodóvar
17 avr. 2022 à 05:26 - mise à jour 17 avr. 2022 à 08:392 min
Par Fanny Guéret

Qu’elles soient mères, filles, maîtresses, épouses, transgenres ou femmes au foyer, les femmes dans les films du cinéaste espagnol sont le sexe fort, occupent une place centrale et dégagent toutes une puissance émotionnelle. Dès lors, quoi de mieux, pour brosser le portrait de Pedro Almodóvar, que de faire parler les actrices qu’il filme avec amour et passion depuis les années 80.

72nd Cannes Film Festival, Penelope Cruz, Pedro Almodóvar
72nd Cannes Film Festival, Penelope Cruz, Pedro Almodóvar Getty images 2019 Anadolu Agency

Les actrices espagnoles chères au cœur du cinéaste espagnol, Carmen Maura, Victoria Abril, Rossy de Palma, Bibiana Fernández, Penelope Cruz….sont aussi les héroïnes de ce documentaire Almodóvar, tout sur ses femmes. Le réalisateur Sergio Mondelo a en effet choisi de donner la parole à ces Chicas d’Almodóvar pour nous éclairer sur la personnalité de ce cinéaste majeur de la nouvelle vague espagnole et pour tenter d’expliquer pourquoi, finalement, il a toujours placé les femmes au centre de ses films et non les hommes. Et on ne comprendra que mieux comment il a révolutionné le cinéma espagnol.

Sa rencontre cruciale avec Carmen Maura à Madrid, la libération artistique après la mort de Franco et la naissance de la Movida, c’est dans ce contexte qu’émerge le cinéma underground d’Almodovar avec Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier en 1980. Rossy de Palma nous délecte de sa rencontre avec Pedro. Quant à Bibiana Fernandez, à l’époque star des cabarets sulfureux, elle est un symbole de cette Espagne qui s’émancipe et qui va aussi fasciner le jeune cinéaste. Des images d’archives nous feront découvrir un Pedro travesti en femme, témoin de la modernité de l’époque, en train de faire le show sur la scène punk madrilène. Jouissif.

Avec une esthétique provocatrice et tragique, ses films racontent des histoires féminines qui révèlent la nature subtile des femmes, leur sensibilité, leurs souffrances, leurs combats. Almodóvar en a fait un terrain d’exploration cinématographique qu’il maîtrise comme personne. "Il nous comprend mieux que nous-mêmes", affirme Adriana Ugarte, l’une des deux héroïnes de Julieta. Ce documentaire s’attache aussi à retracer l’hommage éternel de Pedro à sa mère dans bon nombre de ses films, et particulièrement dans Volver (2006).

Victoria Abril
Rossy de Palma
Pedro Almodóvar
Victoria Abril Rossy de Palma Pedro Almodóvar Getty images

Là où tout a commencé

La passion d’Almodóvar pour les femmes, - avec, au sommet, il l'avoue, Penelope Cruz -, lui est d’abord venue de sa mère, décrite comme une femme intelligente, étonnante, très libre, mais aussi partagée entre valeurs traditionnelles espagnoles et modernité incarnée par son fils, il l’a d’ailleurs fait tourner dans ses premiers films. Une complicité forte entre Paquita Caballero et son fils au fil du temps malgré sa personnalité plutôt conservatrice qui lui fera commenter ce cinéma subversif : "Quelle honte quand mes voisines verront ça ! C’était très cochon".

Dans le petit village castillan où a grandi Pedro, ce sont les femmes qui font tourner le monde. Sa mère était pratiquement la seule à savoir lire. Alors elle lisait leur courrier aux voisines. Pedro raconte : "Elle ne lisait pas ce qu’il y avait dans les lettres. Elle connaissait leurs attentes, leurs problèmes, leurs besoins, leurs angoisses, elle leur lisait ce qu’elles voulaient entendre parce que ça leur faisait plaisir ! Après, en y repensant, j’ai compris que ça a été une grande leçon pour moi : c’est là que se trouve la relation entre la réalité et la fiction". C’est là qu’il a découvert le mensonge sublime du cinéma.


Almodóvar, tout sur ses femmes, un portrait fascinant à voir sur La Trois ce vendredi 22 avril à 20h35, et en replay sur Auvio.

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