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Pédophilie dans l’Eglise catholique en France : la "perversion systémique" démontrée dans le rapport Sauvé

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05 oct. 2021 à 08:02 - mise à jour 05 oct. 2021 à 15:36Temps de lecture3 min
Par W. Fayoumi, JF Herbecq
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Le rapport Sauvé estime à 216 000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles pendant leur minorité de la part de clercs ou de religieux catholiques en France de 1950 à 2020, selon ses conclusions rendues publiques mardi.

Le nombre de victimes grimpe à "330 000 si l’on ajoute les agresseurs laïcs travaillant dans des institutions de l’Eglise catholique" (aumôneries, enseignants dans les écoles catholiques, mouvements de jeunesse), a ajouté Jean-Marc Sauvé en rendant publiques devant la presse les conclusions de la commission qu’il préside.
La commission propose de "reconnaître la responsabilité de l’Eglise" dans des faits qualifiés de "systémiques".

Le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) Jean-Marc Sauvé a appelé mardi l’institution à apporter une "réparation" financière à toutes les victimes de violences sexuelles en son sein depuis 1950 en France.

"Il faut indemniser les préjudices subis par les victimes en dehors même de toute faute identifiée, caractérisée de l’Eglise", a déclaré Jean-Marc Sauvé, le président de la Ciase, en souhaitant que cette indemnisation ne soit pas considérée comme "un don" mais "un dû" de l’Eglise.
 

Extrait de notre 13h :

Pardon

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, a exprimé "sa honte", "son effroi" et a demandé "pardon" aux victimes de pédocriminalité, mardi après la publication du rapport.

"Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun", a déclaré Mgr de Moulins-Beaufort devant la presse, ajoutant que la voix des victimes "nous bouleverse, leur nombre nous accable".


 

"Perversion institutionnelle"

"Nous avons lancé l’alerte dès le milieu des années '90 pour dire qu’un séisme était en préparation et qu’il allait se passer en France ce qui se passait aux États-Unis, rappelle Christian Terras, directeur du magazine et hebdomadaire catholique critique "Golias", mais malheureusement l’intériorisation et la raison de l’Eglise a fait que les évêques ont en permanence minimisé".

Christian Terras ne mâche pas ses mots : "On avait en face de nous une violence systémique qui a empêché la vérité de voir le jour pendant plus de 30 ans alors que dans d’autres pays par exemple en Belgique, le chemin se faisait." Pour ce spécialiste, l’Eglise catholique française reste une institution très cloisonnée et très patriarcale qui n’accepte pas d’être remise en question, selon ses termes : "Je peux vous dire qu’un certain nombre d’évêques encore aujourd’hui estiment que la demande du rapport Sauvé faite par l’épiscopat n’est pas une bonne chose ! […] On a un clergé immature psychologiquement et sexuellement, et cette perversion individuelle a croisé une perversion institutionnelle… Ce rapport montre qu’il s’agit une perversion systémique, c’est une mafia !"

"L’Eglise dans son ensemble ne s’en sortira pas par des petites mesurettes ou des mots de compréhension, des éléments de langage, ajoute Christian Terras, qui est d’avis que tous les évêques devraient démissionner, à l’image de ce qui s’est déroulé au Chili dans les mêmes circonstances. Dans certains diocèses, il y a des éléments de langage pour relativiser ce rapport, mais ces gens-là n’ont toujours rien compris de l’ampleur des dégâts et des révolutions culturelles et spirituelles qu’il y a à faire". Pour Christian Terras, l’Église catholique doit à tout prix s’engager avec le pape Francois" pour se mettre dans une vision réformatrice".

 

Longue indifférence de l’Eglise

Résultat de deux ans et demi de travaux de la Ciase, le rapport de la commission était remis publiquement mardi matin à Paris, à l’épiscopat français et aux ordres et congrégations religieuses, en présence de représentants d’associations de victimes.

L’Eglise catholique a manifesté "jusqu’au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l’égard des victimes" de pédocriminalité, a déploré Jean-Marc Sauvé. De 1950 aux années 2000, "les victimes ne sont pas crues, entendues, on considère qu’elles ont peu ou prou contribué à ce qui leur est arrivé".

En préambule à la publication du rapport, François Devaux, figure de la libération de la parole des victimes de violences sexuelles de la part de prêtres et de religieux, a appelé mardi les évêques de France à "payer pour tous ces crimes", en ne mâchant pas ses mots face aux membres du clergé réunis.

"La tâche est abyssale", a-t-il prévenu, appelant à un concile "Vatican III", qui ne serait pour autant qu’un "point d’étape".

François Devaux avait été cofondateur d’une association, La Parole libérée, créée en 2015 à Lyon par des victimes d’un aumônier scout du diocèse de Lyon, Bernard Preynat, et dissoute en mars dernier. Leur combat avait été raconté en 2019 par le film de François Ozon, "Grâce à Dieu".


Le rapport Sauvé sera examiné à la loupe à Rome par le pape François, qui a rencontré une partie des évêques français en septembre et a été confronté à ce dossier de la pédocriminalité dès le début de son pontificat.

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