Economie

Payer moins cher que le prix de son fournisseur d'électricité, c'est possible : "le potentiel des communautés d’énergie est énorme"

Le marché matinal

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12 sept. 2022 à 10:50 - mise à jour 12 sept. 2022 à 13:43Temps de lecture3 min
Par Aline Delvoye, édité par M. Allo

Dans le contexte actuel des prix élevés de l’énergie, le Marché matinal s’est intéressé au système de communauté d’énergie.

Première précision, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’une forme d’achat groupé. Rappelons que l’achat groupé d’énergie permet à plusieurs consommateurs de négocier auprès des fournisseurs un tarif avantageux.

Quant à la communauté d’énergie, il s’agit de citoyens qui partagent une production d’énergie renouvelable.

Comment ça fonctionne ?

Prenons un exemple concret : vous habitez près d’un grand immeuble qui dispose de panneaux solaires sur son toit. Ses propriétaires n’utilisent pas toute l’électricité produite et décident de vous la revendre directement. Vous fixez un prix ensemble, souvent beaucoup plus intéressant que le prix du marché, et vous allez créer ce qu’on appelle une communauté d’énergie. C’est ce qui est fait notamment dans la commune de Ganshoren, à l’école Nos Bambins. L’établissement revend son électricité produite sur son toit à très bas prix à ses voisins.

Pierre Andrianne est l’un des voisins de l’école et il explique : "On a établi, à la dernière assemblée générale, le prix de l’ordre de 11 cent d’euro le kilowattheure, alors que je pense qu’un fournisseur classique est au moins à 50 ou 60 cent maintenant, parce qu’on a vraiment atteint des sommets. Donc, au départ, c’était une économie de l’ordre de 50 euros par an pour un consommateur moyen. Maintenant, on peut facilement tabler sur 200-250 euros." 250 euros par an, c’est donc, une belle économie, avec un prix du kWh (kilowattheure) qui se situe, comme le disait Pierre Andrianne, autour de 50 cent d’euro aujourd’hui.

Partager son énergie au sein d’un immeuble

Il existe d’autres types de partage d’énergie, par exemple au sein d’un même immeuble. Ici, le principe, c’est que l’énergie est produite par les occupants de l’immeuble qui se la partagent. Pour mieux comprendre, prenons l’exemple de ce qui se passe dans la commune de Saint-Gilles à Bruxelles. Une centaine de panneaux solaires ont été installés sur le toit d’un logement social : le Foyer du Sud. Ce dernier a fait l’investissement et ne facture aux habitants que les frais de raccordement, de distribution, les taxes. Au final, 16 appartements utilisent l’énergie solaire produite au sein de l’immeuble.

C’est deux fois et demie moins cher que le tarif social actuel

Corentin Allain est le responsable énergie au Foyer du Sud : "Aujourd’hui, l’électricité est d’abord partagée sur les communs du bâtiment, donc pour le fonctionnement des ascenseurs, de l’éclairage et de la chaufferie et des systèmes de ventilation. Ensuite, tout ce qui est en plus de la production est redistribué avec l’ensemble des locataires. Le kilowattheure que nous produisons sur la toiture est facturé 10 centimes du kilowattheure, donc c’est déjà bien inférieur par rapport à l’électricité du marché. C’est deux fois et demie moins cher que le tarif social actuel." L’avantage financier est donc important.

Les données actuelles ne permettent pas encore un recul sur une année facturée complète. Les gestionnaires du projet estiment cependant que l’électricité produite par les panneaux solaires représentera 25 à 30% de l’électricité consommée par appartement.

Pourquoi en parler maintenant seulement ?

Au vu des prix de l’énergie aujourd’hui, cela paraît évidemment tentant d’essayer de se partager l’électricité. Alors, pourquoi en parle seulement maintenant ? Parce qu’auparavant, cela était illégal. Les deux projets cités plus haut avaient reçu une dérogation pour exister. Par ailleurs, il fallait être fournisseur d’énergie pour pouvoir distribuer de l’électricité. Mais la situation a changé depuis ce printemps et tout le monde peut à présent produire son énergie et la distribuer grâce à une nouvelle directive européenne : le clean energy package.

Quel est le potentiel de développement de ces communautés d’énergie ?

Il est important, car il existe trois types de partage d’énergie :

  • Soit entre deux voisins, soit au sein d’un même immeuble. Dans ce dernier cas, comme l’exemple à Saint-Gilles, les démarches sont assez simples.
  • Soit l’énergie est partagée au sein d’un quartier, comme à Ganshoren, et dans ce cas il faut se constituer en personne morale et créer une asbl, par exemple.

Le potentiel des communautés d’énergie est énorme

Benjamin Wilquin est membre de la mission Communauté d’énergie de Bruxelles Environnement : "À partir d’une toiture relativement petite, voire moyenne, on peut se partager l’énergie, parce que la journée, si vous n’êtes pas chez vous et que vous avez des panneaux solaires, vous injectez sur le réseau, et donc vous pouvez le partager avec votre voisin. Le potentiel des communautés d’énergie est énorme, c’est-à-dire que toute personne qui n’a pas la capacité de mettre des panneaux solaires sur son toit, parce qu’il n’est pas propriétaire ou bien parce qu’il n’a pas d’accès au capital ou qu’il n’a pas accès à une toiture, peut avoir accès au solaire via une communauté d’énergie."

Notons qu’à Bruxelles il y a déjà aujourd’hui, plus de 200 communautés d’énergie en projet.

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