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Le temps d'une histoire

Patrick Weber raconte… Les femmes de pouvoir : Michiko

Patrick Weber raconte… Les femmes de pouvoir : Michiko
03 janv. 2022 à 09:175 min
Par Le temps d'une histoire : les femmes de pouvoir

Michiko, la force du roseau

Le Temps d’une histoire : Les femmes de pouvoir

Michiko, la force du roseau

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Elle s’appelle Michiko Shoda et son nom ne vous dit peut-être rien… Et pourtant, elle est unique. Son époux fut le dernier empereur de la planète, Akihito, souverain du Japon, maître du trône du Chrysanthème. Et Michiko fut unique aussi, dernière impératrice… On pourrait penser que l’épouse du Japon se contente d’être une ombre. Et pourtant, Michiko n’est pas que cela… Ceux qui la connaissent bien l’ont souvent comparée à un roseau. Un roseau qui plie mais qui ne rompt pas.

Michiko naît en 1934 dans une époque bien particulière de l’histoire deux fois millénaire du Japon, une époque militariste au sein d’un empire fier de sa force. Un Japon militariste sur lequel règne HiroHito, un empereur considéré comme un dieu vivant.

Elle est la fille aînée de Hidesaburō Shōda, un représentant de la haute bourgeoisie. Sa mère Fumiko Soejima est une femme très élégante et discrète qui veille comme le lait sur le feu à l’éducation sans faille de sa fille.

Michiko a la particularité de recevoir une double éducation : à la fois traditionnelle mais aussi occidentale. On lui apprend à parler l’anglais mais aussi la musique des grands compositeurs occidentaux au piano. En même temps, on l’initie à la culture ancestrale de son pays. Rien n’est oublié : la peinture, la calligraphie, l’ikebana, l’art des bouquets et le kodo… Ou l’art subtil d’apprécier les parfums !

Michiko cherche un mari

AFP or licensors

Au lendemain de la guerre, le Japon est à genoux. Les Américains occupent l’archipel et leurs GI’s font découvrir à l’empire un nouveau mode de vie. Les sodas, les cigarettes blondes, la musique, la danse, la mode… Dans les bars, le style Hawaï cartonne mais la sage Michiko reste convenable.

Dans sa famille, on ne fait pas n’importe quoi quand il s’agit des hommes ! Pour ses parents, la question du mariage est l’une des plus importantes. On lui présente tous les partis les plus intéressants de son époque mais aucun ne trouve grâce aux yeux de Michiko… Ni de sa famille.

Au mois d’août 1957 dans la station touristique de Karuizawa, près de la ville de Nagano, la chaleur estivale est étouffante mais pas de quoi empêcher Michiko de poursuivre ses tennis. La jeune femme a 23 ans et c’est une excellente joueuse. Et c’est là qu’elle fait une étonnante rencontre. Le jeune homme avec lequel elle partage une partie n’est autre que le prince héritier du trône impérial : Akihito. C’est Michiko qui remporte la partie mais le prince ne lui en veut pas. Entre les deux jeunes gens, c’est le coup de foudre ! Mais comment imaginer que l’héritier du trône puisse épouser une " simple " roturière, une bourgeoise ?

Le prince est convaincu d’avoir rencontré la femme de sa vie… À tel point qu’il fait rapidement sa demande. Michiko est amoureuse mais elle refuse. Elle ne veut pas devenir prisonnière du trône ! Devant l’insistance de son chevalier servant, Michiko finit par se laisser convaincre. En novembre 1958, les fiançailles sont annoncées. A 24 ans, Michiko passe de l’ombre à la lumière. Quelques mois plus tard, le mariage incarne le renouveau du Japon.

Un amour qui fait scandale

Wedding Of Prince Akihito And Michiko 1959
Wedding Of Prince Akihito And Michiko 1959 Gamma-Keystone via Getty Images

Pour bien comprendre la suite de l’histoire d’amour de Michiko, il faut jeter un coup d’œil sur l’histoire du Japon. Officiellement, l’empire japonais remonte au 7e siècle avant notre ère et fut créé par un descendant de la déesse Amaterasu. Depuis cette époque lointaine, 126 souverains se sont succédés sur le trône du Chrysanthème, l’emblème de la famille impériale.

En 1926 un nouvel empereur monte sur le trône. Comme ses ancêtres, HiroHito est considéré comme un dieu vivant par ses sujets. Après les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, le Japon est à terre. Le seul pays au monde à avoir connu la déflagration nucléaire.

Au lendemain de la défaite, les Américains prennent la décision de maintenir la famille impériale. A leurs yeux, il s’agit de conserver l’équilibre du pays. Mais l’empereur doit accepter les conditions des vainqueurs. Il lui faut renoncer officiellement à sa nature divine et devenir un souverain constitutionnel.

Le souverain prend la parole à la radio et son peuple écoute, abasourdi, son dieu qui devient un homme. Dès lors, le futur empereur du Japon, Akihito, ne sera pas non plus un dieu. Et son mariage est plus que jamais une affaire d’État.

Michiko devient impératrice

Japanese Princess
Japanese Princess Keystone- Getty Images

En 1964, Tokyo accueille les JO et le couple joue de plus en plus son rôle de premier ambassadeur du Japon. Michiko fait merveille : elle est charmante, jeune, cultivée et polyglotte !

Après l’ivresse des premiers temps, Michiko fait la découverte des impitoyables coulisses de la monarchie. Elle souffre, jour après jour, du manque de liberté. A quoi ça sert d’être une femme moderne si on est prisonnière d’une cage dorée ? La redoutable agence impériale, le Kunaicho règle les moindres faits et gestes de la famille régnante.

En 1989 meurt le vieil empereur Hirohito. C’est la fin de l’ère Showa et voilà que naît une nouvelle ère Heisei… Ce qui signifie l’accomplissement de la paix. Le couple estime que le Japon doit sortir de son amnésie par rapport au passé. Il doit affronter les pages sombres de son histoire… Il prône une diplomatie du pardon et des excuses.

Il est beaucoup plus facile d’attaquer Michiko qui porte le poids de toutes les critiques. Dès lors, l’impératrice subit de nombreuses critiques qui s’étalent dans la presse. Dans un premier temps, Michiko encaisse et elle se tait. Elle n’a pas d’ailleurs pas le choix : une impératrice ne peut pas réagir. Puis, les choses deviennent trop lourdes à porter. Mais cela ne l’empêche pas de souffrir. La situation est tellement grave que l’agence impériale est obligée de publier un communiqué. L’impératrice perd la voix pour sept mois ! Michiko est au plus mal et son époux ne la quitte pas. Contre toute attente, Michiko se redresse et elle affronte les attaques. Elle est sûre d’avoir raison. Pour durer, la couronne doit se montrer plus proche, plus humaine. Michiko veut aider les plus faibles, les plus fragiles, les démunis, les victimes de la crise économique.

Une nouvelle victime : la jeune impératrice

Japan Emperor&#39 ; S Birthday In Tokyo, Japan On December 21, 2007.
Japan Emperor&#39 ; S Birthday In Tokyo, Japan On December 21, 2007. 2011 Gamma-Rapho

Le 30 avril 2019, le Japon assiste, incrédule, à une nouvelle preuve de la modernité du couple impérial. Akihito est malade mais il refuse de mourir sur le trône. Il fait le choix de l’abdication et cède son trône à son fils aîné Naruhito. Lui aussi a épousé une roturière, Masako. Elle aussi est une femme brillante, une intellectuelle polyglotte qui faisait carrière dans la diplomatie. Elle aussi a été broyée par le système de l’Agence impériale qui brise toute initiative et empêche toute liberté.

Michiko est proche de sa belle-fille dont elle comprend le désarroi… Masako a connu de longues périodes de dépression. Confrontée au doute, à la douleur de vivre et soumises à des traitements médicamenteux assez lourds. La nouvelle génération est sur le trône du chrysanthème mais elle sait qu’elle peut toujours compter sur l’appui de son plus solide soutien : Michiko, le roseau qui jamais ne se brise.

 

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