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Patrick Charlier, directeur d’Unia, sur les incidents racistes à Bruges : "Ce n’est pas nouveau et le coup de gueule de Kompany est certainement nécessaire"

Patrick Charlier, directeur d’Unia, sur les incidents racistes à Bruges : "Ce n’est pas nouveau et le coup de gueule de Kompany est certainement nécessaire"

Extrait de Patrick Charlier

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20 déc. 2021 à 13:276 min
Par Jérôme Jordens avec Erik Libois

Une nouvelle fois, les "supporters" brugeois ont fait parlé d’eux en se rendant coupables de nouveaux propos racistes à l’égard du staff anderlechtois. Des propos dénoncés par Vincent Kompany en conférence de presse et qui ont depuis logiquement beaucoup fait parler. Patrick Charlier, directeur d’Unia (service public indépendant qui lutte contre la discrimination, promeut l’égalité et protège les droits fondamentaux) a expliqué à Erik Libois que la prise de parole de l’ancien Diable Rouge était très importante : "Je pense que s’il n’avait pas fait son coup de gueule hier à juste titre, on n’en aurait pas parlé. Malheureusement, ce n’est pas un incident récent. Au cours des six derniers mois, c’est déjà le quatrième incident à caractère raciste que l’on constate de la part de certains supporters de Bruges. Il y a aussi eu l’incident avec Noa Lang, qui avait entonné avec les supporters un chant à caractère antisémite. Ce n’est pas nouveau et ce coup de gueule est certainement nécessaire".

Des sanctions importantes sont donc attendues, au vu du caractère récidiviste du club : "On l’espère. Il faut savoir que le Club Bruges a été condamné deux fois récemment par la commission disciplinaire qui vise à lutter contre les discriminations et le racisme, avec des sanctions qui ont été prises à l’égard des supporters ou du club en question. Manifestement ça ne suffit pas, peut-être qu’il faudra passer à une étape supérieure et des sanctions plus graves. Des sanctions financières le cas échéant pour qu’il y ait une prise de responsabilité de la part des clubs de supporters et du club lui-même".

Si les événements se sont déroulés dans un stade de foot, il ne faut toutefois pas penser que le monde du football serait plus raciste que d’autres pour Patrick Charlier : "Je pense que le football ne reflète jamais que ce qui se passe dans la société. Ce qu’on entend, voit et constate, ce sont des choses que l’on constate malheureusement dans notre société qui est encore malade. En plus de cela, c’est un sport populaire, qui rassemble beaucoup de monde. Pendant longtemps, on a considéré qu’il y avait une forme de folklore du football et des supporters. Les choses sont en train de changer. L’Union belge a mis en place cette commission disciplinaire qui commence à prendre des sanctions que l’on ne voyait pas par le passé. On espère que ça va mener à un changement structurel à l’avenir".

Le football et la compétitivité qu’il entraîne est tout de même un environnement propice à certains débordements : "C’est le reflet de la société. Il n’y a pas nécessairement plus de racisme. C’est vrai que dans un cadre sportif, on va essayer de déstabiliser l’adversaire, on va essayer d’utiliser quelque chose par rapport à une caractéristique quelle qu’elle soit. Ici, c’est la couleur de la peau. C’est quelque chose malheureusement de facile. Il y a aussi un effet de groupe, d’entraînement. On sait combien ce type d’effet a tendance à amplifier les choses alors que dans un autre cadre, le contrôle social limite ce type de réactions".

Une chose est sûre, il est temps de faire bouger les choses et de mettre des sanctions en place : "On plaide pour qu’il y ait une échelle de sanctions. On ne doit pas nécessairement aller dans la situation la plus grave ou nécessairement des poursuites pénales. Il y a des procédures disciplinaires, des sanctions financières qui peuvent être prises. Maintenant, quand on parle d’événements répétés, peut-être que des sanctions plus importantes seraient de nature à dissuader ou en tout cas à ce que le club prenne des mesures un peu plus fermes à l’égard de certains supporters. On peut imaginer l’interdiction d’accès au stade par exemple à l’égard de ceux qui sont identifiés comme étant les leaders de ce type de comportement ou de chansons".

Certains clubs ont déjà porté plainte et des sanctions ont déjà été données mais il y a évidemment moyen de mieux faire : "Il y a des réactions qui se sont faites. Il y a eu il y a quelques années une plainte au pénal déposée par le Standard à l’égard de l’un de ces joueurs qui contre Courtrai s’était fait interpeller de manière raciste. Malheureusement, on voit que la procédure pénale, la procédure judiciaire prend du temps. Donc en ce sens, des procédures disciplinaires sont parfois plus efficaces parce qu’elles sont plus courtes. Mais de nouveau je pense que vis-à-vis des clubs de football, il faut viser le portefeuille parce que c’est ça qui va faire changer les choses. Des sanctions symboliques peuvent avoir de l’importance, notamment il y a des visites à la caserne Dossin qui sont imposées à certaines personnes. Dans certains cas individuels, ça peut suffire, mais de manière structurelle, il faut peut-être viser des sanctions financières et le portefeuille".

S’il faut se battre pour faire changer les choses et tenter d’éliminer le racisme et toutes les discriminations, Patrick Charlier ne pense pas que ce soit possible d’arriver à une situation où aucun cas ne serait recensé : "Je ne crois pas au grand soir d’une société qui serait totalement exempte de comportements à caractère racistes. Ça va être un combat permanent. Il faut le réduire, le limiter, l’exclure et il faut une posture très claire. Là je pense que ce que Vincent Kompany a fait hier, de dire il y a des choses que l’on n’admet pas, on voit qu’il obtient beaucoup de soutien, que ça suscite beaucoup de réactions et donc on attend des personnalités qui peuvent avoir une influence qu’elles se prononcent clairement et ça peut influencer le reste de la population".

Un autre constat structurel qui pose problème est le manque de représentation de certaines origines manquent de représentation aux étages importants de décision : "Une recherche a été faite au niveau européen montre que des responsables, des leaders, des entraîneurs de couleur restent une exception et sont sous-représentés par rapport à l’ensemble des joueurs mais aussi en général des populations d’origine africaine dans nos sociétés européennes et ça, c’est quelque chose que nous voyons très fort quand on parle de la diversité, notamment dans le sport. Il y a de la diversité qui se fait au niveau des joueurs mais dès qu’on monte dans la hiérarchie, on voit que ça devient beaucoup plus difficile d’avoir cette diversité. Maintenant, Vincent Kompany est lui-même un contre-exemple. Il y a eu aussi l’entraîneur du Standard Mbaye Leye. C’était quelque chose qui était nouveau en Belgique. C’était une exception et on espère que ça va évoluer dans le bon sens".

Si la violence a toujours été présente dans les stades, il semblerait qu’elle soit en large recrudescence depuis quelque temps. Un constat inquiétant qui s’explique sans doute par la période compliquée que nous traversons : "Je pense que le football connaît une recrudescence de violence, indépendamment des propos à caractère raciste mais on voit qu’il y a quand même eu des incidents à l’occasion de différents matchs assez récents. J’ai lu quelque chose comme ça qui m’a interpellé. Ça a aussi un rapport avec la crise du covid que nous connaissons. Il y a un besoin d’extérioriser et une sorte de décompensation de populations qui ont besoin de bouger, de s’exprimer et ça se traduit par cette forme de violence qui est une réponse, peut-être, à la violence de la crise du covid et des mesures qui nous sont imposées. Mais effectivement, il n’y a aucune complaisance à avoir par rapport à des comportements racistes, homophobes ou antisémites. Ce sont des choses que l’on constate autour des matches de foot. Là où il y a une responsabilité importante parce qu’on parle beaucoup de choses médiatisées quand c’est un Vincent Kompany qui réagit. Mais il y a beaucoup de choses qui se passent en matière de racisme qui se passent dans les classes d’âge. On voit que les ¾ des dossiers que nous recevons concernant le football concernent ce qui se passe dans les équipes d’âge tous les week-ends. Là aussi, il y a une responsabilité des parents, des entraîneurs, des clubs, de ne pas avoir de complaisance par rapport à des comportements racistes. Là il y a des victimes qui n’ont pas l’aura d’un Vincent Kompany et qui ne peuvent pas réagir. Malheureusement, ce sont des choses qui se constatent trop souvent tous les week-ends".

Le constat est loin d’être positif mais les choses bougent dans le bon sens pour le directeur d’Unia : "Je pense qu’il y a une évolution et notamment la mise en place de cette commission contre le racisme et la discrimination, qui prend des sanctions, qui agit également dans le cadre du football amateur. Ce ne sont pas uniquement les matches de première division et le football professionnel qui sont visés. Il y a régulièrement des sanctions qui sont prises. Cette commission est récente, donnons lui le temps de créer une jurisprudence, d’avoir une autorité et on peut espérer qu’à un certain moment cela va avoir une influence positive auprès des clubs et des responsables qui vont prendre des mesures très claires avec un discours et une posture très claire en disant qu’il y a des choses que nous n’admettrons pas autour de nos terrains".

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