RTBFPasser au contenu

Scène - Accueil

" Passion ", Pascal Dusapin : Orphée chorégraphié.

"Passion", Pascal Dusapin:PASSION Virgis Puodziunas,Zaratiana Randrianantenaina,BARBARA HANNIGAN, GEORG NIGL
03 sept. 2012 à 13:292 min
Par Christian Jade

L’Orfeo " de Monteverdi inspire décidément les chorégraphes. Trisha Brown  en composa, à la Monnaie, en 1998, une version " aérienne " inoubliable. Sacha Waltz donne, à une version contemporaine du même mythe, revu par le  compositeur français Pascal Dusapin, une force expressive qui emporte l’adhésion.

Attention, nuances : Dusapin aime dans Orfeo, de Monteverdi, qui inaugure le genre " opéra ", en 1607, l’élégance du style madrigal mais transposé dans une forme contemporaine qui n’hésite pas à ajouter des petits montages sur ordinateur pour insinuer des " atmosphères " discrètement " bruitées ". Il renonce aussi au récit linéaire, à  " l’histoire ", réduisant les héros mythiques, Orphée et Eurydice à des abstractions Lei (elle) et Lui. Ce qui l’intéresse ce sont les affects, les " catalogues d’expressions, la douleur, la crainte, le désir, la joie, la tristesse…J’ai voulu raconter une histoire assez abstraite, où la femme déciderait de ne pas remonter des Enfers ! Orphée, en se retournant, l’a tuée une deuxième fois…Et il devient alors l’amant idéal éternel. Orphée a besoin d’éprouver de la douleur pour pouvoir chanter…

Le livret, dû à Dusapin lui-même, n’est pas d’une clarté lumineuse mais se trouve transcendé par une musique superbe, d’un lyrisme non romantique mais plein de fulgurances. Une musique directement inspirée par les capacités vocales des deux interprètes, le baryton Georg Nigl, avec lequel il avait déjà travaillé dans son opéra " Faustus, The last night " et la soprano canadienne Barbara Hannigan, " (dont) le légato, sa façon de passer d’une note à l’autre… m’a stupéfait " Avec des voix aussi souples dans l’hyper-aigu que dans le grave, capables de passer en souplesse d’une tessiture à l’autre, Dusapin s’en est donné à cœur joie, pour notre plus grand bonheur. Le chœur de l’ensemble Vocalconsort Berlin, donne une réplique subtile aux scintillants solistes, encadrés par l’Orchestre de chambre de la Monnaie : tout ce beau monde sous la direction  parfaite de Franck Ollu, un grand spécialiste de la direction d’œuvres contemporaines.

Mais la force visuelle du spectacle vient de deux maîtres: Thilo Reuter,  dont les  lumières sur le plateau transforment à mesure l'Enfer et la Terre en univers angoissants ou sublimes. Et Sacha Waltz qui parvient à transformer le corps des deux chanteurs protagonistes en véritables danseurs accompagnant sans efforts les "vrais" danseurs pour exprimer les variations hallucinées de leur amour. Avec quelques images inoubliables, dont une vidéo où le visage progressivement "surexposé" de "Lei" Barbara Hannigan annonce à la fois sa mort et sa transfiguration. Raffinement de la partition, performance visuelle: une réussite totale.

Christian Jade (RTBF.be)

 

Articles recommandés pour vous