Pass sanitaire : l’heure des choix politiques

Philippe Walkowiak

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10 sept. 2021 à 09:59Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

La campagne vaccination vient de s’étendre sur six mois. Elle touche à sa fin, atteint progressivement ses limites. Et comme nous le signalions, au printemps dernier, elle révèle les fractures de la société belge, pour peu que celle-ci existe.

Le défi n’étant pas tant d’atteindre un niveau de vaccination global (ce que la Belgique a plutôt très bien réussi) que de gérer les conséquences des disparités.

Tensions institutionnelles

La pandémie débarque en pleine crise institutionnelle. De plus, la matière "santé" se trouve éclatée entre différents niveaux de pouvoir. De plus, chacun se regarde en chien de faïence : qui va endosser le dossier ? Tant au niveau de la coercition que de la responsabilité politique ? Entre communauté flamande, Wallonie, région Bruxelles-Capitale et fédéral en affaires courantes, on s’épie.

En matière de vaccination, à chaque région sa logique, le fédéral compte les points.

En Flandre, le vaccin va rapidement se transformer en objet politique. La N-VA marginalisée au niveau fédéral, le gouvernement flamand longtemps au second plan, entendent reprendre la main. La vaccination devient un outil de communication politique.

Pass sanitaire

En Flandre, la vaccination est un succès et son gouvernement ne se prive pas de le rappeler. Quitte à tordre quelquefois la réalité.

Plus globalement, la Belgique arrive au moment où les vaccinés sont tentés de s’affranchir de ceux qui ne le sont pas et qui les "empêchent" de vivre normalement. Une certaine Flandre nationaliste retrouve ainsi son traditionnel couplet sur le boulet wallo-bruxellois dont il faut se débarrasser. Mais aussi côté francophone, entre communes largement vaccinées et les autres. Uccle ne veut pas être handicapée par Molenbeek ou Saint-Josse, par exemple. D’autres municipalistes ne disent pas autre chose.

Et chaque parti se retrouve partagé sur l’usage sur l’usage du pass sanitaire (aka Covid Safe Ticket). Constitue-t-il une simple clé d’accès ou doit-il devenir un véritable outil de gestion sanitaire ? Le flou demeure et achèverait d’ailleurs de consacrer l’échec de la vaccination à Bruxelles mais aussi dans les grandes métropoles.

En outre, le débat devient plus fondamental : il a été décidé de laisser la vaccination libre. Cette liberté doit-elle à présent être contrainte, comme le pose légitimement Georges-Louis Bouchez, le président du MR, à rebrousse-poil de plusieurs mandataires de son propre parti ? : "Vous ne pouvez pas dire aux gens qu’ils ont le choix de se faire vacciner ou non et ensuite, s’ils ont fait le 'mauvais' choix, leur rendre la vie difficile"

Le gouvernement bruxellois se retrouve là aussi empêtré dans ses contradictions.

L’heure est au choix : le citoyen doit-il apprendre à vivre avec un pass sanitaire comme il a appris à vivre avec un masque ? Ou la société doit-elle être considérée dans son ensemble ? La liberté de vaccination est au bout de sa logique, plaçant le politique devant des choix.

 

@PhWalkowiak

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