RTBFPasser au contenu

Dans quel monde on vit

Pascale Clark : " Chère Roberta Metsola, pensez à ça : l’année même de votre naissance, la française Simone Veil devenait la première femme à présider le Parlement européen. "

En toutes lettres !

Pascale Clark écrit à Roberta Metsola

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Pascale Clark : " Chère Barbara, faites que le candidat qui a fait ça paye pour ce qu’il vous doit ".
Pascale Clark : " Chère Barbara, faites que le candidat qui a fait ça paye pour ce qu’il vous doit ". © Tous droits réservés
Loading...

Elle a été élue cette semaine à la présidence du Parlement européen. La Maltaise Roberta Metsola a été choisie malgré son opposition à l’avortement. La journaliste et écrivaine Pascale Clark lui adresse cette lettre.

Chère Roberta METSOLA,

Alors ça… Jamais je n’aurais pensé vous écrire un jour, la raison tient à mon immense ignorance : jusqu’à mardi dernier, je ne vous connaissais pas Roberta, même pas de nom, honte sur moi, et soudain, voilà, vous êtes devenue présidente du Parlement européen, bon prince, le hasard a fait coïncider votre consécration à votre anniversaire, 43 ans, un mari, 4 enfants et le haut du perchoir, comment dit-on " bien joué " en maltais ?

Car oui, Malte vous y êtes née, charmant archipel réputé pour son climat de Méditerranée et ses facilités fiscales, plus petit état de l’Union Européenne, confetti ensoleillé d’à peine 500 000 habitants, grand est votre mérite d’avoir pu émerger au milieu des mastodontes continentaux.

D’ailleurs, chère Roberta, votre profil est impeccable : européenne convaincue, diplômée du collège d’Europe à Bruges, oui, en Belgique, après un diplôme d’avocate, eurodéputée depuis 2013, vice présidente depuis 2020, votre siège à droite de l’hémicycle n’a pas oblitéré un penchant progressiste manifeste : votre défense du droit d’asile pour les migrants, votre défense des droits LGBT+, de la liberté de la presse, votre dénonciation de la corruption, votre étanchéité revendiquée avec l’extrême droite. Bref, un portrait aussi scintillant qu’une image Instagram, comme celles dont vous alimentez votre compte, illustration personnifiée de la femme moderne ne renonçant à rien, ni aux plats cuisinés pour vos hommes (4 garçons, un mari finlandais), spécialité pasta, variantes carbonara ou arrabiata, ni à un parcours professionnel de haut niveau avec séances plénières n’en finissant pas.

Chère Roberta METSOLA, jusqu’alors, j’ai tu cette énorme tâche qui défigure votre CV, pire qu’un éclat de sauce tomate de votre petit dernier de 4 ans sur la table de la salle à manger. Vous êtes opposée au droit à l’avortement, farouchement. Vous faites ainsi corps avec votre terre natale, Malte, dernier pays de l’Union Européenne à interdire l’IVG même en cas de viol, même en cas d’inceste, de maladie du fœtus, de danger pour la mère. A Malte, il n’y a même pas débat, aucune formation politique pour soutenir ce droit-là, un total tabou sociétal qui tait les plus fortunées, quelques centaines par an, allant avorter à l’étranger ou les pilules abortives reçues par la poste.

Certes, Roberta, le Parlement européen que vous présidez désormais pour 2 ans et demie n’a aucune compétence pour le droit à l’IVG, mais la prochaine fois que vous ferez un signe de croix, signe ostensible de catholicisme dans les moments importants : pensez donc à ça : l’année même de votre naissance, la française Simone Veil devenait la première femme à présider le Parlement européen. C’était il y a 43 ans. Nous, femmes françaises, lui devons notre droit à disposer de notre corps. Pensez-y. Et tentez d’effacer la tâche. Là, vous entrerez dans l’histoire.

Pascale Clark

Articles recommandés pour vous