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Dans quel monde on vit

Pascale Clark : " Chère Barbara, faites que le candidat qui a fait ça paye pour ce qu’il vous doit ".

Pascale Clark : " Chère Barbara, faites que le candidat qui a fait ça paye pour ce qu’il vous doit ".
30 déc. 2021 à 08:02 - mise à jour 30 déc. 2021 à 08:022 min
Par RTBF La Première
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L’utilisation sans autorisation de l'image de la chanteuse Barbara dans une vidéo de candidature à la présidentielle française. Voilà ce qui a poussé la journaliste et écrivaine Pascale Clark à écrire une nouvelle lettre. Elle refuse de citer le nom de ce candidat. Mais prend volontiers sa plume pour s’adresser à Barbara.

 

Chère Barbara,

Je n’imaginais pas vous écrire un jour, et certainement pas dans ces circonstances-là, mais vous devez savoir ça mieux que quiconque, il est des secondes tombées là lourdes comme des enclumes, et face à l’affront pas d’autre solution que de récurer, sur le champ, sans hésitation aucune, paille de fer, bien profond, marquer le coup, botter le cul.

Ça s’est passé au mois de novembre, in extremis, le 30, je sais, vous détestiez novembre, je suis bien d’accord avec vous, je me souviens d’un 24 de ce mois-là, ça a fait 24 ans il y a quelques jours, vous nous aviez fait le coup du choc toxique létal, 67 ans, c’était tôt.

Depuis, vous aviez raison, novembre n’a cessé de faire des siennes, mardi dernier encore, faut que j’vous prévienne, je suis désolée de vous déranger pour ça, très chère Barbara, mais il s’est passé quelque chose d’abject.

Ça a duré une seconde, à peine, une seconde ou soudain vous êtes apparue sur une vidéo qui en comptait 610 de secondes, certes, à ce moment-là, vous étiez plutôt bien accompagnée, y’avait Gabin, y’avait Delon, BB, Bébel, y’avait Johnny, Aznavour, Brassens puis vous.

Tiens, bizarre, y’avait pas Brel. Vous êtes apparue là, sans autorisation, en pleine séquence de déclaration, non, pas une déclaration d’amour, si Joséphine Baker qui entrait au Panthéon le même jour, en avouait 2 d’amours, l’homme qui se déclarait ainsi candidat à la présidentielle (comment vous le décrire, je ne vais pas le nommer, je fais comme votre neveu, Bernard Serf, le gardien de votre mémoire, totalement scandalisé par votre apparition sans autorisation dans ce machin moisi, refusant de citer son nom) disons que l’homme en question désormais candidat est plutôt du genre à enchaîner les crachats, se gargarise chaque matin à la haine, contre les immigrés, contre les femmes, contre les homosexuels, je ne vais pas vous faire la compil, mais sachez quand même Barbara que ce petit type né juif affirme entre autres horreurs que Pétain pendant l’occupation, avait protégé les juifs français, oui, il répète ça, voilà le pédigrée de celui qui a osé enrôler votre beau visage dans son acte de candidature, à la sauvage. 

Chère Monique Serf, je pense à vous, à votre enfance de petite fille juive fuyant la progression allemande et les délations, ne devant son salut qu’aux Français ayant pris le risque de prévenir et de cacher.

Je pense au caveau familial, Famille BRODSKY où vous reposez à jamais depuis un certain mois de novembre dans le carré juif du cimetière parisien de Bagneux. Vite, combattre la haine, écouter Gottingen… " 

Ô faites que jamais ne revienne

Le temps du sang et de la haine

Car il y a des gens que j'aime

À Göttingen, à Göttingen

Et lorsque sonnerait l'alarme

S'il fallait reprendre les armes

Mon cœur verserait une larme

Pour Göttingen, pour Göttingen "

Chère Barbara, faites que le candidat qui a fait ça paye pour ce qu’il vous doit, je vous embrasse.

 

Pascale Clark

Dans quel Monde on vit

"En toutes Lettres !" : Pascale Clark

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