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Pascal Delwit: "L'extrême droite est devenue plus banale et plus forte en Europe"

Pascal Delwit: "L'extrême droite est devenue plus banale et plus forte en Europe"
16 oct. 2017 à 08:242 min
Par RTBF La Prem1ère

Le jeune leader conservateur, Sebastian Kurz, 31 ans, a remporté les élections législatives en Autriche hier, signant un probable retour de la droite à la chancellerie, peut-être auprès d’une alliance avec l’extrême droite. A cette occasion, Mehdi Kelfat recevait dans Matin Prem1ère Pascal Delwit, professeur en sciences politiques à l'ULB. Selon lui, une coalition entre les conservateurs, la droite et l'extrême droite est probable pour deux raisons principales. "La première, ce sont les résultats électoraux. L’ÖVP, le Parti populaire, a gagné les élections avec plus de 30 % des voix et le parti d’extrême droite, le FPÖ, le Parti de la liberté, est deuxième du scrutin avec autour de 27 % des voix. Donc on sent bien qu’il y a une dynamique".

Et puis, de fortes crispations ont marqué la campagne électorale des deux partenaires sortant du gouvernement, le parti conservateur et le parti social-démocrate. "De ce point de vue-là, je dirais qu’il y aurait beaucoup de logique, compte tenu de la dynamique qu’on a pu observer, à ce qu'un gouvernement entre la droite et l’extrême droite se forme. Il serait dans le prolongement de ce qu’on observe dans l’Europe nordique".

L’extrême droite au pouvoir est un phénomène pas banal, mais beaucoup plus régulier

En 2000, l’arrivée du FPÖ, le parti d’extrême droite à l’époque dirigé par Jörg Haider en coalition avec le chancelier conservateur Wolfgang Schüssel, avait provoqué un véritable tollé européen, au point d'avoir des sanctions de l’Union européenne contre Vienne à l’époque. Si ce gouvernement voit le jour, de tels sanctions sont possibles, mais pour Pascal Delwit, le contexte culturel et politique a bien changé. "L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir aujourd’hui est un phénomène pas banal, mais en tout cas beaucoup plus régulier qu’à la fin des années 90 et au début des années 2000. Vous avez vu les performances du PVV aux Pays-Bas, du Front national en France, ou la percée de la droite scandinave, le FPÖ. De manière générale, l’extrême droite est devenue un phénomène en tout cas plus banal et surtout beaucoup plus fort en Europe qu’il ne l’était à la fin des années 90".

Une plus petite défaite socialiste que prévue

Si les socialistes sont les grands perdants de ces élections, ils ont néanmoins beaucoup moins perdu que ce qu'annonçaient leurs sondages. Ils font en effet le même résultat qu'en 2013. Mais Pascal Delwit met en évidence LE grand perdant de ce scrutin: "Ce sont les Verts, qui ont perdu 9 points de pour cent par rapport à 2013. Donc je dirais que le pôle de gauche, entendu dans son sens le plus large, a reculé en Autriche, comme dans d’autres pays". Une défaite qui invite à un grand questionnement pour la gauche sociale-démocrate européenne.

Mais ce qui marque les esprits, c'est la jeunesse qui prend le pouvoir un peu partout en Europe. Irlande (Leo Varadkar, 38 ans), France (Emmanuel Macron, 39 ans), Autriche (Sebastian Kurz, 31 ans)... On peut même penser à Charles Michel et ses 41, bientôt 42 ans. Pour Pascal Delwit, cela relève de deux phénomènes. "Le premier, qu’on observe depuis une quinzaine d’années, est un fort rajeunissement du personnel politique, et notamment un fort rajeunissement du personnel politique au plus haut niveau. Et c’est aussi lié à un deuxième élément, qui est que le rôle du président de parti et la dynamique du président de parti ont également beaucoup changé dans les pays européens, car ces présidents de parti doivent être jeunes dans leur manière d'agir, notamment dans les débats télévisés ou sur les réseaux sociaux".

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