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Changement climatique

Pas un mot sur le climat au sommet européen : "Le climat a tendance à être relégué en bas de l’agenda"

L'invité dans l'actu

Manifestation pour le climat

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23 juin 2022 à 08:463 min
Par Estelle De Houck sur base de l'invité dans l'actu de Sophie Léonard

Ce jeudi 23 et vendredi 24 juin se tient un sommet européen. Au menu : l’Ukraine, l’avenir de l’Europe ou encore des questions économiques. Malgré les dernières vagues de chaleurs, pénuries d’eau ou encore inondations, il n’y aura donc pas un seul mot sur le climat. Une manifestation organisée par Rise for Climate a donc lieu cet après-midi, pour que les questions climatiques soient mises à l’agenda.

Selon Rebecca Thissen, chargée de recherche sur la justice climatique au CNCD, il est assez classique que les questions climatiques soient oubliées au profit d’autres crises – la guerre en Ukraine ou encore le coronavirus.

On constate que le climat a tendance à être relégué en bas de l’agenda

"Souvent, on constate que le climat a tendance à être relégué en bas de l’agenda", remarque-t-elle. "Parfois c’est inconscient parce qu’on doit éteindre les feux les plus urgents. Et parfois c’est aussi conscient. Il ne faut pas oublier que certains lobbies œuvrent activement pour essayer de faire oublier cette urgence climatique qui évidemment n’arrange pas trop leurs intérêts."

Un courage "largement insuffisant"

Si la chargée de recherche sur la justice climatique au CNCD souligne un certain courage politique depuis le troisième et dernier volet du sixième rapport du GIEC, il reste encore "largement insuffisant."

Pourtant, il s’agit là d’un point de départ indispensable. "Ce courage politique est là pour donner des alternatives aux citoyens et citoyennes. Parce qu’on a beau vouloir changer nos comportements, manger moins de viande, se déplacer plus à vélo, arrêter de prendre l’avion, etc. Pour l’instant, cela reste impayable et inaccessible pour la majorité d’entre nous. Et c’est là que le politique a un rôle clé."

D’autant plus que l’inflation actuelle risque d’avoir un impact négatif sur l’action climatique. S’il est urgent d’avoir accès à une énergie qui soit payable, il est donc important que l’urgence climatique soit également une priorité. "Pour faire d’une pierre deux coups et avoir des politiques sociales beaucoup plus justes et beaucoup plus fortes, mais qui permettent également de lutter efficacement contre l’urgence climatique."

Eviter de travailler dans l’urgence

Or, pour faire face aux impacts du dérèglement climatique, nous n’investissons pas encore suffisamment dans l’adaptation – le "parent pauvre, le grand oublié", selon Rebecca Thissen.

"Pendant longtemps, on s’est dit que ça n’était pas trop notre problème. Parce qu’on voyait plutôt des événements climatiques extrêmes se produire dans des pays lointains, plutôt au sud. Et aujourd’hui, effectivement, il y a ces vagues de chaleur, il y a ces inondations… Et on se rend compte qu’on n’est pas du tout prêt à faire face à cette face-là du réchauffement climatique."

Si on travaille dans l’urgence, les réponses ne sont en général pas adéquates et beaucoup trop court-termistes

Pour autant Rebecca Thissen estime qu’il n’est pas le moment de passer à une écologie d’urgence. "A mon avis, cela a tendance à démobiliser, décourager, voire complètement paralyser à cause de la panique", juge-t-elle.

"Chaque tonne de CO2 qu’on pourra éviter, chaque politique climatique qui peut apporter de la justice sociale est nécessaire et indispensable. Et c’est ce point de départ qu’il faut prendre", ajoute-t-elle. "Parce que si on travaille dans l’urgence – et c’est ce qu’on fait pour d’autres crises -, les réponses ne sont en général pas adéquates et beaucoup trop court-termistes. Il faut planifier de manière drastique et sérieuse, mais pas en paniquant. Sinon, je pense qu’on ne va pas s’en sortir d’ici à 2050."

Il faut donc faire très attention à la manière de formuler toute urgence climatique en deadline. "On a l’impression que si dans trois ans on n’a rien fait, on n’a pas fait suffisamment, il va se passer quelque chose. Alors non, il ne va rien se passer. On va juste continuer à avancer dans la mauvaise direction."

Inutile donc de se comparer au film "Don’t look up", précise-t-elle.

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