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L'échappée musicale

Pas de police en vue pour le pianiste Alexei Lubimov à la Tricoterie, pour l'inauguration d'une nouvelle salle de concert

Pour l’inauguration de la nouvelle salle de concert de la Tricoterie, le pianiste russe a rejoué dimanche soir le compositeur ukrainien Sylvestrov, ce qui lui avait valu, à la mi-avril, de voir son concert à Moscou interrompu par la police. Récit.

Alexei Lubimov, âgé de 78 ans, a donc rejoué Valentin Sylvestrov – le compositeur ukrainien vivant le plus célèbre –, ce qui lui avait valu, à la mi-avril, de voir son concert à Moscou interrompu par la police. Il nous a raconté la scène après son récital d’hier, à la Tricoterie, une coopérative socio-culturelle située dans le bas de Saint-Gilles, à Bruxelles. Sylvestrov, 84 ans, avait fui Kiev pour Berlin un mois plus tôt et l’atmosphère s’était tendue quand il a commencé à condamner l’agression russe en Ukraine dans les médias allemands.

Lubimov raconte avec humour que la police n’est arrivée qu’après la pause, alors qu’il avait déjà joué son Sylvestrov, et qu’elle l’a stoppé en plein impromptu de Schubert, en prétextant un appel à la bombe. Mais personne n’était dupe, a-t-il ajouté, en annonçant qu’il redonnerait les mêmes mélodies de Sylvestrov qu’il accompagnait à Moscou, le 19 janvier, au Conservatoire de Bruxelles.

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Une nouvelle salle de concert

Son récital de dimanche marquait aussi d’une pierre blanche l’inauguration d’une nouvelle salle de concert de 150 places, à Bruxelles, dotée d’une bonne acoustique et accompagnée d’une saison qui fait la part belle aux musiques acoustiques et au théâtre. Un nouveau cachet culturel que Bénédicte Linard (Ecolo), la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, était d’ailleurs venue officialiser, vendredi.

Ce modèle de coopérative, lancé par les deux fondateurs de la Tricoterie, Joëlle Yana et Xavier Campion, a permis d’acheter le bâtiment sur fonds propres, en vendant des parts à des coopérateurs qui deviennent ensuite parties prenantes d’un projet qui cherche en permanence à s’autofinancer. On réinjecte les bénéfices d’une activité commerciale centrée sur l’événementiel, l’Horeca et la location de salles dans les activités socio-culturelles du lieu.

Dix ans après sa création, la Tricoterie attire 50.000 visiteurs par an, aimantés par sa dynamique participative et durable. Et lorsqu’il a fallu, il y a un an et demi, lever des fonds pour acquérir une autre aile de cette ancienne usine de meubles, afin d’y créer ces deux nouvelles salles de spectacle, on est passé des 40 coopérateurs historiques à 322, avec une levée de fonds de plus de 500.000 euros en plein covid!

Bien amené, un projet culturel peut donc faire un sort à l’individualisme, au repli sur soi, au défaitisme et à ce ressentiment qui se développe partout et menace la cohésion sociale et la démocratie. Un projet des plus enthousiasmants que la Tricoterie définit elle-même comme une "fabrique de liens".

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