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"Pas d'ami comme toi" de Stephan Eicher, une chanson sur la fraternité des hommes...

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"Pas d’ami comme toi", une chanson de Stephan Eicher, l’homme qui ne prononce pas les “R”. C’est le " Paroles, Paroles " de Sébastien Ministru !

 

Il ne dit pas " sur " mais " su ". Il ne dit pas " pour " mais " pou ". Et c’est ce qui fait son charme. C’est une chanson de 1991, écrite par le romancier Philippe Djian. Une chanson qui se joue à une lettre près. Une lettre qui disparaît dans un texte et ça fait toute la différence. Une lettre qui s’absente et ça ne veut plus dire la même chose. Stephan Eicher dit bien : " Je n’ai pas d’ami comme toi " et non pas " Je n’ai pas d’amie comme toi " - même si, à l’oral – ça ne s’entend pas. D’où le double niveau de signification de la chanson : on peut entendre qu’il parle d’une femme, mais il faut lire qu’il parle d’un homme.

 

Il parle d’un homme lorsqu’il chante : " Quand tu traverses la pièce – en silence. Que tu passes devant moi. Je regarde tes jambes. La lumière tombant sur tes cheveux. " On pourrait croire à un regard amoureux. En tout cas, c’est un regard attiré. Sur ces jambes, sur ces cheveux qui sont ceux d’un homme. Un regard – sinon amoureux – peut-être un peu plus qu’attiré : troublé. La preuve : " Quand tu t’approches de moi, ton parfum me fait baisser les yeux. " On baisse les yeux parce qu’on est gêné. Et, comme les gestes sont des spectacles qui parfois disent plus qu’ils ne montrent, le personnage dit " Et si tu touches mes mains, je m’arrange pour ne pas y penser. " On ose à peine imaginer ce qui se passerait dans sa tête – et ailleurs – s’il ne s’arrangeait pas pour ne pas y penser… " Je n’ai pas d’ami comme toi " : comme toi, c’est-à-dire comment ?

 

C’est l’histoire d’un homme qui est confronté à l’homosexualité d’un autre homme et qui se pose des questions sur l’intimité qui surgit entre eux… Intimité car ils sont dans la même pièce, il regarde ses jambes – et s’il les regarde c’est qu’on les voit. C’est le narrateur qui est interloqué par ce qu’il voit. L’autre, il s’en fout. Il peut se promener à poil dans la pièce, il ne voit pas où est l’événement. Pour le narrateur, ça ne se passe pas aussi légèrement… Il a même la sensation d’être devant un mystère : " Je comprends mieux le monde en t’observant. Je crois que j’y vois plus clair. Je n’ai pas trouvé la clé du mystère, mais je m’en suis approché. " C’est gentil de dire qu’au contact de la différence on ouvre son horizon… Si on peut servir à ça… En même temps, on pourrait croire aussi – lorsqu’il dit " je n’ai pas trouvé la clé du mystère, mais je m’en suis approché " - qu’il a pu être tenté…

 

" Je n’ai pas d’ami comme toi " est une chanson sur la fraternité des hommes… Et en serrant un peu plus, une chanson sur le frère… Et d’ailleurs, quand on fouille dans la biographie de Philippe Djian, qui signe le texte (mais il faut vraiment aller très loin dans Goggle), on découvre que Djian a un frère homosexuel. " Pas d’ami comme toi " est donc peut-être un message de frère à frère… Et même peut-être un message d'amour - si on en croit cette vieille interview de Djian et dans laquelle il dit : "Mon frère est homosexuel et je l'aime".

 

Écoutez l'intégralité de la chanson avec de toutes nouvelles oreilles :

 

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