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Partir comme bénévole au camp de Moria à Lesbos : la Belge Dominique Savelkoul partage son expérience

Dominique Savelkoul (en bas à droite) au camp de Moria, il y a un an
16 déc. 2020 à 13:15Temps de lecture2 min
Par Annick Merckx

C’était il y a un peu plus d’un an. La Brugeoise Dominique Savelkoul, 57 ans, entre deux jobs, se dit que c’est le moment ou jamais de se lancer dans un projet qui traînait dans un coin de sa tête depuis fort longtemps : "faire quelque chose" dans le domaine de l’aide à autrui.

Une de ses sœurs lui parle de l’ONG néerlandaise Because We Carry (BWC) et de son action en faveur des migrants sur l’île de Lesbos, au camp de Moria.

"C’était assez simple de partir avec eux en réalité : constituer une équipe de 7 personnes, pour aller faire du bénévolat une semaine. On paie son voyage, sa nourriture sur place, on peut loger dans la maison des volontaires. Il faut amener 8000 euros, qui servent à concrétiser des projets définis par BWC"

Dominique et deux de ses sœurs font appel à leurs connaissances et amis. La somme nécessaire est réunie, et… largement dépassée en définitive : plus de 29.000 euros seront récoltés.

8000 euros… et le reste !

"Du coup, on a pu aller au-delà du "contrat" de base, à savoir fournir – et servir – des petits déjeuners aux habitants du camp pendant une semaine". Une proposition plus durable se concrétise. Dans le camp qui compte une quinzaine de milliers de réfugiés venus d’Afrique et d’Asie, on dénombre à ce moment quelque 700 femmes enceintes. L’idée est de leur offrir un endroit où elles puissent, en toute fin de grossesse et au lendemain de leur accouchement, se poser un peu à l’abri, pour parler, recevoir des soins, se faire dorloter. Le conteneur rose est né et a, au fil des mois, offert un cocon aux femmes, grâce à des infirmières volontaires. "Et puis, sur le modèle des boîtes que les femmes qui accouchent chez nous reçoivent à l’hôpital avec divers échantillons, nous avons fait des sacs avec un petit nécessaire à distribuer à chacune. Mais aussi aux femmes grecques…"

Car il ne faut pas se le cacher, la présence des migrants inquiète, déchaîne passions et parfois haine des habitants de Lesbos. Et c’est clair que c’est extrêmement compliqué pour eux : des camps de migrants, de moins en moins de vacanciers, et puis également, maintenant, la pandémie… "leur vie est devenue extrêmement pénible et nous, les bénévoles, nous ne sommes pas bien vus du tout. Donc, le choix c’était d’aller aussi un maximum vers la population de Lesbos : en fréquentant assidûment les épiceries, les magasins, pour nous procurer tout ce dont nous avions besoin et, comme pour ces sacs, partager, pour créer des ponts".

Dominique devant le fameux conteneur rose
Dominique devant le fameux conteneur rose Carlijn Den Boer

On met son ego dans sa poche

Sur place, durant cette semaine de présence, Dominique a suivi le rythme immuable des bénévoles de BWC. "On nous l’avait expliqué, lors de notre moment de formation, à Amsterdam. On reste une semaine, pas plus, on se met au service de l’ONG, on évite de poser mille questions aux migrants qu’on rencontre, on ne se met pas en valeur en prenant des photos à tout-va. Bref, on met son ego dans sa poche et on se retrousse les manches".

Il n’y a plus d’avocat(e), d’enseignant(e), d’homme ou de femme d’affaires,… il y a des volontaires qui, tous, se greffent dans un programme commun. "Et ça marche !"

Chaque matin, lever à 5h30 pour pouvoir servir dès 6h30 le petit déjeuner aux quelque 3000 personnes qui se trouvaient dans le ‘petit’camp, celui de Kara Tepe, constitué de conteneurs (12 personnes s’entassent dans chacun d’eux) destinés aux gens les plus fragiles. "Ensuite, on est à disposition pour faire les tâches définies : nettoyer, faire des courses, distribuer, il n’y a pas à réfléchir, on fait".

Et l’an dernier, sa semaine s’est passée à distribuer des vêtements d’hiver aux résidents du camp de Moria. "On a distribué des bracelets de couleur, symbolisant le jour où venir chercher les vêtements aux 10.000 résidents, et puis, chaque jour, ils sont venus, hommes, femmes, enfants. Et on a eu un vrai moment de contact. Pas question de donner n’importe quoi, n’importe comment, c’était un vrai moment d’échange, avec le sourire, et une belle énergie…"

Chaque matin, les chariots sont préparés pour la distribution
Chaque matin, les chariots sont préparés pour la distribution Dominique Savelkoul

Les choses se compliquent…

Revenue en Belgique, Dominique Savelkoul a suivi de loin l’actualité du camp. "Il y a eu ces incendies, en septembre, et une nouvelle dégradation, terrible, de leurs conditions de survie… Maintenant, les migrants sont dans des tentes, sur la plage. Because We Carry ne laisse pas partir des volontaires actuellement. Nous avions le projet d’y aller pour Noël, mais la situation sur place est encore plus difficile qu’avant. En revanche, ce que nous savons, c’est que des volontaires se sont organisés au sein des migrants pour, par exemple, distribuer des petits déjeuners comme nous le faisions. Et ça me fait chaud au cœur parce que on a, probablement, donné un peu de notre énergie pour qu’ils puissent mieux s’entraider. Des volontaires permanents de l’ONG sont toujours sur place, comme pour d’autres ONG, et j’ai décidé de leur transférer l’argent que j’ai pu récolter pour qu’ils puissent poursuivre des projets. Je ne désespère pas de repartir à nouveau une semaine dès que ce sera possible, mais avec la pandémie de Covid, cela signifie tout de même une quarantaine à l’arrivée, et au retour. Et là, je ne peux pas me le permettre, avec mon boulot actuel "(ndlr elle est directrice du musée d’art belge MuZee à Ostende).


►►► Lire aussi : Incendie au camp pour réfugiés en Grèce : "Ce camp de Moria était loin de toute humanité"


"On me demande souvent comment je me sens par rapport à ce que j’ai vu à Moria… Hé bien je réponds que j’y ai vu des choses horribles, des conditions de vie inhumaines, mais aussi beaucoup de belles choses. Vous savez les gens qui sont là-bas, ils sont comme vous et moi : ils avaient, pour la plupart une maison, une famille, un boulot… Ils ont été obligés de partir mais ils ne demandent qu’à (se) reconstruire, à agir, et l’entraide est essentielle. Nous sommes gâtés ici, nous devons en être conscients et chacun, à notre niveau, nous pouvons faire ce petit quelque chose qui peut tout changer. Il faut le vouloir. J’ai appris qu’on peut faire la différence. Et donner de l’espoir".

 

Because We Carry, une histoire de porte-bébé

C’est en 2015 que trois jeunes femmes des Pays-Bas décident de quitter Amsterdam pour rallier Lesbos. Dans leurs bagages, un millier de porte-bébé qu’elles ont collecté auprès de donateurs à destination des jeunes parents migrants. Because We Carry - Parce qu’on Porte – (les bébés) est née. A leur retour, elles décident de dépasser le one shot pour créer un projet durable. Et c’est ainsi que se met en place ce système simple : des équipes tournantes de bénévoles, qui ne restent pas sur place, apportent de l’argent qu’ils ont récolté par eux-mêmes et l’offrent, ainsi que leurs bras et leur bonne volonté pour accomplir toutes les tâches qui se présentent. "Parmi les volontaires", explique encore Dominique Savelkoul, "j’ai rencontré une jeune Néerlandaise qui venait une semaine à Lesbos parce que dans son entreprise, il y avait une Syrienne qui était passée par le camp de migrants, et que son entreprise avait décidé d’offrir la semaine de "congé" aux volontaires qui souhaitaient s’engager. Simple. Et utile".

 

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