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Parler salaires entre collègues, un tabou qui contribue à entretenir l'inégalité salariale hommes-femmes

Parler salaires entre collègues, un tabou qui contribue à entretenir l'inégalité salariale hommes-femmes
14 nov. 2021 à 14:003 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

En France, 44% d'hommes et femmes ne savent pas combien gagnent leurs collègues qui occupent un poste similaire au leur. Briser ce tabou représente pourtant un axe essentiel pour sensibiliser aux inégalités salariales de genre dans les entreprises, souligne une enquête réalisée en 2020 par le collectif féministe Les Glorieuses.

"Syndrome de l'imposteur" : souvent décliné au féminin !

L'enquête met en lumière les pistes d'amélioration à instaurer dans les entreprises pour faire avancer la cause de l'égalité salariale entre les sexes : plan de relance économique féministe, congé paternité obligatoire... Ainsi qu'une plus grande culture dans les entreprises concernant le salaire des employés.

44% des personnes interrogées expliquent ne pas connaître le salaire de leurs collègues occupant un poste similaire. 

Un pourcentage qui illustre bien le manque de transparence qui perdure dans les entreprises françaises, estime la Lucile Quillet, autrice de l'ouvrage "Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière".

"En France, on fait de la question du salaire une affaire de négociation personnelle alors que tout le monde n'est pas armé. Si vous vous sentez légitime mais que vous avez peur de demander une augmentation par peur qu'on vous oppose un non ou parce que vous souffrez du syndrome de l'imposteur, vous n'allez pas oser demander plus. Ce manque de transparence arrange les entreprises puisque cela leur fait réaliser des économies", note la journaliste. 

Le "syndrome de l'imposteur" évoqué par la journaliste est un mécanisme psychique décrit sous ce nom par deux psychologues américaines à la fin des années 70. Il  désignant l'incapacité d'une personne à reconnaître ses propres compétences professionnelles à leur juste valeur. Un phénomène formulé au masculin mais qui touche majoritairement les femmes. 

Entreprises et salariés gagneraient à être plus transparents

Toujours selon l'enquête menée par Les Glorieuses, 80% des femmes et 70% des hommes interrogés se disent prêts à parler ou à partager des informations sur leur rémunération afin de "faire avancer la cause de l'égalité salariale".

"Ce n'est pas étonnant que les hommes soient d'accord, si l'on part du principe qu'ils n'ont pas grand-chose à perdre. Je pense qu'il y a un besoin global de ce type d'information, qui peut s'avérer nécessaire pour tout le monde, y compris pour les entreprises. Car plus on est transparent, moins il y a de rumeurs, de spéculations, d'accusations de favoritisme...", commente Lucile Quillet.

Une augmentation ? "Il faut toujours essayer !"

Peut-on pour autant, si l'on apprend en discutant qu'on est effectivement moins bien payé que certains collègues dont le poste et le niveau d'expérience est similaire aux nôtres, s'en servir pour exiger une augmentation ? Lucile Quillet recommande d'adopter une autre stratégie.

"L'argument selon lequel une personne est mieux rémunérée que soi n'est jamais une bonne tactique, à mon sens. Malheureusement, chez nous, on obtient rarement gain de cause en pointant une injustice", explique-t-elle.

"Mieux vaut pointer son investissement, ses compétences, ce qu'on apporte à l'entreprise et sa volonté d'évoluer."

"Et si on obtient un refus pour une augmentation de salaire, il faut garder en tête qu'il existe d'autres leviers de négociation. On peut par exemple demander le recrutement d'un stagiaire ou d'un assistant pour soulager notre charge de travail, une formation pour monter en compétence...", suggère l'experte. 

En plus du syndrome de l'imposteur, une foule de raisons peuvent dissuader de demander une augmentation : peur de paraître égoïste si l'entreprise traverse une passe difficile sur le plan financier, impression d'être trop gourmande si l'on a "déjà" été augmentée quelques années auparavant...

"Il faut toujours essayer. On peut vous dire non, bien sûr, mais cela ne donnera pas une mauvaise image de vous, du moment que votre demande est légitime", tranche Lucile Quillet.

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