Parlement bruxellois : l'épidémiologiste Marius Gilbert ouvre le bal des auditions de la commission Covid

L'épidémiologiste Marius Gilbert a répondu ce jeudi matin aux questions des députés bruxellois

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01 oct. 2020 à 16:35 - mise à jour 01 oct. 2020 à 16:35Temps de lecture4 min
Par Barbara Boulet

Les parlementaires Bruxellois de la commission spéciale Covid ont entendu ce jeudi matin l’épidémiologiste de l’ULB Marius Gilbert, directeur de recherche du Fonds National de la Recherche Scientifique, à l’occasion du premier jour de travaux. Dans son exposé, l’expert a retracé, phase après phase, et avec son regard d’épidémiologiste, la gestion de la crise sanitaire en Belgique depuis l’apparition du virus en Chine jusqu’au déconfinement.

Une crise pas anticipée

Dans son exposé, Marius Gilbert a commencé par préciser que le scénario d’une pandémie de cette ampleur n’était pas inattendu pour les épidémiologistes, même si toutes les autres étaient jusqu’ici restées limitées géographiquement ou avaient connu lors de leur expansion un taux de mortalité faible. C’est au moment où le virus a quitté la Chine, a poursuivi l’expert, et qu’il s’est logé en Corée du Sud et surtout en Iran et en Italie, que lui et ses collègues ont compris "qu’on ne l’arrêterait plus".

Marius Gilbert a ensuite commenté la gestion de la crise par la Belgique lors des différentes phases de pré-lockdown, lockdown et déconfinement. A travers son récit, il a évoqué les "difficultés à répondre rapidement à une situation d’urgence, malgré un bon système de soins de santé": manque d’anticipation par la Belgique qui ne disposait pas de plan "pandémie" à jour, des capacités à tester et à équiper (notamment en masques) trop limitées.

Bruxelles, ville-région vulnérable

C’est finalement à travers leurs questions que les députés ont amené l’expert à s’exprimer sur le cas particulier de Bruxelles. La ville-région a été très exposée, car elle est vulnérable a-t-il expliqué. "Bruxelles a une densité de population très importante. Mais ce n’est pas tout. On sait aussi qu’il y a des corrélations assez forte entre pauvreté et un certain nombre de maladies chroniques, facteurs de risques additionnels qui jouent sur les taux de décès. […] Bruxelles compte aussi un nombre important de maisons de repos et de populations âgées […]. Enfin, Bruxelles est un carrefour en termes de mobilité, elle est très connectée, plus que d’autres villes de notre territoire. L’ensemble de ces conditions fait que Bruxelles est une ville particulièrement exposée".

Maisons de repos en première ligne

Marius Gilbert a aussi été beaucoup interrogé sur le cas des maisons de repos bruxelloises. Il a évoqué ses "3 talons d’Achille": le manque de clarté sur l’importance des asymptomatiques, le manque d’équipement et de capacité de testing, "Parce qu’avec ces trois pivots-là on aurait pu faire beaucoup plus tôt un dépistage plus systématique du personnel".

Mais il a aussi évoqué "un différentiel dans la qualité de la gestion des maisons de repos très important. J’ai eu un témoignage d’un directeur de maison de repos qui m’avait dit : il y a trois ans j’ai eu une grippe particulièrement importante, depuis on a des procédures claires vis-à-vis de notre personnel par rapport aux épidémies de grippes. On a activé ça et ça a très bien fonctionné. Il y a en a d’autres pour qui ce type de dispositifs de prévention était beaucoup moins clairs. Ou la gestion était moins bonne, qui étaient beaucoup plus pris au dépourvu. C’est dans ces maisons de repos là que l’impact a été beaucoup plus important".

Interrogé sur la prise en charge dans les hôpitaux des résidents malades, Marius Gilbert a précisé que le bilan très lourd dans les maisons de repos "est la conséquence du fait qu’on n’ait pas bien réussi à bien protéger ces maisons de repos de l’introduction du virus et du dégât que le virus pouvait y faire. Mais je ne suis pas convaincu à titre personnel et il faudrait une analyse moins quantitative pour le démontrer qu’il y ait eu un impact sanitaire important de décisions d’hospitalisations ou de non-hospitalisations de personnes qui étaient en maisons de repos".

Jeudi après-midi, les parlementaires ont ensuite entendu un professeur de droit constitutionnel à l'Université Saint-Louis, Sébastien van Drooghenbroeck, sur la répartition des compétences en matière de soins de santé. Ensuite, le directeur général de perspective.brussels, Christophe Soil, et le directeur de l'Observatoire bruxellois de la Santé et du Social, Olivier  Gillis ont présenté un rapport sur le "redéploiement socio-économique, territorial et environnemental" de Bruxelles, après la crise.

Il en ressort qu'en 2021, Bruxelles s'attend a accueillir de nombreux nouveaux chômeurs: +4,7%.

Les deux hommes ont aussi expliqué que les Bruxellois étaient fragiles face au virus, en raison de la densité de population, mais aussi du taux de pauvreté, de la forte présence de pathologies comme le diabète, le surpoids ou l'hypertension. Et parce qu'il y a un nombre important de personnes vivant en institutions: elles y vont d'ailleurs plus jeune, en moyenne. Ce qui laisse penser qu'elles sont déjà plus fragiles au départ.

Disparités régionales

Entre le 16 mars et le  3 mai, Bruxelles a ainsi enregistré 1.374 décès de plus que sur la même période ces dernières années. Pour deux tiers, des résidents de maison de repos.

Ces deux dernières auditions ont aussi mis en lumière des disparités au sein de la région de Bruxelles-Capitale: l'Ouest et les 5 communes du "croissant pauvre" (au centre) ont été les plus touchées par l'épidémie cet été en raison de la densité de la population et de sa plus grande pauvreté. 

En fin de journée, les députés de la commission Covid s'accordaient à huis clos sur la suite des travaux. L'ordre du jour devrait être communiqué dans les heures ou les jours qui viennent.

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