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"Paris-Briançon" de Philippe Besson, un roman sociologique à suspense, teinté d’humanité

Philippe Besson, pour son livre "Paris-Briançon"

Le 8/9

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17 janv. 2022 à 09:413 min
Par François Saint-Amand

Philippe Besson était l'invité du 8/9 pour présenter son nouveau roman Paris-Briançon qui connaît déjà un large succès. Ce livre renversant, à la tension palpable, aborde avec sensibilité les rencontres fortuites et les questions du hasard et du destin.

Ils ne se connaissent pas mais en montant à bord du même train, ces voyageurs en direction des Hautes-Alpes auront leurs destins liés à tout jamais.

Au cours des discussions, les langues se délient, la confiance s’installe et des secrets sont révélés. Pourtant, derrière les apparences se cachent des êtres humains ordinaires victimes des problèmes de la vie quotidienne.

"Ils l’ignorent encore, mais à l’aube, certains auront trouvé la mort".

Plonger le lecteur au cœur de l’action

Paris-Briançon embarque le lecteur à bord d’un train de nuit. Cette ligne ferroviaire, Philippe Besson l’a empruntée il y a déjà de nombreuses années.

Nul besoin de vivre cette expérience juste avant d’en concevoir un roman pour l’auteur. Il était nécessaire d’attendre un certain temps pour faire ressortir uniquement les sensations d’un tel voyage, sans les détails futiles.

"Je ne voulais pas être rattrapé par la nécessité de l’exactitude, d’un truc très technique et topographique" justifie-t-il. "Je trouvais surtout que c’était bien de fonctionner sur les sensations, les sentiments, les souvenirs, la promiscuité, les intimités qui se fabriquent dans un train, les odeurs, le roulis, le tangage, parce que j’avais besoin que les lecteurs et lectrices soient avec nous, avec les personnages dans le train. Il fallait donc que cela passe par les sensations".

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Un récit qui tient en haleine le lecteur

Ce nouveau livre de Philippe Besson, après Le dernier enfant, cartonne en librairie. Un tel engouement peut s’expliquer entre autres par la mécanique employée dans ce récit.

Dès les premières pages, on connaît déjà la fin : certains des passagers, sur la dizaine que l’auteur présente, ne survivront pas au voyage. "Cela crée une espèce de tension et de suspense, parce qu’on se demande ce qui leur arrivera, lesquelles seront victimes et de quoi. On lit donc le livre en ayant tout le temps en tête qu’une menace, un danger plane sur eux" estime le romancier de 54 ans. "Cela donne un prix particulier à l’instant qu’ils sont en train de vivre. On se rend compte que pour certains d’entre eux, ce sont les derniers instants. Cela dit aussi quelque chose sur la fragilité de nos vies et de l’existence. C’est aussi un livre sur la mécanique du hasard : ces gens n’ont été rassemblés que par le hasard. Il peut être providence quand il favorise l’intimité, mais peut aussi être un désastre, une malédiction quand la mort les rattrape".

Un moment suspendu qui délie les langues

Paris-Briançon fonctionne donc comme un véritable huis clos. Les fans du genre auront tout de suite noté les similitudes avec Le crime de l’Orient Express d’Agatha Christie. Pourtant, Philippe Besson se distingue par la psychologie profonde des dialogues et la personnalité complexe et attachante des personnages qu’il met en scène dans son histoire.

L’angle qui intéresse l’écrivain, est d’observer comment "ils doivent réapprendre l’art et le goût de la rencontre et de la conversation, d’aller vers l’autre" puisqu’ils sont enfermés pour un voyage d’environ 12 heures. "Tout à coup, ces gens habituellement enfermés dans leurs téléphones portables, vont vers des étrangers et leur parlent. Comme ce sont des inconnus, ils vont dévoiler sans doute des choses qu’ils n’auraient dévoilées autrement. C’est-à-dire que vous arrivez avec des apparences, et peu à peu les cuirasses tombent dans l’obscurité avec la nuit autour de soi et ce tangage. Ils vont dévoiler des failles, des vulnérabilités".

Le huis clos permet aussi une introspection et une remise en question des personnages sur leur propre existence. "C’est un cocon pour une métamorphose : c’est la possibilité d’une renaissance qui leur est offerte" résume ainsi l’auteur. "Ils vont dire des choses qu’ils n’ont jamais dites autrement et peut-être accepter d’eux-mêmes, ce qu’ils n’avaient jamais osé formulé".

Quand un événement change votre vie

On l’aura compris, un événement vient perturber le voyage de ces passagers, suscitant les interrogations du lecteur.

"Ce qui est intéressant c’est qu’après, plus rien n’est pareil. Aux deux-tiers du livre on comprend ce qu’il se produira dans ce train, même s’il y avait des petits indices disséminés. Tout d’un coup toute leur vie change et tout ce qu’ils ont connu avant n’existera plus de la même manière après" révèle Philippe Besson.

Bien plus qu’un simple polar, Paris-Briançon est un roman sociologique saupoudré d’humanité, au suspense insoutenable.

Joel Saget / AFP

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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