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Papillomavirus : qui touche-t-il et comment s'en protéger ?

Le papillomavirus est une infection sexuellement transmissible qui touche beaucoup les jeunes et peut déboucher sur un cancer du col de l'utérus

Trop longtemps méconnu, le papillomavirus fait aujourd’hui l’objet d’une attention plus importante qu’auparavant et bénéficie d’une sensibilisation grand public. Qu’est-ce que le papillomavirus ? Qui touche-t-il en priorité ? Comment s’en protéger ? Faut-il élargir la vaccination à d’autres publics cibles ?

Cela fait plusieurs années que l’on parle du papillomavirus. On en parle dans les écoles, on propose désormais de vacciner aussi les garçons alors qu’ils ne sont a priori pas à risque. Mais au fond qu’est-ce que le papillomavirus ?

Déborah Konopnicki, infectiologue au CHU Saint-Pierre, explique que le papillomavirus est un virus sexuellement transmissible, qui touche principalement les jeunes au début de leur activité sexuelle. La plupart des gens rencontreront ce virus au cours de leur vie, mais celui-ci ne donnera pas de symptômes. Cela veut dire qu’on ne sait pas qu’on est porteur du virus. Chez la plupart des gens, ce virus va disparaître spontanément au bout de quelques mois. Dans une petite proportion de cas, soit environ 10 à 15% des femmes, l’infection va persister au-delà de 2 ans et va être capable d’induire, au bout de quelques années, des tumeurs. Ces tumeurs peuvent être bégnines – que l’on appelle condylome ou verrue génitale – ou malignes.

Des symptômes 10 ans après l'infection, vers 30 ou 40 ans

Lorsque les tumeurs sont malignes, il s’agit principalement du cancer du col de l’utérus, dont les symptômes vont apparaître 10 ans plus tard, vers la trentaine ou la quarantaine. Les femmes qui sont touchées sont donc jeunes. Il existe également d’autres cancers induits par ce virus, notamment des cancers de la sphère ano-génitale ou des cancers de la bouche et de la gorge. Le papillomavirus peut être détecté au niveau des lésions pré-cancéreuses, c’est-à-dire au stade qui précède celui du cancer. Jusqu’à ce stade, on ne se rend pas compte que le virus est présent.

Comment se transmet-il ?

Le papillomavirus se transmet sexuellement, mais il est important de noter qu’il ne faut pas forcément qu’il y ait pénétration pour le transmettre ou l’attraper. Les caresses, la fellation, les contacts oraux sexuels le transmettent également. Par ailleurs, on peut également infecter la région anale à partir d’une infection génitale, en faisant des gestes du quotidien comme s’essuyer après avoir été aux toilettes. Une femme qui n’aurait pas de rapports anaux peut très bien développer l’infection dans la zone anale.

Comment détecte-ton le papillomavirus ?

La détection des effets cliniques du papillomavirus se fait principalement par un prélèvement de dépistage qui est désagréable mais pas douloureux, qu’on appelle le frottis, explique Jean Doyen, gynécologue au CHU de Liège. Il permet uniquement de détecter les anomalies provoquées par le virus au niveau du col de l’utérus et du vagin. Mais le frottis n’existe pas pour les autres parties corporelles qui pourraient être infectées : dans ces zones, la détection passe par une observation clinique des anomalies qui auraient éventuellement été détectées par la patiente ou le patient.

Quels signes pour les patients masculins ?

Chez les deux sexes, les observations se font surtout au niveau de la partie externe des voies génitales. Ce à quoi il faut être vigilant, ce sont des petites formations papillomateuses qui sont des condylomes ou champignons. Si c’est apparent, il y a souvent une irritabilité locale, une aspérité, … Certaines formes sont plus insidieuses et prédisposent à la cancérisation : elles sont beaucoup plus planes et peuvent colorer la peau.

Concrètement, à quoi ressemble un condylome ?

Il s’agit d’une petite boule en forme de chou-fleur, qui peut être petite ou grosse, et qui se présente au niveau des parties externes des organes génitaux. Cela peut donc être au niveau pénien, vulvaire, anal, … Le condylome est une tumeur bénigne qui peut chatouiller et être désagréable sur le plan esthétique. Les personnes qui en souffrent disent souvent que ça n’est pas agréable à vivre d’un point de vue psychologique. La bonne nouvelle est que cela s’enlève, et ce, de différentes façons : chirurgicalement, avec une crème,… En Belgique, entre 13.000 et 20.000 personnes sont touchées par un condylome chaque année et se le font enlever. À noter que celui-ci peut revenir. Le condylome est bénin mais il reste assez stigmatisant chez les personnes qui débutent leur sexualité.

Comment parler du papillomavirus dans les écoles ?

Céline Danhier, présidente de l'asbl "O'Yes", fait de la prévention dans les écoles en parlant aux adolescents de cette maladie essentiellement sexuellement transmissible. "On en parle facilement parce qu’on aborde l’ensemble des MST et un focus est fait sur le papillomavirus. Rappelons que cette maladie concerne autant les filles que les garçons et que les condylomes touchent bien les 2 sexes. On leur dit toujours qu’en cas d’anomalie, de bouton, de rougeur qui gratte ou chatouille, il faut consulter puisqu’on ne peut pas savoir s’il s’agit d’une IST tant que le professionnel ne pose pas de diagnostic."

"C’est une IST qui est désagréable à porter, sur le plan psychologique surtout, dans les discussions avec son ou sa partenaire, mais plus on laisse traîner, plus cela peut s’aggraver. Du côté des filles, il est important d’aller voir le/la gynécologue une fois par an et du côté des garçons, qui vont globalement peu consulter au sujet de leur santé sexuelle, pourraient également plus consulter. Le dépistage du cancer du col de l’utérus est remboursé tous les 3 ans, et il est recommandé de le faire tous les 3 ans entre 25 et 65 ans. En effet, vu que le corps se débarrasse naturellement du papillomavirus, il peut être plus stressant de devoir suivre un virus qui n’avait pas forcément besoin d’être suivi."

Le préservatif ne protège pas à 100%

"Enfin, on rappelle aussi souvent que le préservatif ne protège pas à 100% puisqu’il ne couvre pas l’ensemble du pénis ou de la vulve", avance Céline Danhier. "Et c’est pour cette raison qu’on conseille aux adolescents de se faire vacciner, puisqu’aujourd’hui, on a un vaccin contre le papillomavirus qui est aussi efficace sur les garçons. Le Conseil Supérieur de la Santé recommande la vaccination entre 9 et 14 ans. Dans le cadre de la médecine scolaire, il est gratuit pour les enfants âgés de 13 à 14 ans. Si on a raté l’âge de la vaccination gratuite, un rattrapage est organisé pour les filles uniquement, qui ont l’occasion de se faire vacciner jusqu’à l’âge de 18 ans, moyennant le paiement du ticket modérateur qui s’élève à environ 12 euros."

Ecoutez la suite de l'émission consacrée au papillomavirus dans Tendances Première

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