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Padre Pio, 2e incarnation du Christ sur Terre : miracle ou arnaque ?

"Inspiré de faits réels" : Le film "Stigmata" de Rupert Wainwright

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08 sept. 2022 à 11:32Temps de lecture4 min
Par Franck Istasse

Les stigmates du Christ ont longtemps entretenu la passion des fidèles. Celles-ci seraient même apparues chez certaines personnes dont le Padre Pio. De son histoire est tiré le film Stigmata. Analyse de Franck Istasse dans 'Inspiré de faits réels' dans Entrez Sans Frapper.

A l’approche de l’an 2000, Hollywood a relancé la production de films catastrophes ou de thrillers religieux annonçant la fin des temps. Stigmata, réalisé en 1999 par Ruppert Wainwright en fait partie.

On y suit le père Kiernan, joué par Gabriel Byrne, qui travaille pour la congrégation pour la cause des saints, un organisme du Vatican qui mène des enquêtes sur les miracles. Il se retrouve au Brésil à cause d’une statue qui pleure des larmes de sang depuis la mort du prêtre local, le père Almeida. Toute sa vie, ce dernier avait souffert des stigmates : les marques de la crucifixion du Christ qui apparaissent sur le corps d’une personne, croyante ou non. Sur les mains, les pieds, le côté etc.

L’enquête du père Kiernan va le conduire ensuite à Pittsburgh, où Frankie Paige, une jeune fille jouée par Patricia Arquette, est attaquée par une entité mystérieuse qui lui inflige des stigmates. Il s’avèrera qu’elle est devenue contre son gré la messagère du père Almeida qui veut révéler le vrai message des évangiles. C’est alors qu’entre en scène un cardinal malfaisant, interprété par Jonathan Pryce, qui fera tout pour masquer la vérité…

Un thriller religieux sanglant au sujet rarement abordé

Avec une distribution intéressante, un sujet original et une musique composée par Billy Corgan des Smashing Pumkins, Stigmata possédait de nombreux atouts pour devenir un classique. L’ambition était à l’époque de réaliser "une version intelligente de l’Exorciste". Ce n’est pas tout à fait réussi, jamais Stigmata n’arrive à être aussi choquant et effrayant que le chef-d’œuvre de William Friedkin.

Néanmoins, Stigmata reste un film d’horreur intéressant qui fait encore passer un bon moment. Avec un sujet rarement (jamais ?) abordé dans les films : les stigmatisés…

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Plus de 400 stigmatisés depuis le 13ème siècle

Le premier stigmatisé connu était Saint François d’Assise qui a reçu les plaies du Christ en 1224 après une intense méditation. Depuis le 13e siècle, on recense plus de 400 stigmatisés dans le monde, alors qu’au début, il s’agissait d’un phénomène typiquement européen. Les stigmatisés sont le plus souvent croyants, mais pas toujours.

Le père Almeida, personnage du film Stigmata, fait clairement référence à un prêtre stigmatisé mondialement célèbre : Padre Pio. Sans doute le stigmatisé le plus connu au monde, personnage hors norme, décédé aujourd’hui et qui a suscité la passion, l’idolâtrie et la polémique tout au long de sa vie et encore aujourd’hui…

© Robert Alexander/Getty Images

Le crucifié sans croix

La vie de Padre Pio a changé pour toujours le 20 septembre 1918. Alors qu’il prie dans la chapelle du monastère de San Giovanni Rotondo, petit village italien dans les Pouilles, il voit soudainement apparaître une forme lumineuse à l’apparence humaine. Mais les mains, les pieds et le côté de cette apparition sont ensanglantés.

Il dira plus tard que des rayons semblent être sortis de cette apparition pour le frapper. La douleur est intense et il s’évanouit. Quand il se réveille, il a les stigmates du Christ aux mains, aux pieds et au côté. Honteux, il tente de cacher ses stigmates dans un premier temps, mais ça ne fonctionnera pas : des moines et des fidèles ont vu ses blessures. Et le bruit d’un miracle se répand rapidement. Très vite, alors qu’il n’a que 30 ans, Padre Pio devient célèbre dans toute l’Italie.

Saint Padre Pio
Saint Padre Pio © Tous droits réservés

Une quantité innombrable de miracles

Dès ce moment, n’aura plus jamais la paix : les fidèles viennent en masse au monastère pour se faire bénir ou guérir, sa hiérarchie se méfie de lui et essaie de le cacher. Mais surtout, il se bat chaque nuit – c’est du moins ce qu’il raconte – contre le diable. En effet, selon la tradition, très souvent, les stigmatisés sont victimes d’attaques démoniaques.

Pour ceux qui croient en lui, Padre Pio devient la deuxième incarnation du Christ sur Terre. Il meurt en 1968. Il est béatifié en 1999 puis canonisé en 2002 car il aurait réalisé des miracles innombrables : il était doué de bilocation, il apparaissait à plusieurs endroits en même temps, il pouvait léviter, du moins selon certains témoignages, et surtout : il aurait guéri des centaines voire des milliers de personnes.

Dernier miracle en date ? Les moines de San Giovanni Rotondo l’ont déterré en 2008 et à la stupeur générale des témoins présents quand on a ouvert le cercueil : son cadavre était impeccable, c’est ce qu’on appelle un corps, un saint incorruptible. Aujourd’hui, la dépouille de Padre Pio est exposée en permanence au monastère dans une châsse de verre, devant laquelle défilent chaque année des millions de visiteurs…

© Giuseppe Ciccia/Pacific Press/LightRocket via Getty Images

Miracles ou arnaques ?

Il y a quand même quelques ombres au tableau… et pas des moindres. Le Vatican se méfie de personnages comme Padre Pio à cause de l’ascendant qu’ils peuvent avoir sur les fidèles de l’Église. On n’aime pas la confusion entre religion et superstition au Saint-Siège.

Et plusieurs fois, la hiérarchie l’église a envoyé des médecins pour analyser ses stigmates. Il y a eu des rapports plutôt positifs, mais d’autres vraiment accablants qui prouveraient que Padre Pio s’automutilait et utilisait des produits chimiques pour que ses plaies ne se referment pas.

Il est aussi très difficile, voire impossible, de prouver formellement et scientifiquement qu’il ait guéri autant de personnes.

Et alors, plus grave encore pour un saint : il aurait entretenu des rapports intimes avec certaines de ses fidèles, selon plusieurs rapports du Saint-Siège.

Enfin, on sait maintenant que son cadavre n’était pas si frais que cela : il était parcheminé et sec -sans doute une momification naturelle – et son visage n’était plus présentable. Aussi, ce que les fidèles contemplent aujourd’hui, c’est un masque de cire fabriqué à Londres commandé par les moines de San Giovanni Rotondo. Mais malgré tout ça, pour beaucoup, l’envie ou le besoin de croire en Padre Pio, le crucifié sans croix, restera plus fort que tout.

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