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Pacte d’excellence : l’allongement du tronc commun inquiète l’Institut technique de Namur

Mathias soude un escalier commandé. Pour lui, la soudure était une évidence.

L’allongement du tronc commun prévu par le Pacte d’excellence fait craindre la fermeture d’options dans les écoles techniques et professionnelles. Sans possibilité de valoriser leur spécificité lors des trois premières années du secondaire, la direction et les professeurs de l’Institut technique de Namur se demandent s’ils vont encore pouvoir attirer des élèves désireux de se former notamment dans des métiers en pénurie.

Mathias Clément a le geste précis. Il assemble deux morceaux métalliques qui donneront bientôt un escalier commandé par un client. Et pour lui, la soudure était une telle évidence qu’il a quitté l’enseignement secondaire général, où ses résultats étaient bons, pour finir par s’orienter en 3e professionnelle : "Je voulais faire des choses manuelles comme j’en faisais à la maison avec mon père. Et la soudure ce n’est même plus une formation pour moi mais une passion". Mais ce choix, après le Pacte d’excellence de l’enseignement, Mathias ne pourrait plus le faire : "Nous allons devoir supprimer toute une partie de nos offres de cours pratiques dans le cycle inférieur, explique Virginie Sodini, la directrice de la section industrielle de l’ITN. Les options techniques données aux 1re et 2e différenciées vont disparaître car ils seront aussi intégrés dans le tronc commun qui va également empêcher les élèves des 3e de choisir une option professionnelle comme dans le cas de Mathias". La direction ne remet pas du tout en cause de nombreux aspects positifs de ce pacte mais a plutôt l’impression que favoriser le socle commun voulu jusqu’en 4e secondaire pénalise beaucoup de monde dans une école comme l’ITN : "Nos professeurs du cycle inférieur vont perdre énormément d’heures mais je pense aussi que pour de nombreux élèves présents ici, les intégrer dans ce tronc commun alors qu’ils sont déjà parfois un public fragilisé, en décrochage mais qui retrouve de l’intérêt dans l’école à travers l’apprentissage d’un métier ou d’options manuelles, ce n’est pas leur rendre service. Pour beaucoup, l’enseignement général était une vraie souffrance et la réforme ne tient pas assez compte de cela".

Les métiers en pénurie encore plus en pénurie

Mais dans les énormes ateliers de l''école, les questions défilent aussi chez les professeurs. Beaucoup d’options techniques ne séduisent plus. Elles souffrent d’un manque de publicité et de reconnaissance face aux idées reçues, souvent considérées comme des voies de garage pour des élèves réorientés depuis l’enseignement général. Le Pacte d’excellence ne va pas arranger la situation : "Nous avons déjà des options qui sont mal en point par manque d’inscription. Nous en avons déjà fermé dans des métiers pourtant en pénurie où les élèves ont quasiment tous un job avant de sortir leur diplôme en poche, explique Jérémy Burton, chef d’atelier. Et désormais, ceux qui pourraient avoir de l’intérêt arriveront un an plus tard. Un an en moins donc pour être prêts pour le marché de l’emploi mais surtout un an de moins pour s’essayer et ne serait-ce que de connaître l’existence de tous ces métiers de l’industrie ou autre qui valorisent pourtant tellement de jeunes quand on les voit ici dans l’atelier. C’est un peu comme si l’excellence voulue dans le pacte était forcément orientée vers les études supérieures. Comme si le travail manuel était encore considéré comme un sous-métier". L’école a déjà fermé quatre options ces dernières années. Celles de couvreur ou de carrosserie manquent de plus en plus d’élèves et pourraient suivre. Ce Pacte pourrait porter un coup fatal encore à d’autres. La ministre de l’Enseignement PS Caroline Désir a déjà annoncé que les réformes allaient aussi se pencher dans le futur sur l’Enseignement qualifiant. En attendant, toutes ces options qui ferment représentent un savoir-faire qui disparaît. Et un savoir-faire presque systématiquement dans un métier en pénurie. Une main-d’œuvre désespérément souhaitée en Wallonie qui ne se présentera peut-être jamais sur le marché de l’emploi.

Archives JT 2020:

Pacte d excellence : Qu en pensent les profs ?

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