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Agriculture

PAC wallonne : l’équilibre entre revenus et écologie qui satisfait les agriculteurs

18 janv. 2022 à 17:01 - mise à jour 18 janv. 2022 à 17:515 min
Par Guillaume Woelfle

Comment utiliser l’argent européen de la Politique agricole commune (PAC) pour accélérer la transition écologique dans le domaine de l’agriculture ? Et sans appauvrir agriculteurs ? Cette double question était au cœur ces dernières semaines des négociations au sein du gouvernement wallon. L’enjeu était important : près 1,9 milliard d’euros à partager entre 14.800 agriculteurs wallons au cours des années 2023 à 2027. Présentée ce lundi matin, cette "PAC wallonne" semble aujourd’hui avoir abouti à un équilibre qui satisfait les agriculteurs et les partis de gouvernements.

"On peut dire qu’on est rassurés et qu’on a été entendus", lâche Laurent Gomand, agriculteur en Hesbaye namuroise qui avait participé aux manifestations d’agriculteurs ces dernières semaines. "On avait de très grosses inquiétudes avec ce qui était annoncé et voulu par certains partis et aujourd’hui, on peut afficher une certaine satisfaction", dit celui qui élève 250 bovins le long de l’E411 à Eghezée.

L’inquiétude, c’était la conditionnalité des revenus aux mesures environnementales. En clair : quels efforts environnementaux les agriculteurs devraient-ils faire pour continuer à obtenir ces subsides européens de la PAC ?

L’Union européenne exigeait qu’au moins 25% de l’enveloppe d’aide, ce qu’on appelle le premier pilier, soient des "éco-régimes". Ces éco-régimes sont ces subsides octroyés si les agriculteurs atteignent les objectifs environnementaux. "Tout le monde sera concerné par cette enveloppe, affirme Laurent Gomand. Et ceux qui refuseront de faire des efforts n’auront pas ces subventions". Au moins 25% d’éco-régimes donc, la Wallonie a choisi 26% d’éco-régimes pour 49,8% de paiements et 21,3% d’aides couplées.

Ventilation des subventions accordées par la Wallonie dans le cadre du premier pilier de la PAC.
Ventilation des subventions accordées par la Wallonie dans le cadre du premier pilier de la PAC. D.R.

Plusieurs associations et ONG environnementalistes telles que Natagora, WWF, Greenpeace, IEW, Nature & Progrès et l’UNAB (agrobiologistes belges) mais aussi le parti Ecolo auraient voulu augmenter cette proportion d’éco-régimes jusqu’à 35%, ce qui réduisait de facto les aides directes (49%) et les aides couplées (21,3%) qui garantissent les revenus des agriculteurs.

On craignait une rupture

Freinage du côté du MR ou de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA) pour qui la défense des revenus des agriculteurs, avec peu de conditionnalités environnementales, était une priorité. "On craignait une rupture, or nous nous voulions une transition écologique qui soit économiquement et socialement réaliste et réalisable, explique Marianne Streel, présidente de la FWA. Finalement, au sein de ce premier pilier qui est véritablement le revenu des agriculteurs, nous avons pu préserver 74% des aides qui restent des revenus directs, dont ces 21,3% d’aides-couplées ce qui pour nous était très important."

L’autre fédération d’agriculteurs, la Fugea, qui se réclame d’ailleurs un peu plus progressiste, accorde sa satisfaction voire sa distinction au gouvernement wallon.

"Il était normal que cette PAC soit celle de la transition vers des modèles plus verts et donc ces éco-régimes sont assez logiques et nous étions d’accord d’aller au-delà des 25%, précise Hugues Falys, porte-parole de la Fugea. Il y a eu beaucoup de tiraillement au sein de la majorité entre d’un côté les environnementalistes et de l’autre les libéraux. Et nous, nous étions un peu au milieu et donc il est logique que le résultat du compromis soit proche de nos demandes", résume-t-il.

"C’est un équilibre, confirme Marianne Streel de la FWA, entre la protection du revenu des agriculteurs, des mesures pour les jeunes agriculteurs et les obligations dont nous sommes tous bien conscients pour la protection de l’environnement."

Côté associatif, on fait la moue. Dans un communiqué de presse conjoint, Natagora, WWF, Greenpeace, IEW, Nature & Progrès et l’UNAB dénonçaient "une évolution timide" mais "pas de transition en vue".

Le diable se cache dans les détails… et dans les exploitations intensives

Reste que les fédérations d’agriculteurs et les agriculteurs eux-mêmes jouent la prudence en attendant le texte définitif et les conditions permettant l’accès aux éco-régimes. Certains éco-régimes semblent déjà inatteignables pour les agriculteurs.

"Par exemple, l’un des nouveaux éco-régimes viendra récompenser les prairies avec peu de bétail dessus, relève Laurent Gomand. On recevra 71€ par hectare si on a moins de deux têtes de bétail par hectare, mais moi je suis à quatre têtes, donc je sais que cet éco-régime-là, je passerai à côté, mais c’est finalement un détail par rapport au cahier global de décisions qui composent cette PAC."

Les perdants de cette version 2023-2027 de la PAC seront sans aucun doute les grosses exploitations. Ainsi, le subside d’environ 180€ par vache viandeuse dans une exploitation était accordé jusqu’ici sans limite. Désormais, cette aide à l’élevage est plafonnée à 145 animaux par personne qui travaille ("unité de travail", dans le jargon) dans l’exploitation. La 146e vache ne donnera donc plus droit au subside. "Selon nos estimations, 90% des éleveurs wallons ne seront pas concernés par ces plafonds car ils se trouvent déjà en dessous de la limite", commente la FWA.

Autre exemple du rééquilibrage effectué vers les petites et moyennes structures au détriment des plus grandes : l’augmentation du paiement redistributif sur les 30 premiers hectares. De là à dire que la Wallonie décide structurellement de privilégier les petites et moyennes structures et non les plus grandes qu’elle soutenait encore structurellement ces dernières années ? Possible. Et si c’était le cas, la Fugea trouverait cela "normal".

De l’argent et moins de conditions pour les jeunes agriculteurs

Là où le bât blesse également sur nos terres d’agriculture, c’est le manque de reprise des fermes par les plus jeunes. "L’âge moyen d’un chef d’exploitation est de 54 ans et seul un exploitant de 50 ans et plus sur cinq déclare avoir un repreneur", épinglait Willy Borsus, ministre wallon de l’Agriculture (MR) au moment de la présentation de cette PAC.

Un jeune de moins de 41 ans qui crée ou reprend une exploitation pourra bénéficier d’une prime forfaitaire de 70.000€, dans un budget total de 35 millions d’euros. Le gouvernement a en outre assoupli les conditions pour en bénéficier : le jeune peut désormais toucher cette prime, même en tant qu’exploitant à titre complémentaire. Ensuite, il ne lui est plus demandé d’obligatoirement faire grandir son exploitation dans les années qui suivent, signe encore que la Wallonie abandonne la volonté de développer de grandes structures.

Les agriculteurs ont désormais une année pour prendre connaissance des nouvelles règles du jeu puisqu’elles entreront en vigueur le 1er janvier 2023 pour cinq ans.

Rappelons que la Politique agricole commune est le premier poste de dépenses de l’Union européenne avec environ 35% de son budget.

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