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Orthodontiste, un métier en pénurie : "De plus en plus d’adultes font appel à nous"

Pénurie d'orthodontistes: Ils sont environs 250 en Belgique francophone (Reportage de Thomas de Brouckere)

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17 janv. 2022 à 06:003 min
Par Thomas de Brouckère

Sur le site d’orthodontie du cabinet dentaire de Mons, les patients s’enchaînent. Habituellement ce cabinet accueille 6 orthodontistes. Aujourd’hui, ils ne sont que trois, autant dire que c’est la course. Sarra Belkadhi est l’une de ces spécialistes : "On a un nombre important de patients, il ne faut pas qu’on prenne du retard. Par jour, en moyenne, je peux voir jusqu’à 25 patients, parfois 30. C’est trop car il faut pouvoir accorder du temps à chaque patient et ainsi assurer un suivi optimal. Il arrive que nous travaillions sur deux patients en même temps".

Hausse de la demande

Cette situation, elle s’explique par la pénurie de dentiste spécialisé en orthodontie. Il y a environ 500 orthodontistes en Belgique dont la moitié à Bruxelles et en Wallonie mais ça ne suffit pas. Ce manque s’explique de deux façons selon Mohssin El Hajjaji, président de l’Union francophone des orthodontistes de Belgique : "Il y a actuellement une explosion de demandes de soin en orthodontie dans la population. Il y a évidemment beaucoup d’enfants et d’adolescents qui doivent porter des appareils mais il y a également de plus en plus d’adultes qui n’hésitent plus à franchir la porte des cabinets d’orthodontie".

Des problèmes à venir

Une pénurie qui risque de poser problème dans les prochaines années. "Les études montrent que dans les 10 prochaines années, 30% des praticiens vont partir à la retraite. Malheureusement le numerus clausus instauré ces dernières années a réduit fortement l’accès à la profession et donc les jeunes praticiens ne vont pas pouvoir remédier au départ à la retraite des orthodontistes plus expérimentés".

Devenir orthodontiste ou plutôt dentiste spécialiste en orthodontie, ne se fait pas en un claquement de doigts. Ce sont des études longues et difficiles. Un orthodontiste est en fait un dentiste spécialiste en orthodontie. Ce qui signifie un cursus de 5 ans en dentisterie et un master complémentaire en orthodontie de 4 ans, soit 9 années d’études. De quoi en refroidir plus d’un.

Une prise de conscience

À ce problème de manque de praticiens, s’ajoute donc une augmentation de la demande d’intervention.

Aujourd’hui, le grand public est mieux informé sur l’importance d’avoir des dents en bonne santé, que ce soit au niveau de leur hygiène ou de leur positionnement. Une mauvaise occlusion dentaire (soit la façon dont s’engrènent les dents du haut avec les dents du bas) peut avoir de grosses répercussions sur le fonctionnement du corps humain, sur les muscles de la mâchoire, du cou ou encore du dos.

"C’est pourquoi aujourd’hui, on voit de plus en plus souvent des médecins généralistes, des pédiatres ou des ORL (Oto-Rhino-Laryngologue) rediriger leurs patients vers un orthodontiste", explique Mohssin El Hajjaji.

Être plus beau

Mais il n’y a pas que l’aspect médical dans les demandes d’interventions, il y a aussi l’esthétique. La demande de consultation a encore plus augmenté depuis le début de l’épidémie de Covid-19 selon le président de la fédération des orthodontistes : "Des études montrent que la crise du Covid a entraîné beaucoup de télétravail en donc de plus en plus de réunions en ligne. Ces personnes ont très souvent eu l’occasion de se voir à travers un écran et donc de découvrir quelques imperfections au niveau dentaire. On remarque aussi un effet de cocooning dans lequel les gens ont un besoin de prendre soin d’eux".

Les hygiénistes arrivent

Pour améliorer la situation, Mohssin El Hajjaji propose plusieurs pistes : "La première c’est évidemment que les universités puissent accepter plus de candidats afin de les former et devenir des dentistes spécialistes en orthodontie. La seconde c’est de pouvoir utiliser tout ce qui est technologie et digitalisation pour que les praticiens puissent réaliser un travail d’analyse et d’examen beaucoup plus rapide des cas médicaux. Dernière piste qui est acquise, c’est l’arrivée à court terme dans notre domaine des hygiénistes bucco-dentaires, c’est une toute nouvelle profession. Ces hygiénistes pourront travailler dans les cabinets dentaires et d’orthodontie, on va pouvoir leur déléguer des tâches comme par exemple réaliser des radiographies buccales ou réaliser des actes simples sur nos patients mais toujours sous la responsabilité du dentiste ou de l’orthodontiste". Les premiers diplômés viendront renforcer les cabinets dès l’été.

En attendant, si vous devez prendre un rendez-vous chez un orthodontiste, vous retrouverez ici la liste tous les spécialistes.

Il n’y a pas que les enfants et adolescents qui vont chez l’orthodontiste, de plus en plus d’adultes font appel à eux.
Il n’y a pas que les enfants et adolescents qui vont chez l’orthodontiste, de plus en plus d’adultes font appel à eux. © Tous droits réservés

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