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Cinéma

Orange mécanique, 50 ans de scandale

Ne vous fiez pas au regard charmeur d’Alex, à la fois psychopathe et dangereux
19 déc. 2021 à 12:353 min
Par Nicolas Buytaers

Sorti pour la première fois en salles le 19 décembre 1971, le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, "Orange mécanique", fait toujours scandale, entre apologie et dénonciation de la violence… avec du Beethoven en fond sonore.

Oh bonheur, félicité et paradis… C’était la splendeur faite chair… C’était un oiseau de métal céleste des plus rares ou du vin argenté coulant dans un vaisseau spatial… La gravité est un non-sens maintenant…

Des paroles délirantes pour un personnage qu’on aime détester. Ce personnage se nomme Alex. Et Alex c’est le héros d'"Orange mécanique", le film culte de Stanley Kubrick. Un film sorti pour la première fois en salles il y a 50 ans, le 19 décembre 1971. Ces paroles sont prononcées sur le 2e mouvement de la 9e symphonie de Ludwig van. Une symphonique amenée tout simplement par ces mots…

J’ai vécu une merveilleuse soirée et pour la finir en beauté, je sais ce qu’il me faut… un peu de Ludwig van !

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Difficile donc de ne pas évoquer "Orange mécanique" sans évoquer Beethoven. Le compositeur allemand étant l’un des personnages importants de cette histoire. D’ailleurs, pour Stanley Kubrick, Beethoven était l’un des plus grands compositeurs de musique de film, bien avant la lettre (à Elise, bien entendu) ! Et quitte à parler des personnages du film, continuons avec tous les autres… et surtout par son début. De quoi ça parle ? Nous sommes dans un futur proche, en Angleterre. Alex est fan de la 9e symphonie de Beethoven qu’il peut écouter en boucle. À la tête d’une bande de voyous, le Droogies, il/s terrorise/nt tout le quartier. Ces gars-là se droguent au Moloko Plus, un lait mélangé avec du speed. Un soir de beuverie, ils tabassent un écrivain et Alex viole sa femme. Arrêté, celui-ci sera porté volontaire pour une nouvelle expérience de réhabilitation des individus dangereux et de désintoxication de la violence…

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Excellent ! Il est entreprenant, agressif, excessif, jeune, insolent, vicieux ? L’idéal !

Les voilà les mots du ministre qui condamne et oblige Alex à suivre ce programme de désintoxication de la violence. Des mots qui collent aussi parfaitement au film de Kubrick. Un film qui dès sa sortie n’a connu que scandale sur scandale. D’abord, il a été classé X donc interdit aux mineurs. Interdit car trop violent et sexuellement explicite. Une violence "gratuite" encore jugée trop esthétique. Pour certains, cette esthétique de la violence la rendrait trop facilement acceptable. À l’époque de sa sortie, en Angleterre, plusieurs jeunes s’étaient eux aussi pris pour des Droogies et ont commis pas mal de méfaits, se disant "inspirés" par "Orange mécanique", Alex et les siens.

Ne vous fiez pas non plus aux Droogies, malgré leurs sourires
Ne vous fiez pas non plus aux Droogies, malgré leurs sourires Warner Bros.

Alors, est-ce que Stanley Kubrick a pensé un film pro- ou anti-violences ? À charge ou à décharge ? Apologie ou dénonciation ? Pour le réalisateur américain, "Orange mécanique" serait une satire sociale voire un conte de fées sur le châtiment. Ses mots exacts (lus dans l’une des rares interviews qu’il a accordées à l’hebdomadaire américain Saturday Review) sont…

Une satire sociale traitant de la question de savoir si la psychologie comportementale et le conditionnement psychologique sont de nouvelles armes dangereuses pouvant être utilisées par un gouvernement totalitaire qui chercherait à imposer un vaste contrôle sur ses citoyens et en faire à peine plus que des robots !

En attendant, vous devez savoir que ce film est l’adaptation de "L’Orange mécanique", le roman d’Anthony Burgess publié en 1962. Un roman inspiré d’une histoire vraie, celle du viol de la femme de l’auteur. Un roman écrit lui aussi comme une satire de cette société violente.

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Suscitant de nombreuses polémiques dès sa sortie et des menaces sérieuses à l’encontre du réalisateur, le film "Orange mécanique" a donc été retiré des salles plus de 60 semaines après sa sortie, à la demande de Kubrick, et ce malgré son succès. Une demande qui a pris fin à la mort de Stanley en 1999. S’en sont suivies une sortie massive en DVD et une ressortie en salles. Juste comme ça, je ne sais pas si vous l’aviez (re)vu à l’époque mais en 2001, je me souviens être allé au Studio Agora à Louvain-la-Neuve, avec mon frère, pour enfin découvrir ce film "interdit". La salle était pleine. Nous étions assis par terre devant le premier rang, le nez quasi collé à l’écran. Ce qui avait accentué l’excellent malaise dégagé par ce film et le jeu du non moins excellent Malcolm McDowell (ledit Alex).

Malcolm McDowell aka Alex, entre torture et programme de réhabilitation
Malcolm McDowell aka Alex, entre torture et programme de réhabilitation Warner Bros.

Récemment, en 2020, "Orange mécanique" a été retenu par le National Film Registry pour être conservé à la bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour, je le cite, son "importance culturelle, historique ou esthétique". Perso, je pencherais pour les trois à la fois. Tout cela mérite bien encore un peu de la 9e de Beethoven. "Pom, pom, pom, pommmmmm…" Ah non, ça, c’est la 5e !

Vous reprendrez bien encore un peu de Moloko ?
Vous reprendrez bien encore un peu de Moloko ? Warner Bros.

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