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"On n'est plus rien !" Humiliée, Brigitte porte plainte pour brutalités policières

"On n'est plus rien !" Humiliée, Brigitte porte plainte pour brutalités policières
13 oct. 2020 à 07:30Temps de lecture4 min
Par Erik Dagonnier

Une Liégeoise porte plainte pour brutalités policières. Brigitte, 47 ans, est médiatrice culturelle et enseignante. Les faits se déroulent le 27 juillet à Liège. A un arrêt de bus place Coronmeuse, elle assiste à l’interpellation par la police d’une maman avec trois enfants d’environ huit à douze ans. Certains sont menottés. Une famille d’origine étrangère qui lui semble être des sans-papiers. Sensible à leur cause, Brigitte se dirige vers les 5 ou 6 policiers fédéraux pour leur demander ce qu’il se passe. Mais très vite le ton monte. Et la police décide de la menotter brutalement. Puis de la libérer après une dizaine de minutes. Brigitte parle de dérive répressive. Elle ne comprend pas cet usage de la force qu’elle qualifie de violence gratuite et disproportionnée… Elle témoigne.

On me plaque sur l’abribus. On me menotte par l’arrière. Ça me met en état de choc !

"Une petite fille d’environ 11 ou 12 ans, était penchée vers la camionnette de la police et menottée dans le bas du dos. On est tous masqués. Je demande aux enfants si ça va, mais ils ne me répondent pas, soit parce qu’ils ont peur, soit parce qu’ils ne comprennent pas le français. Alors je me tourne vers la police, ils étaient 5 ou 6, et je leur demande ce qu’il se passe sur un ton calme et en tout cas certainement pas agressif. On s’énerve tout de suite et on me hurle dessus en me disant de dégager, que je n’ai rien à faire ici et que ça ne me regarde pas. Je réponds donc qu’on peut me parler autrement, qu’on n’a pas à hurler comme ça sur un citoyen qui pose juste une question. On me demande ma carte d’identité. Tout ça dans un contexte qui devient très très nerveux. Et je leur réponds qu’ils n’ont pas besoin de jouer les GI’s. Là, on se rue sur moi, on me plaque sur l’abribus, on me menotte par l’arrière, ça fait très mal et ça me met tout de suite dans un état de choc. Je tremblais vraiment de la tête aux pieds, et ils m’ont dit que je partirais au poste, à Natalis, douze heures. Je répétais "je ne comprends pas, je ne comprends pas, vous faites une erreur" en pleurant beaucoup. Je ne vais pas dire que j’étais comme une bête enragée mais j’étais privée de ma liberté. A deux ou trois reprises, ils m’ont redemandé ma carte d’identité. Je ne pouvais pas donner ma carte d’identité, j’étais menottée. Puis à un moment donné, un autre policier a dit à mon amie qui était outrée, qui ne savait que faire, il a dit "là, il va un peu loin". Ils m’ont démenottée, en me demandant au préalable de me pencher, comme ils ont fait avec la petite fille. Et ça, je n’ai pas voulu. C’était pour moi une humiliation supplémentaire que de me pencher. On était en plein été. J’étais vêtue légèrement. Sans comprendre, on m’a donc démenottée. C’était comme une milice pour moi.

Son médecin constate des coups au bras, au poignet, à la jambe

Le lendemain, j’ai été faire un constat auprès de mon médecin. Elle a constaté une série de 5-6 coups. Ils ont tapé à un moment donné dans mes jambes pour que je les écarte. Et puis le surlendemain, j’ai été déposer plainte à l’Inspection Générale de la police locale et fédérale (l’AIG), à Liège, où là, j’ai été vraiment très bien reçue, écoutée". Contactée, l’Inspection Générale de la police de son côté confirme avoir transmis le dossier au Parquet. Le Parquet précise, lui, que la victime fait état de coups et blessures et d’abus d’autorité. Et qu’une information est en cours pour déterminer la réalité des accusations. Brigitte ne se fait guère d’illusion sur l’issue de sa plainte et ne pense pas qu’elle aura gain de cause. "Je ne fustige pas la police dans son ensemble mais j’apporte ma voix à tous ceux qui ont déjà subi des dérives policières." Difficile d’avoir une vue statistique globale de ces violences policières.

"Une impuissance et une injustice totale. On n’est plus rien."

Quel sentiment a-t-on quand on subit une intervention comme ça ? "Une impuissance et une injustice totale. On n’est plus rien. Et l’autre partie est surpuissante. L’abus de l’autorité, pour moi, c’est évident. Par ailleurs, tout part quand même d’un grand questionnement : est-ce qu’on peut menotter des enfants en Belgique ? Je n’intervenais pas dans une opération policière autour d’un accident par exemple. La situation était calme. Pour moi, c’est vraiment de l’abus de pouvoir. Ils sont au-dessus de la loi".

En 2019, l’Inspection Générale de la police a traité 70 dossiers de plaintes pour coups et blessures

Il existe plusieurs organes de contrôle des forces de police : le Comité P qui dépend du pouvoir législatif, l’Inspection Générale de la police fédérale et de la police locale (l’AIG) qui dépend du pouvoir exécutif et les services de contrôle interne des polices. En 2019, l’AIG fait état de 70 plaintes pour coups et blessures, 11 de moins qu'en 2018. Dans son rapport 2019, le Comité P lui, annonce 2646 dossiers de plainte. Parmi eux, 8,2% concernent des coups et blessures et 11,5% une attitude agressive de la part des forces de l’ordre. Mais il reste difficile d’avoir une vue d’ensemble des statistiques en matière de violences policières. Et selon la Ligue des droits humains, les chiffres largement sous-estimés ne sont pas représentatifs. Avec Police Watch, la Ligue a relancé son site pour récolter des témoignages et "tenter d’objectiver les abus policiers."

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