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Regions Liege

"On n'est pas dans la galère, on est pauvres"

L'acteur Charles Culot sur scène dans sa pièce "Nourrir l'Humanité - Act 2" de la compagnie Adoc
28 sept. 2020 à 04:003 min
Par Erik Dagonnier

Ce lundi, un peu partout dans le pays, des actions syndicales sont organisées en front commun. Les militants vont se rassembler pour dénoncer les inégalités sociales qui continuent de se creuser, surtout en période de Covid.

Les syndicats estiment que la lutte contre la précarité est un enjeu prioritaire. Ils adressent au futur gouvernement un cahier de revendications pour combattre la pauvreté. Parmi les mesures figurent le refinancement de la sécurité sociale, des services publics et des soins de santé. Un relèvement des montants minimum de l'aide sociale, le gel de la dégressivité pour les allocations de chômage, notamment pour les artistes.

A 30 ans, Charles Culot vit avec entre 1000 et 1100 euros par mois

Le comédien Charles Culot
Le comédien Charles Culot © Tous droits réservés

Ce gel de la dégressivité des allocations de chômage, le comédien liégeois engagé, Charles Culot, la soutient. Cet acteur de 30 ans dénonce la situation catastrophique que vit sa profession: "Pour le moment, je suis au chômage, et je suis entre 1000 et 1100 euros parce que j'ai un petit statut d'artiste. J'ai entendu autour de moi des amis qui doivent aller chercher des langes pour leur bébé, des colis alimentaires alors que quelques mois auparavant, ils étaient sur scène. Pour le moment, ça va encore, parce que je n'ai pas d'enfant, je n'ai pas de maison. On se dit que ça va, que un mois, ça va, j'arrive encore à m'en sortir, mais en fait on se rend compte qu'on est sous le seuil de pauvreté, et on trouve ça normal parce qu'on arrive à s'en sortir. Et ce n'est pas normal".

On vit sous le seuil de pauvreté. Ce n'est pas normal

Et pour s'en sortir justement, le comédien avoue devoir faire des choix: "Ne pas avoir de voiture par exemple, s'arranger pour faire autrement, prendre le vélo, faire attention dans les dépenses. Je ne me considère pas comme le plus à plaindre, mais ça se traduit aussi dans l'incapacité de voir l'avenir. On se dit, est-ce que c'est bien pour moi d'avoir une famille, on en est là, est-ce que c'est bien pour moi d'essayer d'imaginer d'avoir une vie normale comme mes parents ont pu vivre? On n'est plus dans la même époque. Ça peut être assez violent. Tout le monde dit: on est dans la galère. On a tous un copain, une amie dans la galère. Mais nous, on n'est pas dans la galère. On est pauvres, on est sous le seuil de pauvreté. Et ça, il faut bien s'en rendre compte". Pour lutter contre la pauvreté, le comédien insiste aussi sur la suppression du statut de cohabitant qui limite l'aide sociale.

Anna, comédienne vit avec 800 euros par mois

Anna Moysan, comédienne dans son spectacle autoproduit "Monstres!"
Anna Moysan, comédienne dans son spectacle autoproduit "Monstres!" Tous droits réservés

"La pauvreté peut être stable, et je crois que c'est ce que j'ai trouvé" explique Anna Moysan, elle aussi comédienne. "J'ai trouvé une certaine stabilité dans ma pauvreté. Moi je suis habituée à vivre avec 800 euros par mois environ. Je fais en sorte que mon loyer et les charges liées à mon habitation ne dépassent pas la moitié, donc 400 euros, pour ensuite pouvoir me payer à manger et sortir".

Mon avenir? Je ne le vois pas

Car quand on est artiste, comédien, il faut rencontrer des gens, donc sortir: "Si je connais un régisseur dans un théâtre, il peut m'aider à avoir une place, mais c'est fatigant de mendier, c'est aussi ça qui est un peu cruel, je dois toujours jongler avec les différents boulots. C'est l'angoisse de faire au moins 800 euros par mois. Je fais du babysitting, de la rédaction de dossiers, de l'horeca, plein de petits boulots. C'est fatigant, là j'ai 32 ans, je pense que je vais commencer à être fatiguée de ce système".

Difficile donc pour la comédienne, dans ces conditions, de se projeter: "Mon avenir? Je ne le vois pas. Les échéances sont à 3 mois, 6 mois. Pas plus".

Roland, 86 ans, sidérurgiste retraité touche 1400 euros par mois

Roland, retraité
Roland, retraité RTBF - Erik Dagonnier

Parmi les revendications des syndicats, il y a aussi une pension minimum à 1500 euros nets par mois. Roland Biagini a 86 ans. Veuf, aujourd'hui, il vit seul avec à peine 1400 euros par mois: "J'ai 86 ans, je suis pensionné, je vis avec 1400 euros par mois. J'ai commencé à travailler à l'âge de 16 ans. J'ai travaillé comme sidérurgiste. Pendant 25 ans, j'ai fait les trois pauses. J'ai été prépensionné à l'âge de 52 ans et demi. La plupart de mes dépenses, ce sont les assurances, les frais plus ou moins fixes gaz, eau, électricité, téléphone, télévision. Quand j'ai tout payé, il me reste 60 euros parfois à la fin du mois, je dis bien parfois, ça dépend des mois. Il y a des mois où je n'ai pas assez. Par exemple je vais payer le mois prochain les contributions, et bien je n'aurai pas assez".

Les sorties, les vacances... ce sont des souvenirs

Et avec 1400 euros par mois, le retraité ne peut s'octroyer aucun petit plaisir: "Les sorties, les vacances, c'est zéro, ce sont des souvenirs. A part marcher... Je vais boire de temps en temps une tasse de café, sinon, je passe devant le cinéma, je regarde les images, et je ne rentre pas. Pour les expositions, je n'y vais plus. S'il n'y a pas quelqu'un qui me paye une place, c'est hors budget. Le restaurant, j'y vais peut-être trois fois par an, et encore, je mange un boulet-frites, parce que c'est moins cher, et je vais où je suis invité à manger avec d'autres. Je n'imaginais pas du tout vieillir comme ça en ayant travaillé toute ma vie" conclut-il.

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