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On n'est pas des pigeons

On a surpris un serrurier peu scrupuleux aux pratiques abusives

Chantal et le serrurier à 600 euros!

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17 nov. 2021 à 10:00Temps de lecture3 min
Par Valéry Mahy

Notre enquête a débuté par le témoignage interpellant de Chantal Bleu. Cette habitante de Couvin est encore sous le choc, bien que les faits qu’elle nous rapporte remontent à plusieurs semaines. "C’est une arnaque ! 600 euros ! C’est quand même une somme ça ! Je les ai donnés ! Je les ai donnés, mais ça me reste là… Et je crois que ça me restera toujours là !"

Casser plutôt que crocheter

Tout a commencé par une clé qui se brise dans une serrure. Un classique. Chantal appelle alors un serrurier. Au téléphone, on lui annonce 220 euros pour l’intervention. Après l’ouverture de la porte, ce montant grimpe à 600 euros. "Il me demande de recopier la phrase : "Devis reçu avant travaux, lu et approuvé !" et de signer. Je m’exécute." nous raconte Chantal. "Vous n’avez pas reçu de devis ?" , lui demandons-nous. "Ah non !" , nous certifie Chantal. Le serrurier justifie ce montant de 600 euros par le changement complet de la serrure, barillet et jeu de clés compris. "Je n’en sais rien, moi. Je ne sais pas combien peut coûter un barillet. C’est la première fois que cela m’arrive." , se désole-t-elle.

Pour en avoir le cœur net, nous avons soumis les anciens et nouveaux éléments de fermeture de la porte de Chantal au regard d’un serrurier de la ville voisine, qui a, lui, pignon sur rue. "Un véritable professionnel honnête, il l’ouvre sans problème et après combien de temps ?" , lui demandons-nous. "Sans problème ! Grand maximum, cinq minutes ! Grand maximum !" nous répond Serge Hardenne, serrurier à Chimay. "Et aucune raison de changer le barillet ?" ,enchaînons-nous. "Non, pour nous, non ! Non ! Pas pour une histoire comme ça." nous certifie-t-il enfin.

En cash ! En cash !

Pour dévoiler cette pratique abusive, nous avons accueilli nous-même un serrurier de cette société, en caméra cachée. Nous avons reproduit la même situation que celle de notre témoignage : même type de serrure, même scénario : une porte fermée sans clé pour l’ouvrir. Même profil de client : une dame d’une septantaine d’années. Notre complice, au téléphone, appelle la société de dépannage. "Bonjour ! Je vous appelle parce que j’ai perdu ma clé." Le téléphoniste lui annonce l’arrivée d’un technicien dans une heure. C’est finalement plus de trois heures plus tard qu’un homme arrive dans une camionnette toute blanche, sans publicité, sans nom de société. A peine a-t-il pris la peine d’essayer d’ouvrir la porte qu’il lance à notre complice sa solution : "Le seul moyen, c’est de casser le cylindre et de le changer, c’est tout !" . On met un terme à son intervention en refusant la moindre casse. "Personne ne vous l’ouvrira, madame ! Vous allez rester dehors, c’est tout !" , tente-t-il de la convaincre. On règle quand même finalement 127 euros. "En cash ! En cash !" insiste le technicien.

600 euros versus 60 euros

Inutile d’aller plus loin pour comprendre que cet homme nous proposait une opération inutile : la casse du barillet. Pour vous le prouver, nous rappelons nos deux serruriers de référence. Après quelques minutes, sans la moindre casse, la porte s’ouvre. "Il n’y a pas de casse. Le prix est beaucoup moindre." , résume Serge Hardenne, serrurier à Chimay, après avoir ouvert la porte avec l’aide de sa fille. "Et pour une intervention comme celle-ci, combien vous demandez, vous ?" , lui demandons-nous ensuite. "Nous, 60 euros, hors frais de déplacement." Soit un total de 75 euros, pour notre cas de figure.

Un casseur en série

Cette société qui abuse de clients en détresse, nous l’avions déjà piégée, il y a deux ans, en 2019. Nous avions alors fait le même constat, avec une porte simplement claquée, même pas fermée à clé donc. "Obligé de casser, obligé de forer !" , nous disait-on déjà à l’époque. Les propos du technicien étaient quasi au mot près, identiques : "- Combien vous demandez ? – Je ne sais pas madame, il faut que j’ouvre." (2021) "Je ne donne pas les prix avant, il faut qu’on ouvre." (2019). 

Le numéro de cette société, par ailleurs, apparaît encore aujourd’hui dans les premiers résultats de recherche Google.

A l’évidence, les clients floués doivent donc se compter par centaines et rien ne semble arrêter, cette triste série.

 


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