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"On a l'impression que les musulmans sont traités comme des mineurs d'âge"

"On a l'impression que les musulmans sont traités comme des mineurs d'âge"
16 déc. 2020 à 15:094 min
Par RTBF

Salah Echallaoui, le vice-président désormais démissionnaire de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) sort de sa réserve après avoir été mis en cause par la Sûreté de l’Etat dans le dossier de la reconnaissance de la Grande mosquée du Cinquantenaire. Dans un entretien ce mercredi à la mi-journée à la radio Arabel, celui-ci a estimé que les méthodes du nouveau ministre de la Justice, Vincent Van Quickeborne (Open VLD) s’apparentent à "un coup de poignard dans le dos".

Récemment, le ministre a décidé de suspendre la demande de reconnaissance de la Grande mosquée, portée par l’ASBL gestionnaire. En cause : un rapport de la Sûreté de l’Etat accusant certaines responsables de proximité avec le Maroc, voire d’espionnage au profit du Royaume chérifien. Ce mercredi matin, sur la Première, le ministre libéral flamand a une nouvelle fois appelé au renouvellement des instances de décision du culte musulman. "Ils continuent à nier l’avis de la Sureté de l’Etat. Je n’accepterai aucune ingérence de pays étrangers, je ne veux pas qu’ils influencent nos musulmans. C’est le cas pour le moment", a indiqué le ministre sur nos antennes.

Pour rappel, l’organe doit renouveler ses membres, le mandat de six ans, comme prévu par le règlement interne de l’organisation, arrivant à son terme.

Dans La Libre, qui reproduit une lettre de Salah Echallaoui annonçant sa démission, ce dernier indique avoir quitté son poste pour pouvoir se "consacrer à la défense de mes droits, de ma dignité, et de mon honneur", son nom ayant été cité comme intermédiaire entre le Maroc et l’EMB.

J’ai travaillé dans la transparence totale

Sur Arabel, ce mercredi, celui qui a été président de 2016 à 2018, puis vice-président déclare avoir "œuvré pour l’intérêt de la communauté musulmane." Il ajoute : "J’ai travaillé dans la transparence totale" vis-à-vis du gouvernement fédéral, des différents ministres de la Justice en charge des Cultes, ministres de l’Intérieur et gouvernements régionaux. Défendant son bilan, il ajoute : "Nous avons réalisé en si peu de temps ce qui n’a pas pu être fait en plus de 20 ans."

Pour lui, la sortie du ministre dans les médias est "un coup de poignard dans le dos" alors que "nous avons toujours travaillé, main dans la main" avec les autorités belges. C’est, estime-t-il, une "rupture radicale du ministère de la justice".

Nous n’avons pas l’habitude de travailler de cette manière

Salah Echallaoui a également dit regretter le contact avec le nouveau ministre "par média interposé". "Nous n’avons pas l’habitude de travailler de cette manière avec le ministre de la justice", dit-il parlant de discussions régulières avec les interlocuteurs officiels.

Il précise qu’il a envoyé un mail afin de rencontrer Vincent Van Quickenborne, au moment de la mise en place du nouveau gouvernement fédéral. "J’ai envoyé un mail au nom du bureau de l’Exécutif le 10 novembre. […] J’ai reçu une réponse automatique disant qu’on traite notre dossier." Un second mail est parti quelques jours plus tard cette fois à destination du conseiller Cultes du ministre qui aurait, selon Salah Echallaoui, demandé à fixer un ordre du jour en vue de l’organisation d’une rencontre prochaine.

Le menu souhaité comportait des points relatifs à la formation des imams mais aussi au rapport d’évaluation du processus de renouvellement des instances de l’Exécutif. "Est-ce une bonne piste ou pas ? […] Nous étions prêts à le présenter à l’ancien ministre (NDLR : Koen Geens)" qui avait renvoyé alors le dossier à son successeur.

"On nous dit qu’une rencontre est possible en décembre. La réponse sera cette sortie dans les médias parlant d’ingérence. C’est une rupture radicale avec les précédentes méthodes de travail." Affirmatif, Salah Echallaoui précise : "Je n’ai rien à me reprocher, je sais ce que j’ai fait, ce que je fais, la communauté musulmane le sait aussi."

On se permet ce qu’on ne se permet pas avec d’autres cultes

Salah Echallaoui déclare enfin chez nos confrères déplorer les menaces et les ultimatums du monde politique. "La suite dépend de deux choses : la volonté de la communauté sur comment elle voit son avenir, comment elle veut s’organiser, comment elle veut avoir une place sous le soleil à côté des autres cultes et d’autre part, comment les pouvoirs publics comptent-ils traiter l’islam ? Jusqu’à maintenant, on a l’impression que les musulmans sont traités comme des mineurs d’âge, (dans une) volonté de mise sous tutelle, de mépris… On se permet (avec la communauté musulmane) ce qu’on ne se permet pas avec d’autres cultes."

Les critiques acceptables, reconnaît-il. "On peut dialoguer, mais donner des injonctions comme à élèves devant leur maître, c’est du jamais vu !"

Médiatisation

Salah Echallaoui ajoute enfin ne pas comprendre la manière de gérer la reconnaissance de la grande mosquée par le ministre. "A chaque fois qu’on a introduit une demande de reconnaissance, pour un tiers (des dossiers), on obtient un avis négatif. Mais on ne médiatise pas. On rentre dans une négociation, on joue l’intermédiaire avec autorité, on cherche une solution. Puis on introduit une nouvelle demande, c’est cela le rôle de l’institution. On ne médiatise pas un rapport. C’est cela qu’on reproche au ministre. Il aurait dû nous appeler, dialoguer" dans la perspective de dégager des solutions.

 

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