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"On a l'impression de revivre un cauchemar": Immersion en maison de repos en pleine deuxième vague

Coronavirus : immersion dans les homes

JT 19h30

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02 nov. 2020 à 19:08 - mise à jour 02 nov. 2020 à 19:083 min
Par Sophie Mergen

Les grilles de la résidence Les Chartriers sont à nouveau fermées. Un retour au confinement le plus total. 

Entre ces murs, l'ambiance est pesante. Les résultats des tests viennent de tomber. Sur quelques 120 résidents, un cinquième d'entre eux est positif. 

L'air abasourdi, la direction et les infirmières contemplent ces résultats avec consternation. "C'est un coup de massue" lance le médecin coordinateur.

"On a l'impression de revivre un cauchemar": immersion en maison de repos en pleine deuxième vague
"On a l'impression de revivre un cauchemar": immersion en maison de repos en pleine deuxième vague © Tous droits réservés

Le réveil d'un traumatisme

Derrière les masques, les visages expriment la peur de revivre un cauchemar qu'ils tentaient d'enfouir. 

Durant la première vague, ce home a été décimé par le coronavirus. 30% des résidents sont décédés. A l'époque, la quasi-totalité d'entre eux était contaminée. 

"Les familles nous ont accusés de génocide, d'avoir tué les résidents. Ce n'était pas la vérité. J'ai peur de revivre ça" dépeint la directrice, Viviane Scoyez.

On ne dort pas pendant des nuits 

Malgré les précautions, le virus s'infiltre sans crier gare. Est-ce via les visites? Via le personnel? Personne ne le sait. "On pensait qu'on était débarrassé de ce virus. Mais on doit tout recommencer. Isoler les résidents, avec la peur de les perdre. C'est un vrai coup dur" explique une aide-soignante, masquée par sa combinaison intégrale. 

"On s'était dit que ce rebond concernait surtout les jeunes, qui ne faisaient pas attention, pas les maisons de repos. Mais ce matin, c'était bel et bien les maisons de repos" ajoute le Dr Dominique Lamy, médecin coordinateur. 

Dr Dominique Lamy

Médecin coordinateur

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"J'ai fait les démarches pour l'euthanasie"

Pour les résidents, l'arrivée de la deuxième vague semble encore plus difficile à vivre que la première. "Autant j'avais encore de la force la première fois... Autant maintenant, je sens que c'est plus dur pour moi". 

Flora, 72 ans, n'a pas de symptômes, mais vient d'être testée positive. "Si je fais de la température et que je me sens vraiment mal, alors je préfère en finir toute suite. J'ai fait les démarches pour l'euthanasie". 

A la résidence Comme Chez Soi, autre maison de repos du même groupe, Irène tient le même type de discours. Elle a été testée négative, mais l'inquiétude est bien présente. "Si je devais attraper ce virus et souffrir, je demanderais la piqûre". 

Le témoignage d'Irène, résidente

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L'impossible équilibre entre santé physique et mentale

A la résidence Comme Chez Soi, on essaie tant bien que mal de maintenir visites et activités. "On est bien conscient qu'on n'est pas dans une vie normale. Mais avec cette seconde vague qui commence, le risque de glissement est plus important. L'enjeu de demain, c'est de maintenir de la vie" explique Antoine Dubbelman, directeur de la résidence. 

Mais pour maintenir un maximum de vie, le testing est une arme indispensable. Or les tests viennent à manquer. Il y a quelques semaines encore, dès deux cas symptomatiques, une maison de repos pouvait être entièrement testée. Désormais, ce n'est plus le cas. Difficile donc de faire une photographie complète de la situation.

"C'est une photo qui ressemble davantage à un puzzle. On doit retracer les 'cas contacts' avec les personnes symptomatiques pour pouvoir réaliser des tests. C'est très compliqué. C'est un puzzle avec des pièces manquantes. Cela nous fragilise beaucoup" déplore Anne-Sophie Caudron, directrice du pôle Seniors du groupe Jolimont. 

Une fragilité exacerbée par le nombre important d'asymptomatiques. La résidence Les Chartriers l'illustre bien : la grande majorité des résidents testés ne développent pas de symptômes. Un testing général a donc tout son sens. 

Quels enseignements depuis la première vague? 

"Il y a eu du changement, mais il n'y en a pas eu assez" résume Anne-Sophie Caudron. En termes de matériel, pas de problèmes à signaler. 

Vu la saturation des hôpitaux, les maisons de repos s'apprêtent, comme lors de la première vague, à devoir gérer les fins de vie entre leurs murs. 

"Heureusement, cette fois-ci, des gériatres nous accompagnent. On a mis en place des protocoles pour les soins palliatifs. On a noué des relations très fortes avec les hôpitaux pour nous aider à faire face. A ce niveau-là, nous sommes mieux équipés que la première fois" explique Anne-Sophie Caudron. En effet, les maisons de repos Jolimont faisant partie du même groupe que les hôpitaux du même nom, des synergies sont possibles. C'est sans doute moins le cas pour les homes qui n'ont pas cette spécificité. 

Mais des écueils demeurent, notamment une absence de solutions à l'absentéisme du personnel, qui atteint parfois 20%. 

Anne-Sophie Caudron

Directrice du pôle senior de Jolimont

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Pour faire face au manque de personnel, la direction a demandé le renfort de l'armée. Un renfort qui, pour l'instant, se fait attendre. 

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