Cuisine

On a cuisiné la cheffe Fatmata Binta pour découvrir l'héritage culinaire des Peuls

L'héritage culinaire des Peuls se transmet de mère en fille.

© Alex Jungwirth/Apollo PR

20 juil. 2022 à 14:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Alors que le classement des 50 meilleurs restaurants du monde vient de démontrer à nouveau combien la gastronomie est riche de talentueux chefs et cheffes aux quatre coins du monde, coup de projecteur sur la cuisine nomade, une tout autre conception dans la façon de nourrir le monde.

Fraîchement auréolée du Basque Culinary World Prize, la cheffe Fatmata Binta nous a raconté comment la cuisine des Peuls, la plus grande tribu d'Afrique à laquelle elle appartient, conçoit le moment du repas. 

Quel est l'ingrédient le plus couramment utilisé dans la cuisine des Peuls ?

Le gombo est séché au soleil. Il est généralement utilisé dans les ragoûts et les soupes, qui sont deux plats essentiels dans la culture culinaire des Peuls. 

Quel type de viande mangent-ils ? 

Principalement du bœuf, avec un peu d'agneau et de chèvre. Une grande partie de la viande servie est constituée d'abats. Lorsque l'animal est abattu, de nombreuses parties du corps sont utilisées, y compris la tête et les testicules, afin de nourrir efficacement la communauté locale. On mange beaucoup de ragoûts.

Le peuple peul se déplace-t-il avec son bétail ?

Il y a trois groupes : les nomades, les semi-nomades et les résidentiels, qui vivent dans un endroit spécifique. La plus grande tribu est celle des nomades et le mouvement du bétail est au cœur de leurs routes migratoires. Les déplacements se décident selon les possibilités d'emmener le bétail. 

Quels légumes cuisinent-ils ?

Généralement, des légumes racines car ils sont conservés facilement. On les utilise dans le kareh, un potage traditionnel. Il y a le plantain séché au soleil par exemple. 

Cultivent-ils leurs propres légumes ou les achètent-ils au gré de leur route ? 

La tribu fulani (l'autre nom du peuple peul, ndlr) est composée d'agriculteurs. Ils ont l'habitude de cultiver des légumes bien que ce soit plus compliqué pour les nomades en raison de leurs déplacements fréquents. Pour les autres, la culture s'effectue dans une arrière-cour (ngehsah) où l'on fait aussi son propre compost (ngiekalaidi) et où on utilise les déchets du bétail comme fumier. Avant d'aller nous coucher, nous faisons rôtir des pommes de terre et nous répandons les cendres restantes dans le jardin comme engrais.

Quel type de cuisson privilégient-ils ?

La plupart des recettes sont préparées dans un foyer avec une marmite bouillante placée sur des pierres. Les techniques de cuisson sont moins importantes que les méthodes de conservation des aliments pour le peuple peul. 

Qui s'occupe de préparer la cuisine ? 

Les femmes et les filles en ont la charge. Les plus jeunes apprennent de leurs tantes, de leurs mères ou de leurs grands-mères. Ce sont elles les garantes de notre héritage culinaire. 

Comment le repas est-il servi et présenté ?

Les repas sont généralement servis avec un grand bol posé par terre sur une nappe. Avant le dîner, on se lave les mains, puis nous les plongeons dans les plats. Les aînés se servent toujours en premier. Pour les plus jeunes, c'est une forme de respect que d'attendre. Cela leur apprend aussi la patience. Par ailleurs, le gaspillage alimentaire est très mal perçu. Je me souviens des réprimandes de ma mère lorsque je ne finissais pas mon riz. Elle disait que le riz pleurait de tristesse parce qu'il n'était pas mangé.

Avec quelle boisson les repas sont-ils servis ? 

Habituellement, on sert de l'eau mais il existe d'autres boissons comme le jus de tamarin et le nehteh, une boisson africaine aux graines de caroube. Lorsque nous voulons accueillir un invité, nous servons généralement du lait, issu de la traite du matin. C'est une boisson très importante dans notre tribu.

Consommez-vous des boissons alcoolisées ? 

Dans la tribu Fulani, on ne boit pas d'alcool. C'est tabou car la grande majorité de la population est musulmane.

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