Jam

Oliver Sim : Moche à l'intérieur, beau à l'extérieur

Chanteur du groupe The xx, Oliver Sim ose l'aventure solo
16 sept. 2022 à 14:38Temps de lecture6 min
Par Nicolas Alsteen

La voix de The xx s'aventure en solitaire. Échappé du groupe anglais, Oliver Sim révèle sa séropositivité et apprivoise ses démons sur un premier album bercé par l'amour et les films d'horreur. De quoi trancher dans l'art.

Oser franchir le pas. Passer à l'action. Tout l'album d'Oliver Sim repose en définitive sur cette équation. Fondateur de The xx, le chanteur est le dernier membre du trio à se risquer en solo. "Ce disque en solitaire, je l'envisage depuis des années", confie-t-il en sirotant son premier café de la journée. Installé sur la banquette d'un luxueux hôtel bruxellois, l'artiste s’explique : "Depuis que j'ai commencé la musique, j'ai la chance de jouer dans mon groupe favori avec les deux personnes que j'aime le plus au monde. Romy (Madley Croft, Ndlr) et Jamie (Jamie Smith, alias Jamie xx, Ndlr) sont mes meilleurs amis. Sortir de cette sphère amicale, ultra confortable, n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. J'avais besoin de m'émanciper, mais je ne savais pas comment m'y prendre." C'est en enregistrant le dernier album de The xx que tout se précise. "Jamie, qui venait d'achever un disque en solo, est arrivé dans le studio complètement ressourcé. Il avait plein d'idées et de choses à partager avec nous. Cet épisode m'a poussé à la réflexion. Moi aussi, je pouvais développer un truc personnel et revenir plus mobilisé que jamais pour The xx." Téméraire, Oliver Sim entame alors un nouveau chapitre. Animé par un désir de liberté et de transparence, il compose ses propres chansons et se dévoile sans concession...

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Infréquentable

Au-delà de l'effort artistique proposé, le récent "Hideous Bastard" est plus qu'un simple disque. Véritable catharsis, l'album pose en effet des mots sur un virus contracté à l'adolescence. Séropositif, Oliver Sim sort de sa réserve et chante son rapport au sida à travers de véritables morceaux de bravoure. À commencer par "Hideous", titre d'ouverture de cette entreprise d'apaisement. "Je l’ai écrit pour me libérer de la honte avec laquelle je vis depuis des années", explique-t-il. "Je vis avec le sida depuis que j'ai 17 ans. Le virus a profondément modifié ma perception du monde et mon rapport aux autres. J'ai longtemps pensé que personne ne pourrait jamais m'aimer. Je me sentais infréquentable, moche, vraiment hideux.  Si je me sens mieux aujourd'hui, c'est en grande partie grâce au processus d'écriture entamé sur le single "Hideous"."

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Sim City et Somerville

Pour appréhender l'origine du processus enclenché par Oliver Sim, un rendez-vous chez le psy s'impose. "Avec du recul, j'ai tendance à considérer que cet album solo a commencé avec des séances de psychothérapie. Pour moi, c'était extrêmement libérateur de parler librement de mon ressenti avec une oreille attentive. Partager des sentiments qui, jusqu'ici, me rongeaient de l'intérieur, ça m'a permis de remonter la pente." Fort de cette expérience, Oliver Sim met le dialogue au cœur de son projet de guérison. "Quand le diagnostic est tombé, j'ai parlé de ma maladie à ma sœur, à mes parents, à Romy et Jamie. Pendant longtemps, ils étaient les seuls à savoir. Quand j'ai pris la décision d'en discuter avec des gens autour de moi, ma route a croisé celle de Jimmy Somerville…" Voix des groupes Bronski Beat et The Communards, l'artiste s'active depuis plusieurs décennies dans la lutte contre le sida. "Il m'a écouté et s'est montré hyper encourageant", indique Oliver Sim. "Après avoir écrit le morceau "Hideous", j'ai songé qu'il fallait l'enrichir d'une présence. Comme si ma voix devait être protégée par une sorte d'ange gardien. J'ai tout de suite songé à Jimmy Somerville pour incarner ce rôle si particulier. Il a accepté de me rejoindre en studio. Mais à son arrivée, il tenait absolument à calmer mes ardeurs. "Ne place pas trop d'espoirs en moi", m'a-t-il dit. "J'ai soixante ans, désormais. Ma voix n'est plus ce qu'elle était." Quelques minutes plus tard, il s'est posé derrière le micro. Quand il a chanté, j'étais au bord des larmes. Son interprétation était bouleversante. C'était au-delà de mes attentes."
 

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Production xx et films d’horreur

Si l'équilibre entre la voix de The xx et celle de "Smalltown Boy" tient du coup parfait, le reste de l'album enferme également quelques bonnes surprises. Ici et là ("Unreliable Narrator", "Confident Man"), Oliver Sim se rapproche du sillon tracé par The National. Ailleurs, comme sur le morceau "Saccharine", impossible de ne pas apposer la double croix de The xx à côté du projet. C'est qu'à l'arrivée, deux tiers du groupe anglais apparaît au casting du nouveau "Hideous Bastard". Jamie xx s'affaire en effet à la production de cet album solo. "Quand je me suis mis à plancher sur les premières démos, j'ai essayé de travailler avec différents producteurs. Ils étaient bons mais, à mon sens, pas du niveau de Jamie. Je le considère comme l'un des plus doués. Il est précis, gracieux et techniquement irréprochable. Au final, je me suis donc tourné vers lui. Il fallait toutefois établir un nouveau point de départ à notre relation de travail. Pour déconcerter Jamie et l'emmener vers d'autres horizons sonores, je l'ai planté devant un écran géant. L'idée était de lui montrer des films d'horreur. Jamie déteste ça. Alors que, pour moi, c'est une énorme source d'inspiration. Jamie s'est plié à l'exercice. Il a enduré tous les films que je voulais lui montrer : "Le Silence des agneaux", "American Psycho", "The Shining", "Carrie" ou "It Follows". Je cherchais à insuffler l'ambiance de ces films dans mes chansons."

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Crever l’écran

Dans le cadre de la Semaine de la critique du dernier festival de Cannes, Oliver Sim s'est associé au réalisateur Yann Gonzalez (le frère d'Anthony, alias M83) pour imaginer un court-métrage du même nom que le premier single de l’album. Dans l'esprit de "Thriller" et des clips au long cours des années 1980, "Hideous" revisite le thème du double sur fond de féérie, de terreur et d'emprunts parodiques aux films d'horreur. Ce songe cauchemardesque, mis en images aux frontières du réel et de l'intime, met en scène Oliver Sim dans un show promotionnel qui sort complètement du cadre. "J'ai toujours aimé ce genre de productions un peu gore", dit-il. "J'aime les émotions que cela me procure. D'autant plus que je n'ai jamais été effrayé par les monstres, les tueurs en séries et autres meurtriers sanguinaires. Mes peurs à moi sont plutôt à chercher au cœur de la vie réelle, dans les relations amoureuses ou familiale. J'ai eu l'idée de ce court-métrage en songeant à mes chanteuses et chanteurs préférés. De David Bowie à Prince, il y a toujours une implication artistique qui déborde de la sphère musicale : un rapport à la mode, au cinéma, à la peinture ou à la photographie. Je me suis tourné vers Yann Gonzales après avoir vu "Knife + Heart" ("Un couteau dans le cœur", dans sa version originale). Ce film exploite les codes de l'horreur. Il est gore et effrayant. En même temps, il y a quelque chose de sexy, drôle et terriblement puissant d'un point de vue émotionnel. Je pense que toutes ces caractéristiques se retrouvent dans le court-métrage que nous avons imaginé."

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Live is Life

Le 30 avril 2009, Oliver Sim jouait son premier concert en Belgique avec The xx. "Je m'en souviens comme si c'était hier", déclare-t-il. "C'était dans la Rotonde, au Botanique, en première partie de The Big Pink. Physiquement, cette date à Bruxelles était terriblement éprouvante. C'est la première fois de notre vie qu'on se produisait en dehors de l'Angleterre. Nous étions pétrifiés. À l'époque, nous n'avions aucune expérience de la scène. Avec le temps, nous avons pris confiance et évolué au fil des dates. Aujourd'hui, nous prenons un véritable plaisir face au public." Dans quelques jours, Oliver Sim entamera une tournée en solo. "Pour être honnête, cela m'angoisse aussi", confesse-t-il. "Un saut dans l'inconnu, c'est toujours une épreuve. Paradoxalement, je suis super excité à l'idée d'entamer les concerts."  Le chanteur se produira notamment sur la scène du Cirque Royal, le 24 octobre. "Je vais tout donner", annonce-t-il. "Je veux oser la performance, le jeu d'acteurJe viens d'enregistrer un album un peu dark et vraiment sincère. En concert, j'entends lui donner une autre dimension. Plus fun et excentrique. À ce moment de l'histoire, je sens que je dois m'amuser et donner du plaisir aux gens. L'idée n'est pas de plomber l'assistance, mais d'offrir un spectacle total. Au vu de l'actualité, nous avons toutes et tous besoin de nous changer les idées."

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