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Regions Namur

Œuvre d'un célèbre architecte, le C&A de Namur est voué à la destruction, dans l'indifférence générale

24 juin 2022 à 05:00 - mise à jour 24 juin 2022 à 09:03Temps de lecture2 min
Par Benjamin Brone

C’est un bâtiment emblématique du centre-ville de Namur. Le complexe, qui abrite le magasin C&A, sera bientôt rayé de la carte. Un promoteur et la ville de Namur ont décidé de construire sur le site un tout nouvel ensemble de commerces, de bureaux et de logements. L’édifice actuel est pourtant un exemple typique de l’architecture de la deuxième moitié du XXe siècle.

Léon Stynen et l’architecture brutaliste

Construit à la fin des années soixante, l’édifice, voisin de la gare, est l’œuvre de Léon Stynen. L’architecte anversois est l’auteur de plusieurs bâtiments remarquables de style Art-déco, moderniste, fonctionnaliste et brutaliste : "la volumétrie homogène, son positionnement dans la ville, ses façades composées d’un grillage en béton et ce jeu de volume sont vraiment la marque de l’architecture abstraite de la deuxième moitié du XXe siècle", souligne le doyen de la faculté d’architecture de l’ULB.

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Pour Pablo Lhoas, il ne faut pas négliger la signature de ce bâtiment. Son auteur, Léon Stynen, est un architecte très célèbre en Belgique : " C’est une figure majeure de l’architecture belge. Il n’y en a pas dix comme lui dans notre pays. Et puis il s’est distingué avec des bâtiments très connus comme le casino d’Ostende ou l’école Peter Pan à Saint-Gilles", explique cet expert.

Le complexe du C&A et de la gare des bus, à son ouverture, en 1970.
Le complexe du C&A et de la gare des bus, à son ouverture, en 1970. Archives photographiques namuroises

"Il y a peu de bâtiments de ce style chez nous", poursuit Pablo Lhoas. "C’est pourquoi il faut les garder entièrement ou en partie. Il faut au moins se poser la question. Ça n’a pas l’air d’être le cas", regrette cet expert.

"L’architecture du XXe siècle est sous-estimée en Région wallonne"

Si la disparition du parc Léopold constitue le moteur de l’opposition au nouveau projet de la Ville de Namur, personne ne semble s’émouvoir de la destruction du C&A, ni au sein de la population, ni au sein organismes de protection du patrimoine.

"Il n’y a pas d’inventaire de l’architecture du XXe siècle en Région wallonne. On risque donc de démolir des bâtiments de Léon Stynen ou de Victor Bourgeois, par exemple, dans l’indifférence générale."

Ceci me rappelle la destruction, fin 80, de la maternité Reine Astrid à Charleroi

Pour le doyen de la faculté d’architecture de l’université Libre de Bruxelles, la démolition de ce patrimoine risque de laisser un goût amer dans quelques années : "La région wallonne n’évolue dans l’identification de ce qui fait patrimoine. Moi je ne dis pas qu’il faut tout garder mais celui-là mériterait d’attirer l’attention", estime Pablo Lhoas.

Présenté lundi soir à la population, le projet qui doit prendre place sur le site actuel, prévoit une destruction complète de l’édifice au profit d’un tout nouveau bâtiment, dont l’ouverture pourrait intervenir en 2026.

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