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Climat

Objectifs climatiques belges à la COP26 : quel chemin parcouru, et surtout, que reste-t-il à faire ?

29 oct. 2021 à 04:01 - mise à jour 01 nov. 2021 à 06:43Temps de lecture6 min
Par Baptiste Hupin

Avec le début de la COP26, on risque d’en entendre énormément parler : les objectifs de réduction de gaz à effet de serre de la Belgique.

Mais quels sont exactement ces objectifs belges et quel est le chemin déjà parcouru depuis que la Belgique s’est engagée dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) ?

Dans son accord de gouvernement, la Vivaldi s’inscrit dans les ambitions climatiques de l’accord de Paris et du Green Deal Européen. " L’ambition est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% à l’horizon 2030 et de parvenir dans notre pays à la neutralité climatique pour 2050 ". Le gouvernement fédéral a d’ailleurs confirmé cette ambition en conseil des ministres au début du mois d’octobre. Cet objectif de réduction de 55% est cependant un objectif global fixé pour les 27 états de l’Union Européenne. La part belge de cet effort s’élève à 47% de réduction d’émissions de GES. Certains États membres feront plus, d’autres feront moins.

Au lendemain de l'ouverture de la COP26, ce 1er novembre, la Belgique n’a pas d’accord climatique entre Fédéral et Régions pour aller à la COP26, concernant la répartition des efforts climatiques entre les différentes entités (le "burden sharing"). Le gouvernement flamand doit se réunir dans les prochains jours pour trouver un accord.

1990, l’année de référence

La Belgique ne part cependant pas de nulle part. Cette réduction d’émissions de gaz à effet de serre est calculée à partir du niveau d’émissions de 1990.

Les émissions belges ne devront donc pas être réduites de près de moitié à l’horizon 2030 par rapport à nos émissions actuelles mais bien par rapport à la quantité de gaz rejetée dans l’atmosphère en 1990. " C’est la date sur laquelle tous les reportings internationaux se basent ", explique Pascal Vermeulen, l’un des fondateurs de Climact, une entreprise de conseil sur le changement climatique et l’énergie. " Il a fallu définir une année de référence. Tout le monde s’est mis d’accord, quel que soit l’état, quelle que soit la région, pour prendre 1990 comme point de départ ".

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Le verre à moitié plein

Plongeons-nous donc dans les chiffres et remontons jusqu’à cette année de référence.

Selon les statistiques des Nations Unies, en 1990, la Belgique émettait 145 millions de tonnes de gaz à effets de serre (mesurés en équivalent de CO2). Ces émissions ont continué à croître jusqu’à la fin des années 90, avant d’entamer leur lente diminution. Dans les statistiques onusiennes, les chiffres les plus récents datent de 2019.

En 2019, la Belgique a rejeté 116 millions de tonnes de gaz à effets de serre. Les émissions belges ont donc bien diminué depuis 1990. Le calcul est vite fait : en 29 ans la Belgique est parvenue à réduire ses rejets de 29 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit un million de tonnes en moyenne par an. Cela représente tout de même une réduction de 20%

Historique des émissions belges de gaz à effet de serre, avec comme année de référence = 1990 (source : climat.be)
Historique des émissions belges de gaz à effet de serre, avec comme année de référence = 1990 (source : climat.be) climat.be

Le verre à moitié vide

"Aujourd’hui, on a réduit nos émissions de l’ordre de 20%. C’est déjà bien", commente Pascal Vermeulen. Mais il y a encore une grande partie du chemin à parcourir, on est largement en retard par rapport à l’objectif."

Que représente concrètement ce retard en nombre de millions tonnes de gaz à effet de serre ? En reprenant nos chiffres de 1990 (145 millions de tonnes), une diminution de 47% de nos émissions initiales (selon les objectifs assignés par la Commission européenne) représente un effort total de 68 millions de tonnes d’ici 2030.

En d’autres termes, en une trentaine d’années, la Belgique a réduit ses émissions de 29 millions de tonnes. Et pour respecter les objectifs de 2030, il faudra diminuer nos émissions de 39 millions de tonnes supplémentaires en seulement 11 ans (de 2019 à 2030). Il faudra donc réaliser nettement plus d’efforts en trois fois moins de temps. Il s’agit d’une réduction de près de 3,5 millions tonnes par an en moyenne, contre 1 million par an de réduction en moyenne entre 1990 et 2019. Pour Pascal Vermeulen, "si on prend l’image du verre à moitié plein ou à moitié vide, je pense qu’il est surtout vide. Il faut en être conscient. On n’y est pas du tout."

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Importante diminution dans le secteur industriel

Par ailleurs, pour comprendre l’ampleur de l’effort à réaliser d’ici 2030, il est important d’observer comment la Belgique est parvenue à diminuer ses émissions de 20% jusqu’ici, secteur par secteur.

Le secteur dans lequel les émissions ont le plus nettement reculé en valeur absolue est l’industrie. Cela reste malgré tout le secteur le plus émetteur aujourd’hui, avec près d’un tiers des émissions de CO2 belges. Mais les diminutions de gaz à effet de serre sont significatives dans l’industrie puisqu’elles ont reculé de plus de 30% depuis l’année de référence.

Les efforts consentis dans la production d’énergie depuis 1990 sont également importants. Le secteur de la production d’électricité a réduit ses émissions de 43% selon des chiffres de Climact. L’arrivée du renouvelable et le remplacement progressif des centrales à charbon en centrales à gaz y sont pour une large part.

Par contre, dans le secteur industriel, les réductions d’émissions ne sont pas toutes dues à des technologies moins gourmandes ou une rationalisation volontariste des processus. Une large part de ces réductions ont aussi été " subies ", en raison d’une transformation du secteur industriel belge et du déclin de quelques secteurs très polluants, comme la sidérurgie.

"C’est très marqué en Wallonie ", constate Pascal Vermeulen, " avec le départ de secteurs extrêmement énergivores et émetteurs de CO2". Une bonne partie des réductions des émissions n’est donc pas le fruit d’une politique volontariste et a même souvent été "subie" lorsqu’elles sont, par exemple, la conséquence de fermeture d’usines ou d’un ralentissement général de l’économie, comme ce fut le cas après la crise de 2008 et comme les statistiques de 2020 le montreront probablement aussi.

Les chiffres de l’Iweps, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et des statistiques, sont très parlants à cet égard. Entre 1990 et 2019, les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie wallonne ont diminué de 15 millions de tonnes. Cela signifierait que les réductions d’émissions des entreprises wallonnes représentent à elles seules plus de la moitié des 29 millions de tonnes économisées en Belgique depuis 1990.

Bien souvent cependant, en cas de délocalisation d’une activité, les tonnes de CO2 gagnées en Belgique ont été reperdues autre part dans le monde. On peut songer à un haut-fourneau fermé en Wallonie pour rouvrir à l’autre bout du monde. La réduction des gaz à effet de serre belge n’est donc pas toujours une avancée dans la lutte globale contre le changement climatique.

Evolution des émissions de GES par secteur depuis 1990 (source : climat.be)
Evolution des émissions de GES par secteur depuis 1990 (source : climat.be) climat.be

Augmentation des émissions dans le secteur des transports

Et puis il y a tous ces secteurs qui ont enregistré très peu d’avancées dans leur production de CO2, voire qui émettent bien plus aujourd’hui qu’en 1990. C’est le cas des transports, notamment. Il s’agit du secteur qui a enregistré l’augmentation la plus nette de ses émissions de gaz à effet de serre.

La société de conseil en changement climatique Climact note une augmentation de 23% des émissions dans le secteur des transports, dont le transport routier représente la plus grosse part. "On fait aucun progrès dans les transports, au contraire. Donc il faut revoir en profondeur la manière dont le transport est organisé en Belgique." De façon générale, Pascal Vermeulen pointe un manque "de réformes structurelles de notre consommation et de notre production d’énergie".

C’est possible malgré tout

Alors quand on voit le chemin qu’il reste à parcourir, les objectifs belges et européens sont-ils hors de portée ? Est-il possible de parcourir en une petite décennie un chemin beaucoup plus long que celui parcouru sur les 30 dernières années ? D’autant plus que les premières tonnes de CO2 économisées l’ont parfois été de façon artificielle ou subie. Chaque tonne suivante, demandera sans doute plus d’effort. A l’exception probable de l’année 2020 marquée par la crise du Covid, on constate également que les émissions de gaz à effet de serre diminuent nettement moins rapidement depuis quelques années. Une certaine stagnation des émissions est observable en Belgique depuis 2015.

Et pourtant, "oui, c’est faisable !", martèle Pascal Vermeulen. "Ce n’est pas facile. Mais réduire nos émissions et s’inscrire dans la neutralité carbone en Belgique en 2050 avec une clause de rendez-vous importante en 2030, c’est techniquement et économiquement faisable." Cela passera par plus d’efficacité énergétique et une rationalisation de la demande. "On peut aussi parler de sobriété énergétique. Il faut vraiment réduire la demande et on a tous un rôle à jouer par rapport à ça."

Le dossier de la rédaction de Baptiste Hupin :

Dossier de la rédaction

COP26 : quels sont les efforts que la Belgique devra fournir pour lutter contre le réchauffement climatique ?

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