RTBFPasser au contenu

Belgique

Objectif "zéro carbone" pour l’aéroport de Charleroi en 2050 : tous les moyens sont bons pour y arriver

Objectif "zéro carbone" pour l’aéroport de Charleroi en 2050 : tous les moyens sont bons pour y arriver
04 nov. 2021 à 06:003 min
Par Himad Messoudi

En Wallonie, 24% des émissions de gaz à effet de serre (GES) proviennent du secteur des transports. C’est un chiffre en augmentation constante depuis 1990, une hausse estimée à 30% sur 30 ans. Selon des chiffres du cabinet de consultance spécialisé dans les questions environnementales "Factor X", l’aéroport de Charleroi-Bruxelles Sud (BSCA) a généré 4,505 millions de tonnes de CO2 en 2019. Là aussi, un chiffre en augmentation sensible, à l’instar du nombre de passagers qui transitent par BSCA : de 210.000 personnes en 1998 à… 8.224.196 en 2019.

L’an dernier, l’aéroport de Charleroi a engagé un bio-ingénieur expert des espaces naturels. Quentin Evrard avait plutôt l’habitude de sillonner les forêts d’Afrique centrale. Il est depuis un an le manager environnemental de BSCA. C’est lui qui a rédigé les objectifs à atteindre pour l’aéroport : neutralité carbone d’ici 2050 et avant cela, diminution des émissions de CO2 de minimum 35% entre 2019 et 2030.

 

BSCA souhaite réduire de façon globale son empreinte sur l’environnement, avec huit axes de travail rédigés par Quentin Evrard. L’aéroport travaille sur la qualité de l’air, sur l’eau, le bruit, l’énergie, le sol, les déchets, la mobilité et la biodiversité. Tout n’est pas dans les mains des responsables de l’aéroport (on peut penser au bruit, ou à la mobilité et à l’absence d’une gare desservant directement les lieux), mais BSCA s’est fixé nombre d’objectifs, avec pour les atteindre un bio-ingénieur expert dans les espaces naturels.

"Un espace naturel, c’est partout autour de nous. Ici, on travaille sur la totalité des aspects environnementaux. Et justement, si ici on pollue beaucoup, j’ai beaucoup à faire, nous dit Quentin Evrard dans un petit sourire. C’est une motivation, ce sont des objectifs qui sont très ambitieux, qui vont être difficiles, mais on sait qu’ils sont réalisables et qu’on peut le faire. C’est ça qui motive et je suis persuadé qu’on va y arriver."

Loading...

Longueur de la piste, photovoltaïque et SAF

Parmi les mesures concrètes mises en place pour réduire son empreinte carbone, il y a l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit du terminal 2. Le parc de panneaux est appelé à grandir à l’avenir. Les responsables ont également installé des points de connexion électriques pour tous les avions parqués.

Lorsque les avions enchaînent un atterrissage et un décollage (ce qui est la norme à BSCA), ceux-ci ne coupent pas les moteurs, pour que tous les systèmes utiles puissent continuer de tourner, le temps que les passagers embarquent. A Charleroi, tous les avions ont la possibilité de se "plugger" au système électrique de l’aéroport, permettant ainsi aux pilotes de couper les moteurs. Toujours sur le tarmac, les véhicules techniques sont en cours d’électrification.

C’est évidemment ce qui se passe dans les airs qui provoque le plus d’impact CO2. Sachant que le plus "coûteux" en matière de carbone concerne les décollages/atterrissages, Charleroi promet deux méthodes qui permettent de faire des économies, l’une se servant de l’allongement très récent de la piste, l’autre étant plus générale, comme l’explique Quentin Evrard.

"Les avions présents actuellement à Charleroi, s’ils utilisent toute la longueur de la piste, ont besoin de moins pousser leur moteur pour arriver à a vitesse nécessaire au décollage. Moins de moteurs, c’est moins de fuel, donc un impact carbone moindre. […] Pour les atterrissages, on va essayer d’affiner le profil de la descente de l’avion de manière ce qu’il ne fasse plus cette espèce de profil en escaliers, mais de faire ce qu’on appelle le 'continous descent approch' pour amorcer la descente plus proche de l’aéroport, ne pas avoir à relancer le moteur pour maintenir le fameux plateau qu’on a habituellement. Et de descendre vraiment d’une seule traite. Ici aussi, moins de fuel, moins de CO2 émis."


►►► Lire aussi : Taxe sur les sauts de puce en avions : plus que 5-6 euros, plus que 500 km de distance


La prochaine révolution, celle qui fait espérer à l’aéroport de pouvoir atteindre la neutralité carbone, aura lieu dans les réservoirs. Le SAF (sustainable aviation fuel ou carburant durable d’aviation) représente le futur du kérosène. Quentin Evrard qualifie de "fabuleux" le développement de cette technologique : "c’est du kérosène de synthèse, qui a les mêmes propriétés que le kérosène utilisé actuellement, sauf qu’il est plus pur quand on le consomme. On a que du CO2 qui est émis : on n’a pas les particules fines, l’azote, le souffre. D’autre part, ce carburant de synthèse est lui neutre en CO2 : il y a possibilité d’utiliser des débris végétaux ou même du CO2 puisé directement dans l’air, allié à de l’hydrogène, pour faire ce carburant de synthèse."

Conscient que le secteur a encore beaucoup à faire, Quentin Evrard l’assure : "L’industrie de l’aviation fait [déjà] énormément. On se démène tous les jours pour trouver des solutions. Il faut attendre des avancées technologiques, des homologations, des discussions qui prennent du temps."

Rendez-vous en 2030 pour voir si les premiers efforts de réduction de l’empreinte carbone de l’aéroport seront couronnés de succès.

Articles recommandés pour vous