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Chroniques

Nucléaire : vous reprendrez bien un peu de confusion ?

Les coulisses du pouvoir

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23 févr. 2022 à 07:53 - mise à jour 23 févr. 2022 à 10:55Temps de lecture3 min
Par Bertand Henne

Le dossier nucléaire rebondit, une nouvelle fois. Un rapport de la Creg, le régulateur de l’énergie, qui n’aurait pas dû fuiter a fuité et laisse entendre qu’il manquerait une ou deux centrales au gaz pour subvenir à nos besoins futurs.

Bizarre…

Cette affaire a tout d’un House of cards à la belge. Ainsi, il y a quelques semaines, un rapport de travail de la CREG a abouti sur la table du comité de direction du régulateur qui a décidé de ne pas le publier. Pourtant, d’après deux sources concordantes, l’un des directeur Andréas Tirez (étiqueté VLD mais proche de la N-VA) aurait décidé d’autorité de le publier sur le site internet du régulateur. Un député N-VA, Bert Wollants est mis au courant, la VRT l’apprend aussi. Le rapport est ensuite enlevé. Les raisons de ce retrait sont encore un peu troubles. Mais la version la plus solide est que les autres membres du comité de direction n’étaient pas en accord avec la publication.

Dans ce rapport éphémère, la Creg interroge la méthodologie d’Elia, le gestionnaire du réseau de transport de l’énergie, qui fournit les estimations quant à la sécurité d’approvisionnement du pays. Ce sont, entre autres, ces estimations d’Elia qui sont retenues par le gouvernement pour décider dans le dossier de la sortie du nucléaire.

Elia "vs" Creg

Elia en prend pour son grade dans ce rapport de travail retiré depuis. La Creg, le régulateur donc, ne suit pas le gestionnaire du réseau dans ses estimations.

Un passage est particulièrement inquiétant : il concerne l’hiver 2026-2027. Selon la Creg, il manquerait un volume de 1000 MW pour assurer la sécurité d’approvisionnement. Soit un réacteur nucléaire, ou presque deux centrales au gaz.

Pour la N-VA ou le MR, qui s’inquiètent depuis des mois de la sécurité d’approvisionnement, ce rapport est du pain béni et semble valider leurs thèses. Mais ce pain béni leur a été retiré de la bouche par la Creg même, qui ne l’assume plus du tout. Elia, le gestionnaire du réseau, parle de "conclusions prématurées voire erronées."

Confusion

En attendant la confusion est semée, à un moment particulièrement délicat, la dernière ligne droite de la décision éventuelle de sortie. Semer la confusion était très certainement l’objet de cette manœuvre bizarre. C’est la première hypothèse. Andreas Tirez, qui aurait publié le rapport contre l’avis des deux autres directeurs de la Creg, s’oppose de longue date à la méthode du CRM, le mécanisme de rémunération de capacité mis en place par le gouvernement pour remplacer les capacités nucléaires. Il y a aussi l’hypothèse de la concurrence entre le Creg et Elia.

Ces dernières années, le régulateur a souvent croisé le fer avec le gestionnaire de réseau sur fond de conflit de compétences. Ici Elia semble mettre trop de temps à fournir des réponses aux yeux de la Creg. Enfin, des querelles d’ego, des luttes personnelles entre Andréas Tirez et d’autres acteurs sont aussi des explications possibles.

Les trois explications ne s’excluent pas mutuellement. Aucun élément à ce stade, n’étaye l’hypothèse d’une intervention directe de la ministre Vander Straeten qui aurait voulu faire taire la Creg.

Le coût de la sortie

Ce rapport peut-il changer le cours des choses ? Faire évoluer la décision ? Ce rapport n’existe plus, donc non. Le rapport final, s’il confirme un problème, pourrait par contre décider du sort du plan A (la sortie).

L’objectif de cette fuite est de faire monter un peu plus le coût politique de la sortie du nucléaire pour les verts. Mais le coût monte de toute manière tout seul. Le problème principal, d’un point de vue politique, c’est la question de la dépendance au Gaz, dans un marché que la Russie est en train de faire exploser.

Le Premier ministre Alexander de Croo disait hier “La Russie n’est plus le partenaire fiable qu’elle était auparavant sur le plan énergétique". Avec 6% seulement de gaz Russe en Belgique, ce n’est pas un problème aussi direct qu’en Allemagne. Mais bien sûr, si toute l’Europe cherche à se détourner de la Russie dans les prochaines années le marché du Gaz va se tendre, et les prix risquent de suivre. Signalons et on l’oublie souvent que ce n’est pas le nucléaire ou le gaz. Même si nous prolongeons deux réacteurs, nous devons malgré tout construire de nouvelles centrales au gaz, mais moins.

La pression monte donc sur les écologistes, d’ici le 18 mars ce ne sera pas la dernière fois.

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