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Nucléaire : poker menteur, rue de la Loi

Philippe Walkowiak

 

Les cartes sont distribuées. A chacun d’abattre son jeu ou de bluffer.

Le rapport sur le nucléaire se trouve sur la table. Crash-test pour la coalition fédérale. Ce gouvernement devait prendre attitude pour la fin novembre. L’embarras demeure bien réel : il va falloir trancher et donc faire des déçus, tant les clivages se sont renforcés alors que pourtant la déclaration gouvernementale de 2020 est relativement claire : seule la sortie du nucléaire est envisagée, avec comme unique réserve la sécurité de l’approvisionnement et la soutenabilité du prix.

Enlisement

Socialistes, libéraux et écologistes ont décidé de la sortie du nucléaire en 2003. Celle-ci aurait dû intervenir dès 2015. Les gouvernements successifs n’ont pas donné suite, d’autant que les Verts se trouvaient dans l’opposition. Devant l’échéance légale, les gouvernements Di Rupo et essentiellement Michel ont décidé de reporter la sortie du nucléaire tout en la bétonnant. Le gouvernement Michel a ainsi organisé le remplacement du nucléaire par le gaz. L’actuelle coalition s’est inscrite dans cette perspective : le gouvernement reconfirme résolument la sortie du nucléaire. Le calendrier légal de sortie du nucléaire sera respecté, comme prévu. (p.57 de l’accord gouvernemental).

Depuis un an, le MR a changé d’avis et les écologistes ont constaté qu’ils avaient " oublié " l’impact du CO2 et la volatilité du prix du gaz. Pendant ce temps, Engie persiste et signe : plus de marche arrière possible, il est trop tard pour garder des réacteurs nucléaires en Belgique.

Choix de société

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez fait du revirement de son parti un choix écologique devant garantir une plus faible pollution de l’atmosphère.

Quant à eux, les écologistes peinent à démontrer que l’abandon du nucléaire permettra rapidement de réduire en parallèle les émissions de CO2 ou que le prix de l’électricité restera à un niveau socialement décent.

La prolongation du nucléaire impliquerait entre autres, une étude d’incidence internationale à l’issue incertaine et aux délais intenables. Les nouveaux modèles de réacteurs restent à l’état de prototype hors de prix.

L’alternative fait d’un mix de renouvelable et de centrales au gaz de transition, demeure quant à elle plus que hasardeuse.

Le Premier Ministre doit à présent " faire atterrir " ce dossier qui divise sa majorité. L’époque ne saurait être à la crise politique.

Le gouvernement paye surtout près de 20 ans de non-décisions et de lâchetés sur un dossier sensible et essentiel dont la perspective dépasse le carcan mental d’une classe politique désormais incapable de disposer d’une vision à plus long terme.

@PhWalkowiak

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