Opinions

Nouvelles économies sur le chômage des jeunes : de 6 à 23 ans, aucun droit à l'échec

Nouvelles économies sur le chômage  des jeunes : de 6 à 23 ans, aucun droit à l’échec

© © Tous droits réservés

30 oct. 2014 à 11:30 - mise à jour 30 oct. 2014 à 12:48Temps de lecture3 min
Par Ludovic Voet

Premièrement, les jeunes qui sortent des études ne pourront plus demander d’allocations d’insertion après leur 25 ans (contre 30 ans actuellement), ce qui permettra une économie estimée à 15 millions d'euros dès 2015 et à 35 millions à partir de 2017 ". Les étudiants doivent avoir fini leur stage d’insertion (12 mois minimum) avant d’avoir 25 ans accompli, donc 25 ans moins un jour. Il faut donc être sorti du parcours scolaire pour 24 ans moins un jour et ne surtout pas rater un des contrôles de recherche d’emploi de l’ONEM (Forem dès janvier 2015). En résumé, pour des études de niveau master, cela veut donc dire qu’aucune année ratée n’est permise. Pour les jeunes en retard scolaire en secondaire (près d’un élève sur 2), seul le niveau bachelier est encore permis. En 1997, 80% des élèves avaient fini leur scolarité avant ou à 24 ans. Plus aucune erreur de parcours permise ! N’est-ce pas ironique que l’âge moyen de sortie des études en Suède soit de 26 ans ? Des jeunes qui avec la "suédoise" n’auraient droit à aucune allocation…

Sur base des chiffres du FOREM, on peut déjà avancer que, sur la Wallonie, en septembre 2014, ce sont déjà 3302 jeunes âgés de 25 à 30 ans qui n’auraient aucune perspective de se lancer dans leurs projets si la mesure en question était d’application maintenant. Il faut y rajouter tous les jeunes demandeurs d’emploi en stage d’insertion âgé de 24 ans, ainsi que ceux de 23 ans qui rateront minimum une évaluation de recherche d’emploi.

En résumé, le gouvernement dit aux jeunes "Fini vite tes études, tu coûtes cher à la société ! L’allocation d’insertion n’est pas un droit, elle doit se mériter". Le gouvernement pousse ainsi les jeunes à se diriger vers des études courtes ou directement qualifiantes dans l’optique d’un enseignement répondant strictement aux besoins du marché et non plus aussi à l’épanouissement personnel. Tu as un crédit de 5 ans et aucune vie à sacrifier sous peine de renoncer aux allocations d’insertion. Pourtant, tout le monde sait que l’insertion dans le monde du travail pour les jeunes n’est pas facile.

On en revient à l’époque que l’on croyait dépassée où seuls les jeunes qui peuvent être soutenu financièrement par leur famille ne peuvent entreprendre de longues études. Évidemment, avec cette mesure, le gouvernement n’interdit pas de continuer des études, mais il le décourage fortement. Le jeune qui finit son bachelier à 23 ans a le choix entre l’insertion dans le monde du travail ou se lancer dans un master (coûtant pour sa famille) et dont il n’est pas certain qu’il lui rapportera directement un emploi. Insidieusement, de telles mesures réintroduisent un enseignement supérieur de caste, pour ceux qui peuvent se le permettre s’insurge les Jeunes CSC.

Par ailleurs, le droit aux allocations d'insertion sera par ailleurs ouvert "après obtention du diplôme ou du certificat correspondant au niveau d'études requis actuellement pour être admis", une condition levée lorsque le demandeur d'allocations a atteint l'âge de 21 ans. Cette mesure entraînera selon le gouvernement suédois une économie de 13 millions d'euros dès 2015 et de 39 millions d’euros dès 2017. Que veut dire cette mesure ? Avant, il fallait suivre la 6ème générale ou la 3ème professionnelle, artistique ou technique sans forcément la réussir, et le jeune qui quittait l’enseignement pouvait demander des allocations à partir de 18 ans. Aujourd’hui, il faudra le diplôme en question entre 18 et 21 ans. 3068 jeunes wallons en stage d’insertion n’ont pas de diplôme du deuxième degré du secondaire et ne pourront plus s’inscrire en stage d’insertion avant leur 21 ans. 3432 autres jeunes en décrochage scolaire n’ont pas dépassé le 2ème degré, une bonne moitié d’entre eux ne pourront pas non plus prétendre aux allocations d’insertion. 8000 exclus est donc même une estimation prudente.

Cette mesure ne fait que complexifier l’insertion dans la vie active des jeunes sur la pente glissante de l’abandon scolaire. Cela pourrait pousser les jeunes à s’accrocher au parcours scolaire pour réussir. Mais ce ne serait qu’un vœu pieux dans une école que le gouvernement wallon va encore définancer. En gros, " t'es en décrochage scolaire, mais reste bien dans la mouise et attends bien sagement de 18 à 21 ans pour t'en sortir.

Les jeunes en abandon scolaire précoce, les NEETS (qui n’accède majoritairement pas au niveau requis pour demander des allocations d’insertion), eux, ont de la "chance", Rien ne change pour eux avec le gouvernement suédois. C’est normal, ils n’avaient déjà droit à rien ! En 2011, 14,7% des jeunes wallons entre 18 et 24 ans étaient considérés en " abandon scolaire précoce (ASP), n’ayant donc pas dépassé la deuxième année d’humanités. Dans le Hainaut, c’est 19,8% des jeunes.

On peut tabler sur minimum 8000 jeunes exclus chaque année avec ces deux nouveaux mécanismes. Pour un gouvernement qui déclare vouloir combattre le "chômage des jeunes", c’est un comble !

Ludovic Voet

Ludovic Voet est responsable régional Jeunes CSC Mons-La Louvière

Sur le même sujet

Près de 20 000 personnes perdront leur allocation d'insertion en 2015

Belgique

Le droit de séjour en Belgique va devenir payant

Belgique

Articles recommandés pour vous