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Nouvelles attaques xénophobes en Afrique du Sud, sur fond de trafic de drogues

Nouvelles attaques xénophobes en Afrique du Sud, sur fond de trafic de drogues
29 août 2019 à 12:22 - mise à jour 29 août 2019 à 12:222 min
Par Valérie Hirsch

Une haute fumée noire s’élève au-dessus de Pretoria, capitale administrative d'Afrique du Sud, où, ce mercredi matin, un quartier du centre-ville a été le théâtre de violences. Des dizaines de chauffeurs de taxi collectifs ont brûlé et pillé au moins 8 boutiques appartenant à des migrants venus surtout du Nigéria et Tanzanie. Ils les accusent de protéger des dealers de drogue. La mort d’un collègue a mis le feu aux poudres.

"Mardi, un chauffeur a pourchassé un drogué, explique le chef provincial de la police, Elias Malewa. Il a été mortellement blessé par un tir. Le tueur n’a pas encore été identifié." Le trafic de drogues est devenu un fléau en Afrique du Sud. "La semaine dernière, nous avons fermé deux gros laboratoires de fabrication de mandrax (une drogue de synthèse) à Soweto et dans la province du Mpumalanga, ajoute le commandant. Cela montre notre fermeté dans la lutte contre le trafic."

Climat d'insécurité

Des dizaines de chauffeurs de taxi collectifs ont brûlé et pillé au moins 8 boutiques appartenant à des migrants venus surtout du Nigéria et Tanzanie.
Des dizaines de chauffeurs de taxi collectifs ont brûlé et pillé au moins 8 boutiques appartenant à des migrants venus surtout du Nigéria et Tanzanie. Valérie HIRSCH

Mais ce n’est pas l’avis des chauffeurs, qui regardent les pompiers (arrivés tardivement) éteindre les dernières flammes, à moins de 100 mètres de leur parking. "Les vendeurs de nyaope (une drogue de rue, à base d’héroïne) sont des Nigérians et des Tanzaniens, affirme l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. Ils vendent la drogue dans la rue et, parfois, ils rentrent dans les boutiques pour chercher leur marchandise. C'est pour cela que nous les avons pillées. Les commerçants sont complices !".

Selon les chauffeurs, la présence des "Nyaope boys" (jeunes consommateurs des townships) crée un climat d’insécurité : "Ils volent les sacs de nos clients, qui ont peur de venir ici. Les autorités ne font rien. Tous les jours, on voit une voiture de police, qui s’arrête près des trafiquants pour venir leur soutirer de l'argent".

Police corrompue ?

Les victimes des pillages dénoncent aussi la corruption de la police. "Elle connait les trafiquants et pourtant, elle n’arrête que les consommateurs de drogue", affirme Alex Adelkele, un mécanicien nigérian. Son garage a été pillé. "Ce n’est pas notre faute si les trafiquants se sont installés dans notre rue. Les chauffeurs ont voulu se venger. Ils ont même pillé les échoppes de Bengali. Au moment de l’attaque, la police était présente, mais elle a tardé à intervenir. Chaque fois qu’il y a un problème en Afrique du Sud, les gens s’en prennent aux étrangers."

L'augmentation du trafic de drogues ne fait qu’aggraver la xénophobie des Sud-Africains. Depuis deux décennies, leur pays est devenue une plaque de transit du commerce international d’héroïne afghane et de cocaïne sud-américaine. En 2018, un bateau brésilien transportant pour 50 millions d’euros de cocaïne a ainsi été intercepté dans les eaux sud-africaines. Selon un rapport officiel américain – "2018 International Narcotics control strategy" –, l'Afrique du Sud est devenue le plus gros marché de drogues illicites en Afrique sub-saharienne.

Les ravages du nyaope dans les écoles

Le nyaope – qui se vend pour 1 euros le sache – fait des ravages dans les écoles des townships. Cette drogue très addictive – qui inclut souvent du poison anti-rat, des détergents et certains médicaments – peut rendre les jeunes très violents.

La situation est ainsi devenue incontrôlable dans les "Cape flats" (townships métis du Cap) – où le taux de meurtre (69 pour 100.000 habitants) est l’un des plus élevés au monde : on estime que 100.000 résidents y font partie de gangs qui revendent du tik (crystal méthamphétamine), de l'héroïne et du nyaope. Le déploiement de 1300 soldats dans les Cape flats, depuis juillet dernier, n'a eu, jusqu'à présent, aucun impact sur la criminalité.

Images amateur

Source: @LysisRealz_LR

Heurts entre policiers et pilleurs à Pretoria, en Afrique du Sud, ce 28 août (images amateur)

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