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"Nous mettrons entre deux et cinq ans pour sortir de la crise de l’énergie", estime Damien Ernst

Damien Ernst annonce une crise de l'énergie pour les 5 ans à venir

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22 sept. 2022 à 10:49 - mise à jour 22 sept. 2022 à 14:06Temps de lecture3 min
Par Maud Wilquin

"Mes factures d’énergie ont quintuplé", "comment faire pour payer les factures ?"… Nous entendons et lisons ce genre de témoignages chaque jour. De plus en plus de Belges redoutent l’hiver à venir. Et malheureusement, le stress de voir son portefeuille se vider devrait encore durer un moment… Selon le spécialiste de l’énergie et professeur à l’ULiège Damien Ernst, nous devrions encore vivre au maximum cinq hivers rudes. "Les prix du gaz extrêmement resteront encore extrêmement élevés entre deux et cinq ans avant de sortir de la crise. Ceux qui avaient encore des contrats fixes vont les perdre. Une grande pauvreté est en train de se créer et elle est notamment liée à la fermeture industrielle en raison du prix du gaz trop élevé."

La faute au manque de gaz russe, avance le spécialiste. "Nous allons perdre 1500 TWh que nous devrons récupérer à d’autres endroits de la planète. Il faudra forer, liquéfier, transporter le vers l’Europe… tout ça va prendre entre 3 et 5 ans. Dans 5 ans, je suis quasiment sûr que le prix du gaz va chuter dans un intervalle de 50 à 60 euros du kilowattheure contre 200 € du Kwh actuellement. Par contre on ne l’aura plus à moins de 20 €/Kwh comme avant la crise sanitaire. Mais avant ces cinq ans, il y a beaucoup d’incertitudes : peut-être que nous allons récupérer du gaz russe, peut-être que la situation va empirer avec filière pétrole entre autres. Je ne peux pas garantir que le prix du baril qui est à 90 dollars aujourd’hui ne passera pas à 150 en décembre. S’il est relativement bas pour l’instant, c’est parce que l’on lâche du pétrole des réserves stratégiques entre autres des Etats-Unis. Il n’y a pas de portes de sortie à court terme."

Damien Ernst explique pourquoi la crise sera longue

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Des propos que confirme Bruno Colmant, économiste et professeur de finances à l’ULB. "C’est une vision assez réaliste des choses. Selon moi, l’année 2023 sera extrêmement compliquée même si le prix du gaz et du pétrole diminue. Nous aurons une rémanence des effets pendant 3 ans." Pour lui, "tant que la guerre n’est pas finie et ça ne devrait pas se terminer rapidement, nous aurons un choc de récession globalement important qui devrait durer entre 3 et 5 ans."

Bruno Colmant estime que la crise de l'énergie durera encore entre 3 et 5 ans

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Cependant, ces prévisions n’apparaissent pas encore sur les marchés futurs de Luminus. "Les acteurs de marché comme nous peuvent vendre et acheter de l’énergie pour les trois prochaines années", affirme Grégoire Dallemagne, patron de Luminus et président de la FEBEG (Fédération Belge des Entreprises Électriques et Gazières). "Pour l’instant, les marchés futurs nous disent que les prix vont rester au niveau actuel pendant l’année 2023, ensuite être divisés par deux en 2024 puis continueront de baisser. Mais que va-t-il se passer avec approvisionnement en gaz russe ? C’est difficile de répondre."

Grégoire Dallemagne : "Pour enrayer la crise énergétique il faut consommer moins"

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Le MR plus optimiste

Pour le président du MR Georges-Louis Bouchez, la situation est certes difficile mais ne devrait pas s’étendre aux cinq années à venir : "Ce n’est pas vrai que la guerre durera forcément 5 ans. Il a été indiqué que ça se stabiliserait naturellement d’ici 5 ans, mais nous pouvons avoir une baisse des prix beaucoup plus rapide si nous arrivions par exemple à remplacer en tout ou partie le gaz russe, si nous avions d’autres types de contrats et si on arrivait à substituer une série de mécanismes via l’énergie nucléaire, l’hydrogène, le renforcement du réseau électrique… Il y a des solutions technologiques qui sécuriseront l’approvisionnement et une fois que ce sera sécurisé, les prix baisseront même s’ils ne reviendront effectivement pas à 20 €/Kwh."

Georges-Louis Bouchez : "Non, la crise ne durera pas forcément 5 ans"

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​​​​​​​Le gouvernement aux commandes

Face à l’angoisse des citoyens et aux prévisions des experts, le gouvernement planche sur de nouvelles aides financières. "Des décisions ont été prises au gouvernement ce mercredi et validées au parlement en ce qui concerne les dimensions d’extension du tarif social au niveau régional, ainsi que les interdictions de coupures pendant l’hiver", détaille le vice-président du gouvernement wallon, Willy Borsus.

"Ensuite, la Wallonie a demandé un détail concernant les surcoûts (des certificats verts, de la rémunération GRD etc) pour connaître la part des surcoûts que nous pourrions diminuer ou prendre en charge dans le cadre de l’affectation d’un budget régional. Enfin, des décisions seront prises dès la semaine prochaine au sujet de mesures de soutien direct à destination des indépendants et PME ainsi que des concitoyens les plus impactés par les prix de l’énergie."

Willy Borsus annonce de prochaines mesures

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Il s’agira notamment de créer un nouveau type de droit passerelle pour les indépendants. "Pour l’instant, le droit passerelle qui existe est le droit passerelle classique à savoir le droit passerelle simple et non le double que nous avons connu pendant la crise et qui en principe ne vaut que pour une fermeture complète de l’activité", rappelle le vice-Premier ministre et ministre de l’Economie, Pierre-Yves Dermagne. Sachez également qu’un chômage temporaire crise énergétique existe aussi et permet de fermer jusqu’à deux jours par semaine.

Pierre-Yves Dermagne : de nouveaux droits passerelle verront bientôt le jour

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Enfin, le gouvernement rappelle la prolongation de la baisse de la TVA sur le gaz et l’électricité, du tarif social élargie et de la baisse des accises sur le diesel et l’essence jusqu’à fin mars 2023.

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