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“Notturno”, un documentaire contemplatif et opaque

“Notturno”, un documentaire contemplatif et opaque

Le nouveau documentaire de Gianfranco Rosi (“Fuocoamarre”) tente d'illuminer le Moyen-Orient de ses images mais ses aspirations artistiques relèguent au second plan celles et ceux qui y vivent.

Visuellement, “Notturno” est sans doute un des documentaires les plus beaux de ces dernières années. Fruit d'une mise en scène particulièrement marquée, le film impressionne par sa composition de plans, son travail sur la lumière et les couleurs, et ses cadrages rigoureux. Difficile ne pas être fasciné par la beauté de ses images crépusculaires qui mettent en avant des soldats en formation, des mères éplorées et des chasseurs en vadrouille. Difficile aussi de ne pas se sentir quelque peu perdu devant ces séquences dont le sens nous échappe souvent. Qui sont ces personnes ? D'où viennent-elles ?

Si l'on en croit le texte qui ouvre le film, "Notturno" a été tourné le long des frontières de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban. Mais à moins de connaître les spécificités culturelles et linguistiques de ces régions, elles sont interchangeables dans le documentaire. Du propre aveu de son auteur, le projet a été conçu pour aller au-delà de ces frontières, en représentant le quotidien des personnes qui y habitent, sans pour autant s'appesantir sur les conflits qui les opposent. Le long-métrage ne leur fait pas forcément honneur : préférant la contemplation au dialogue, et la poésie à la clarté, le film élude souvent l'histoire spécifique de ces personnes, au point de faire de ses protagonistes des figurants. Silhouettes anonymes dans des plans d'une beauté magique, ils ne semblent être là que pour servir le projet artistique de Gianfranco Rosi.

Certaines personnes ont tout de même voix au chapitre : de jeunes enfants, qui racontent à l'aide de dessins les atrocités qu'ils ont vu l'organisation terroriste ISIS commettre. Horrifiantes, ces scènes ancrent le film dans une réalité plus tangible. Elles ne durent cependant qu'un temps. Immédiatement après ces témoignages, “Notturno” nous dévoile quelques saisissantes images d'hommes qui profitent de l'espace extérieur de leur prison. S'agit-il de membres de Daech ? Ou n'ont-ils rien à voir avec les agissements qui ont traumatisé ces jeunes enfants ? Face au manque de réponses du film, la frustration plane. Nul doute que la démonstration artistique de “Notturno” est impressionnante, mais les intentions poétiques de Gianfranco Rosi jouent trop souvent au détriment du sens et de l'humain.

 

“Notturno” sort dans les salles belges le 23 juin.

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