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Chroniques F. Grosfilley

Nos oreilles, prunelle de notre ouïe, méritent plus d'attention

Nos oreilles, prunelle de notre ouïe, méritent plus d'attention
30 janv. 2018 à 11:562 min
Par Fabrice Grosfilley

C’est la semaine du son. Pendant une semaine des animations, des concerts sont organisé à Bruxelles. L’idée : faire découvrir des créations sonores mais aussi sensibiliser le grand public à la question de la santé auditive.

Nous qui chaque jour écoutons la radio (de préférence une bonne radio, celle qui vous offre autre chose qu’un robinet à musique et un DJ surexcité), nous savons que le son fait passer de l’information et des émotions. Un cri, des chuchotements, de la colère, de l’amour. Un reportage ce n’est pas qu’une question de mots. L’ambiance sonore qu’on peut percevoir autour d’un interlocuteur est comme un meuble dans une pièce : un décor qui nous permet de mieux situer le propos ou l’action. Le moteur d’un camion, une manifestation, une détonation, un klaxon, de la réverbération… chaque son raconte une histoire. On accorde beaucoup d’importance à la vue. On devrait en apporter au moins autant à notre ouïe. Avec cette différence importante : quand nos yeux sont incommodés nous pouvons baisser les paupières et les fermer. Avec les oreilles c’est impossible.

Le son cela peut être de l’art

Il existe une architecture ou une écriture du son. L’acoustique d’un lieu qui permet d’entendre ou pas ce qui s’y passe. Des créateurs d’ambiance sonore, très à la mode dans les magasins, qui donnent à écouter une bande son faite de petits bruits ou de grande musique. Des sculpteurs de son qui vont titiller notre curiosité ou notre sens esthétique (la musique n’est rien d’autre que l’ordonnancement harmonieux de sons et de silences). Le son permet énormément de créations, il faut juste prendre le temps de l’écouter. L’atmosphère sonore dans laquelle nous baignons tous les jours dit aussi beaucoup de notre mode de vie et parfois même de notre condition sociale. Etre dans un bureau feutré où le tictac de la pendule déchire le silence n’est pas la même chose que travailler derrière un marteau piqueur ou  comme  vendeur dans une chaîne de vêtements pour adolescents, où l’on va très régulièrement pousser la musique à fond. Etre exposé à un fort volume sonore plusieurs heures d’affilées sans l’avoir choisi est une torture. On finit par ne plus l’entendre. Au sens figuré, cela veut dire qu’on y prête plus attention. Au sens propre, c’est plus embêtant, cela veut dire que notre ouïe s’amenuise.

Faut-il limiter les nuisances sonores ?

Cette semaine du son est l’occasion de se poser la question et surtout de lancer en région Bruxelloise un " label 90 DB concert " qui qui sera remis aux salles de spectacles ou aux musiciens qui s’engagent à ne pas dépasser les 90 décibels. Pourquoi 90 décibels ?  C’est le niveau qui permet de ne pas devoir porter de bouchons pour protéger ses oreilles. 90 décibels cela correspond au bruit d’une grosse moto. Les décibels suivent une échelle exponentielle, pour vous faire une idée, le bruit du désert est de 10 décibels, une conversation à voix basse 20 décibels, une conversation animée 60 décibels, un avion qui décolle 140, une fusée 190. Une batterie même sans amplification atteint déjà 100 décibels, une boite de nuit en moyenne 105 décibels. Donc rester sous la barre des nonante décibels exige un véritable effort des organisateurs de concert. Et ce n’est pas un détail. Chez 18-25 ans, 9 personnes sur 10 ont déjà été victime d’acouphène, ce petit sifflement qu’on éprouve parfois après un concert. Pour 15% de nos jeunes l’acouphène est permanent, il est le signe d’une lésion auditive. Vous saurez désormais que la pollution de l’air encrasse vos poumons et vos systèmes respiratoire mais qu la pollution sonore attaque vos oreilles. Et ce n’est pas un fantasme.

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