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Tendances Première

Nos jeunes vont mal : concrètement, comment les aider ?

Nos jeunes vont mal : concrètement, comment les aider ?

Les Mutualités Libres viennent de consacrer une enquête à la santé mentale des jeunes. Elles ont interrogé près de 1000 jeunes, âgés de 16 à 25 ans, début septembre de cette année, soit au début de la quatrième vague. Et le constat est sans appel : plus d’un jeune sur deux (58%) déclare rencontrer des difficultés d’ordre mental et psychologique. Pierre Schepens se propose de lever les craintes de nos jeunes pour qu’ils osent enfin pousser la porte d’un psy…. Pour aller mieux !

Ces chiffres correspondent à ce que les psy observent bien en première ligne. Dans les consultations ou en urgence dans les hôpitaux, ils voient arriver des jeunes patients qui n'ont aucun passé psychiatrique et qui présentent, depuis le Covid, des troubles anxieux, des troubles du sommeil, des troubles de type dépressif, parfois des addictions.

Pourquoi cette réticence à franchir la porte d'un psy ?

La difficulté pour ces jeunes est de franchir le pas pour aller voir un psy. Le fait de passer à l'acte n'est pas évident. D'abord, explique Pierre Schepens, dans la santé mentale, il faut bien distinguer les problèmes de maladie mentale (troubles de la personnalité, schizophrénie, troubles bipolaires, grands traumas...) et les problèmes de santé mentale, de survie au quotidien. Aller voir un psy ne veut pas dire qu'on est fou !

Ensuite, il y a le fait que, surtout en cette période de Covid, où il faut s'en sortir, être résilient, ces constats deviennent finalement des injonctions. Et on n'a pas envie de montrer qu'on est faible.

Sur ce sujet, le livre La fatigue d'être soi d'Alain Ehrenberg est vraiment d'actualité.

Quand s'inquiéter pour les jeunes ?

Nous ne sommes pas égaux devant les réactions émotionnelles, la pression, le stress. Avoir des jours tristes, des jours où on on dort moins, où on est inquiet, agacé, c'est tout à fait normal. Là où cela devient un problème, c'est quand cela a un rejaillissement sur la vie de tous les jours, c'est quand quelque chose s'installe.

"Si le jeune dort de plus en plus mal de manière répétée, s'il fume un peu plus de cannabis le soir pour dormir, s'il n'a plus d'énergie, ni d'intérêt pour ce qu'il aime habituellement, s'il commence à se fermer, cela vaut la peine d'aller voir quelqu'un, dans une logique dynamique, pas pour poser un diagnostic, mais pour avoir quelqu'un à qui parler," conseille Pierre Schepens.

Il y a une génération du stress par le contexte, mais je pense que ça date déjà d'avant, et que le Covid a été révélateur de ce genre de situations. Le message est un message de bon sens : ne pas s'alarmer, mais ne pas banaliser. 

Psychiatre ou psychologue ?

Les consultations des psychiatres sont remboursées, mais ce n'est pas toujours nécessaires d'aller jusque là. Il est souvent plus facile d'aller consulter d'abord un psychologue de première ligne, qui peut déjà accueillir la parole des personnes et débroussailler la situation. Et il y a beaucoup plus de psychologues de première ligne que de psychiatres disponibles, rappelle Pierre Schepens.

"On associe aussi le psychiatre au médecin, et donc au prescripteur. Tandis que pour le psychologue, il n'y a pas ce problème puisqu'il ne peut pas prescrire, mais on peut lui déposer son mal-être pour faire une première évaluation très utile. Ce n'est pas du tout en compétition avec les psychiatres, mais c'est plus cohérent de permettre aux gens de tout de suite pouvoir déposer quelque chose et si ça s'avère plus sérieux, de les orienter vers un psychiatre."

Les psychologues appliquent souvent des tarifs de 50 ou 60 € les 3/4 d'heure. Les centres de santé mentale, qui sont subsidiés, proposent des consultations à des prix plus modérés. Malheureusement, ces centres sont complètement saturés, il n'y en a pas assez.

Depuis la réforme de la psychiatrie, des équipes mobiles ont été créées pour être plus accessibles, plus en phase avec la réalité et pour soigner les gens dans la cité. Une nouvelle fonction, celle de psychologue de première ligne, a été créée. 

Les psychologues de première ligne

C'est le médecin traitant qui peut recommander de consulter un psychologue de première ligne, avec un effet préventif éventuellement, lorsqu'il constate un problème de santé mentale : troubles anxieux, troubles dépressifs, troubles liés à l'alcool ou aux consommations qui augmentent. Il peut prescrire des séances chez le psychologue, au tarif de 11€ la séance, à raison de 4 séances renouvelables une fois, donc 8 au total. 

Un projet de loi, pour l'an prochain, vise à rembourser de manière plus régulière les consultations des psychologues de première ligne. "C'est extrêmement important, parce qu'on est dans un contexte où on est débordé. Un rdv chez un psychiatre c'est parfois à 2, 3, 4 mois, et surtout, ce n'est pas toujours nécessaire. Et ça stigmatise encore plus qu'un psychologue."

Il vaut mieux aller consulter avant qu'après. Ce n'est pas l'idée de médicaliser et de psychologiser tout, mais c'est de permettre aux gens d'avoir accès aux soins. C'est une première approche qui devrait être beaucoup plus ancrée dans les moeurs, pour éviter une médicalisation ou, pire, une auto-médicalisation.

A qui s'adresser ?

Toutes les provinces ont une structure 107. En tapant sur internet 'psychologues de première ligne, réseau 107', vous tombez sur toute la liste des psychologues. Le territoire est plutôt bien couvert pour l'accessibilité aux soins. Deux liens utiles :

Le site de Reseaupartenaires107.be

Le site de Psy107.be

Ecoutez Pierre Schepens ici

Tendances Première : Les Tribus

Nos jeunes vont mal : comment les aider ? Avec Pierre Schepens, psychiatre.

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