C’était il y a 10 ans, en Norvège. Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik tuait de sang-froid 77 personnes. D’abord 8 victimes à Oslo dans un attentat à la bombe. Et ensuite 69 militants tués à bout portant, sur l’île d’Utøya où se tenait un rassemblement des jeunes travaillistes.
Dix ans après, nombre de rescapés d’Utøya estiment que la Norvège n’a toujours pas fait le procès de l’idéologie d’extrême droite qui l’animait. Condamné en 2012 à 21 ans de prison, peine susceptible d’être prolongée indéfiniment, l’extrémiste passera vraisemblablement le reste de ses jours derrière les barreaux.
Un terrorisme qui déborde le cadre américain
Anders Breivik a démontré qu’il existait un terrorisme d’ultra-droite en Europe et que finalement le terrorisme islamique n’était pas le seul ennemi. Pour Jean-Yves Camus, co-directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès à Paris, après les attentats islamistes en Europe, "on avait tendance à focaliser sur l’islam radical : les services de renseignement de tous les pays d’Europe ont mis tous leurs moyens, humains, matériels, sur cette piste-là et se sont aperçus à un moment donné qu’il fallait aussi investir un petit peu dans le terrorisme de l’ultra-droite". Un terrorisme guidé par une idéologie anti-immigration, basée sur le fantasme du "Grand remplacement". Il s’agit de l’idée selon laquelle la civilisation européenne est en train de s’effondrer à cause du multiculturalisme. L’Islam reste leur principale cible, précise l’expert.
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Pour les services de renseignements et de sécurité européens, la menace d’ultra-droite est devenue aujourd’hui un véritable problème, estime Jean-Yves Camus. "A part un certain nombre d’attentats des années 1970-1980 du fait des groupes néofascistes en Italie et en Allemagne, dans des circonstances jamais complètement élucidées, on était, en Europe, à l’abri de ce genre de phénomènes qui n’existaient qu’aux Etats-Unis."
A l’époque, on avait l’idée que les suprémacistes blancs étaient surtout actifs aux Etats-Unis. On se souvient de l’attentat commis en 1995 dans un bâtiment fédéral d’Oklahoma City. On était persuadé que ce type d’action ne déborderait pas le cadre américain. Mais il a fait des émules : son ombre plane sur plusieurs attentats, parfois au bout du monde comme ceux ciblant des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande, ou encore sur ce Norvégien qui est rentré dans une mosquée d’Oslo en 2019 dans le but de commettre un massacre et clairement inspiré par l’idéologie et l’acte de Breivik.
