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Football

Non, les Red Flames n'ont pas manqué de respect en marquant 19 buts

Non, les Red Flames n'ont pas manqué de respect en marquant 19 buts
26 nov. 2021 à 13:243 min
Par Lise Burion

Le 25 novembre 2021 restera dans notre mémoire et dans celle des personnes présentes à Louvain pour le match Belgique-Arménie dames. Une victoire éclatante des Red Flames (19-0), des records battus (plus large victoire dans un match européen de qualification pour la Coupe du Monde et plus large victoire des Belges elles-mêmes, le 12-0 de 2017 contre la Moldavie disparaissant des tablettes) et finalement très peu de temps pour respirer entre les buts ! Mais au-delà de l'aspect surréaliste de la soirée, les premières critiques sont arrivées très vite, sur les réseaux sociaux et en-dehors. "Manque de respect", "Pas une belle pub pour le foot féminin", "Trop facile"

On va tout de suite s'arrêter là : reproche-t-on à un joueur ou une joueuse de tennis d'infliger un double 6-0 à son adversaire ? Comme Steffi Graf en finale de Roland Garros contre Natasha Zvereva ? Demande-t-on à la nageuse américaine Katie Ledecky de ralentir pour ne pas prendre une longueur de piscine d'avance dans ses courses longues distances ? Critique-t-on les joueurs de rugby australiens quand ils infligent une défaite 142-0 à la Namibie (avec 22 essais au passage) en Coupe du Monde ?

Non. Ça peut ne pas plaire à tout le monde, mais ces victoires et ces records passent à la postérité et la vie continue.

Esprit de compétition

Alors oui, c'est vrai, en football ou dans d'autres sports (on pense par exemple au hockey), il peut arriver qu'un match de jeunes soit un peu "remanié" à la mi-temps si une équipe domine trop largement l'autre. Que l'équipe qui mène 10-0 soit mixée avec l'autre, par exemple. Pour garder intactes la fraîcheur, l'envie, la motivation et la dynamique des jeunes joueurs et joueuses moins "efficaces", afin de ne pas les dégoûter de leur sport. C'est humain. C'est un jeu, aussi.

Ici, on parle d'équipes nationales. De joueuses impliquées dans de gros tournois, d'objectifs et de carrière à préparer. Certes, chez les dames, l'Arménie est un tout jeune pays, qui dispute ces qualifications pour la deuxième fois seulement de son Histoire, plus de 10 après une première campagne. Mais est-ce une raison pour ne pas jouer "à fond" ? Serait-ce vraiment un signe de respect que de lever le pied ? De se mettre à jouer "à la baballe" ? Les critiques seraient venues aussi, inévitablement. Les Red Flames devaient continuer à jouer, et elles l'ont fait de la première à la dernière minute. C'est ça aussi l'esprit de compétition.

Mais, t c'est important de le noter aussi, il n'y a pas eu d'explosion de joie mal placée de la part des Flames. Tout au plus quelques démonstrations de "soulagement" pour une Janice Cayman qui a dû attendre les dix dernières minutes de ce match totalement fou pour planter ses buts (44e et 45e de la Lyonnaise avec les Flames), ou quelques gestes de Tessa Wullaert, compétitrice dans l'âme s'il en est. Mais même les jeunes joueuses auteures de leurs premiers buts en équipe nationale n'ont pas manifesté de joie exubérante, à l'image d'une Jarne Teulings au "simple" petit sourire en coin. De ce point de vue-là, on peut parler de respect.

Respecter le public aussi

Venons-en à la question de la différence de niveau. Là, il faut bien le dire, les Red Flames ont effectivement réalisé le grand écart entre la Norvège et ses joueuses professionnelles il y a un mois et les Arméniennes, novices à ce niveau, ce jeudi soir. Les visiteuses n'avaient tout simplement pas les moyens de rivaliser avec les Belges. Mais elles n'ont pas refusé le jeu ! Elles n'ont pas installé un bus (ou deux, ça aurait pu être nécessaire…) devant leur gardienne, sans doute la joueuse la plus malheureuse sur le terrain. Elles ont commis des fautes, mais pas d'agressions. Elles ont fini par craquer physiquement et sans doute mentalement, mais elles ont joué le jeu. Et les Flames en avaient besoin aussi, pour peaufiner des automatismes, travailler des systèmes, retrouver du temps de jeu et du rythme pour certaines.

Le sélectionneur Ives Serneels l'a dit en conférence de presse, la différence de niveau était sans doute un peu trop grande, et l'UEFA devrait peut-être réfléchir pour éviter de telles déroutes aux équipes moins expérimentées. Chez les messieurs, les différents "groupes" et divisions de la Nations League ont permis de mieux répartir les forces en présence. Chez les dames aussi, l'idée pourrait être creusée. Certains pays ont mis les moyens il y a de longues années et se sont un peu isolés dans le top mondial. Les Arméniennes ne battront pas les Américaines dans un an, ni même dans cinq. C'est une certitude. Mais ce n'est pas une raison pour abandonner en route les équipes émergentes. Il faut aussi leur laisser du temps, le temps de grandir. Et ça passera peut-être par des matches comme celui de ce 25 novembre...

Il n'empêche, face à l'Arménie les Red Flames se sont fait plaisir. Et elles ont aussi respecté leur public en le régalant de la première à la dernière minute, même si le 20e but réclamé par le kop de supporters et supportrices n'est finalement pas tombé. La fête était belle. Le record est là. Et pour les esprits grincheux, on peut déjà l'écrire : il n'y aura pas autant de buts mardi contre la Pologne. L'enjeu sera différent, mais une chose est sûre : les Flames aborderont le match en toute confiance.

Les Belgian Red Flames et leur public : un lien fort

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